

Après six mois passés en Australie, je me remémore mes débuts en auberge de jeunesse. Des débuts difficiles, qui défont les idées reçues sur le côté soi-disant génial de ce type d'hébergement.

Bien sûr, dans cette chambre de dix mètres carrés pour quatre personnes, étant le dernier arrivé, je suis condamné au lit du haut. Comment est votre banquette ? La banquette n'est pas bonne. J'essaye de m'asseoir sur mon lit. Enfin, non : j'échoue à m'asseoir sur mon lit. Car le plafond est trop bas. Donc soit je me voûte, soit je me couche. Ereinté par mon voyage de 24 heures et le décalage horaire, je m'endors à quatre heures de l'après-midi. Pas longtemps, hélas. Pourtant habituellement doté d'un sommeil lourd, je ne parviens pas à trouver le repos, réveillé par l'aboiement des chiens et des australiens, réveillé par cette fichue lumière du jour, parce que les rideaux sont transparents (très efficace). Et réveillé par les allées et venues des gens dans la chambre comme si c'était les toilettes. En même temps, vu l'étroitesse des lieux et leur insalubrité, on pourrait confondre.
La nuit tombe. Mon oreiller aussi. Je dois donc me lever et descendre les échelons pour le récupérer. Mon sommeil est fichu de toute façon. Je compte sur le lendemain pour me reposer. Erreur. Le matin, à 8h, un responsable de l'auberge ouvre la porte et crie : "House Cleaning !". Ah oui, le ménage quotidien. Le type n'est pas très propre sur lui. C'est un grand blond. Un grand blond avec une chaussure... ah non, pas de chaussure. Il arme son vaporisateur et appuie deux fois pour asperger de l'eau dans la chambre. Puis il repart. Le ménage est fait, mission accomplie. Je comprends mieux sa dégaine et son odeur.
Lorsque je me rends dans la salle commune pour manger, c'est l'horreur. La télé est à fond et passe de la musique en boucle. Un bruit à casser les tympans. La Castafiore et Assurancetourix réunis, puissance 10. A côté de ça, Metallica, c'est une berceuse. Les backpackers chantent. Moi je déchante. J'aimerais bien partir mais il est interdit de manger dans les couloirs ou dans sa chambre. Pratique. Résultat, je me saoule avec le bruit des corps qui m'entourent. C'est beau hein ? Ben c'est pas de moi.
Le matin de mon premier jour de travail, quelqu'un tambourine contre la porte comme un forcené. C'est pour réveiller son pote, un de mes colocataires, qui est Suisse. Je regarde mon réveil : 4h du matin, pile. Bien joué. L'horlogerie helvète est toujours aussi pointue. Mais bruyante. Par contre, le colocataire en question aurait pu enfiler un caleçon avant de descendre du lit sous mes yeux.
Dix jours plus tard, n'ayant toujours pas trouvé d'appartement en colocation, je prolonge mon séjour à l'auberge de "jeunesse" (oui, j'ai croisé des sexagénaires asiatiques dans les couloirs). Mais je dois changer de chambre. Et là, on réussit à faire pire. C'est aussi une chambre pour quatre, mais pas plus grande qu'un compartiment de train. Harry Potter prend le Poudlard Express, moi j'ai droit au "Clochard Express". Mégots de cigarette sur le sol, bouteilles d'alcool renversées, aucune place pour bouger, un froid glacial... J'enjambe les sacs et les corps qui gisent par terre pour atteindre mon lit (du haut, évidemment). Jackpot : pas d'échelle pour monter, et je suis placé juste à côté de la clim', qui est à fond, et qui est cassée. Et mes nouveaux compagnons de chambre sont insupportables la nuit. Il y en a une qui choisit ce moment pour regarder des films. Du coup, elle rigole toute seule. Et elle tousse toutes les trente secondes, aussi. Entre ça et les ronflements, c'est concert tous les soirs. La tête enfouie sous l'oreiller, je sais que je suis encore parti pour plusieurs jours de galère.
L'Auberge Espagnole, ça fait rêver. L'auberge australienne, j'aurais préféré que ça ne soit qu'un rêve.
Pierre Lépine, lepetitjournal.com/melbourne, Vendredi 29 juillet 2016







