Samedi 26 septembre 2020
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"SI J'OZAIS" - Résilience

Par Lepetitjournal Melbourne | Publié le 06/06/2015 à 22:00 | Mis à jour le 06/01/2018 à 15:13

Jeudi était une mauvaise journée. Ce matin-là, mon fils de huit ans m'avouait au moment de partir à l'école: "Maman, je me sens seul. Dans la classe, personne ne m'adresse jamais la parole et on ne m'interroge jamais pour résoudre les problèmes". 

Ce jour-là pourtant, comme tous les autres jours, il faut bien l'emmener à l'école. De toute façon il n'est pas du genre à chercher des prétextes pour l'éviter... Mais ce qui est sûr, c'est que l'y déposer ce matin vous retourne l'estomac. Au point que toute la journée vous ruminez des questions: depuis combien de temps garde-t-il ce sentiment pour lui? Comment fait-il depuis la rentrée pour affronter chaque journée nouvelle avec le sourire? Pourquoi maintenant, alors qu'il commence justement à bien se débrouiller en anglais? Se peut-il qu'il ait cherché tout ce temps à nous épargner, nous qui sommes si contents d'être ici? Et au fond, est-ce que j'ai une idée claire de ce qu'il a vécu ces six derniers mois?

Mais c'est déjà l'heure d'aller le chercher... Et jeudi est décidément une bien mauvaise journée... À la sortie de l'école, il est en larmes. Non seulement une fois de plus la maîtresse ne l'a pas interrogé sur cet exposé qu'il a tant travaillé, mais un enfant avec qui il était censé écrire un poème vient de lui dire que ses idées étaient nulles et qu'il préférait continuer tout seul... Cruelle enfance!

Je lui sais gré malgré tout de ne pas m'avoir épargnée plus longtemps. Car, de tous les problèmes cruciaux que l'on se pose à l'aube de partir, la question de l'adaptation des enfants est celle qu'on évacue le plus vite. C'est connu, et tout le monde vous le répète à l'envi, les enfants sont des éponges, ils s'adaptent rapidement, apprennent une nouvelle langue en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, se refont des copains en un rien de temps...

Tout ceci est vrai, sans doute. Mais si ce n'était pas si simple? Si notre "rien de temps" à nous était une éternité pour eux? Qui n'a pas compté les dodos avec son enfant pour lui faire passer le temps plus vite? 

Bien sûr, je ne parle pas ici des enfants que l'on emmène à deux ou trois ans. Non, je parle de ceux qui ont déjà un passé dont ils se souviennent, une maison, un environnement, un vécu scolaire, une langue, une pensée critique, des copains avec qui ils ont passé les deux tiers de leur vie. 

Tout cela ne compte pas pour rien et six mois après notre arrivée, ses amis, ses cousins lui manquent encore quotidiennement. Six mois après, il est loin d'avoir recréé un embryon de cercle amical, loin d'être intégré dans sa classe. Soyons clairs, je ne doute pas que dans un an, il n'y paraîtra plus et qu'il finira par se sentir comme un poisson dans l'eau. 

Mais en attendant, le véritable étranger, celui qui subit occasionnellement l'ostracisme du groupe, c'est lui. Nous encore, nous arrivons avec une certaine position sociale, un rôle de cadre quelque part qui nous attend. Mais les enfants qui débarquent à l'école ne sont rien pour personne qu'un étranger qui parle bizarrement et ne comprend rien à rien. 

Hier était une bonne journée. Et pourtant, deux filles de sa classe, qui apparemment l'embêtent régulièrement, l'ont affublé d'un surnom peu flatteur: "Stinky"...

Alors oui, cette volonté de fer qui les pousse à se lever du bon pied tous les matins, à continuer à lever le doigt dans l'indifférence générale, à travailler du mieux qu'ils le peuvent dans l'espoir d'une reconnaissance, à pardonner les vexations et ne garder que le meilleur de chaque journée, tout ceci mériterait peut-être quelque égard. 

Après tout, est-on bien sûr qu'on ferait la même chose sans fléchir?

 

 

Extrait du blog de Géraldine Lautour www.flogz.io

LePetitJournal.com de Melbourne, lundi 8 juin2015

 
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