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JULIA ZEMIRO - Marraine du 25ème Festival du film français

Écrit par Lepetitjournal Melbourne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 4 mars 2014

 

L'Alliance Française French Film Festival AFFFF, le plus important festival du film français hors de France avec plus de 130.000 spectateurs et 40 films et documentaires, s'offre pour son 25e anniversaire une marraine de choix : Julia Zemiro. Née à Aix en Provence, d'un père franco algérien et d'une mère australienne, Julia Zemiro est depuis près de 8 ans la présentatrice chérie de Rockwiz, le jeu musical en direct le samedi soir sur la chaine nationale SBS

Arrivée à Sydney à l'âge de deux ans, Julia emménage à Melbourne en 1991 pour suivre les cours de théâtre du VCA Victoria College of the Art.

La liste de ses talents est longue : actrice couronnée, réalisatrice et scénariste, présentatrice, comédienne, Julia a fait partie de la troupe de théâtre renommée Bell Shakespeare Compagnie  avant de se tourner vers la télévision. On ne pouvait pas choisir meilleure ambassadrice pour le 25ème anniversaire du French film festival qui débute mardi pour 15 jours dans 7 villes australiennes : Sydney, Melbourne, Canberra, Perth, Brisbane, Adelaïde, Byron bay

 

 


 Cette année, l'AFFFF aura la visite de Louise Bourgoin, l'héroïne du film de Nicole Garcia : Un beau dimanche, avec Pierre Rochefort (son fils, eu avec Jean Rochefort) 

 

 

 

Rencontre avec la marraine du 25ème AFFFF

Lepetitjournal.com: Pourquoi avez-vous accepté de devenir marraine du AFFFF?

Julia Zemiro: Lorsque l'Alliance Française me l'a proposé, je ne savais pas qu'il n'y avait jamais eu de marraine, donc je suis vraiment très fière. En partie parce que depuis que je fais Rockwiz sur SBS, il y a des gens qui savent que je parle français. Mon père est français et ma mère australienne, et j'ai vécu là-bas, j'y suis née.

J'ai fait ma scolarité primaire dans une petite école française à Sydney. Donc le français a toujours fait partie de ma vie. Je le parle bien sûr et je continue à le parler avec mon père. Pour ma mère, qui était professeur de français et qui a reçu les palmes académiques pour services rendus à la langue française en Australie, la culture française a toujours été importante. 

Mais aussi parce que les films, la musique, quand tu n'habites pas en France c'est la seule façon de garder la culture, de savoir ce qui s'y passe.

Et puis, la France doit faire une centaine de films par an alors qu'en Australie, on parle d'une dizaine. Donc c'est sûr que sur une centaine il y aura au moins une vingtaine de bons films. 

Je pense que le festival est très populaire et prisé parce que les gens ont envie de se retrouver, de s'immerger entièrement dans la langue française pendant deux heures. Tout oublier et être en France. On aime bien ça en Australie même si ce sont des films qui ne montrent que la vie de tous les jours là bas.

Comme je sais parler les deux langues ça me fait très plaisir de faire l'ouverture du festival à Melbourne, Canberra et Sydney et de pouvoir dire : "Hello, Bonjour tout le monde, apprenez des langues et le français". Donc cela faisait plusieurs bonnes raisons pour accepter. J'ai dit "oui" parce que l'idée me faisait très plaisir.

Mon oncle Jacques Tati

Vous souvenez-vous de votre premier film, quels sont les films qui vous ont marquée?

Le premier a été Charlotte Web en dessin animé au cinéma. J'ai vraiment pleuré à la fin quand la maman araignée meurt, quand Charlotte meurt. C'est tellement triste et le petit cochon est si triste. Pleurer devant un film, ça te marque. 

Mes parents sont séparés et quand je voyais mon père le week-end nous allions au cinéma voir des films d'art et d'essai. Je me souviens qu'il m'avait emmenée voir Les Temps Modernes de Charlie Chaplin et d'avoir beaucoup ri, c'est bien de rigoler avec son père. On allait voir des films et comme il était dans la restauration, on allait diner après et on analysait le film et la bouffe ; ce sont de très très bons souvenirs. On voyait aussi des films plus difficiles comme La Chute avec Bruno Ganz. C'est l'histoire de la secrétaire d'Hitler. Mon grand père est mort à la guerre. Et à la fin du film, alors qu'on était dans le noir mon père m'a un peu parlé de la guerre. Et ce film a permis à ce moment d'arriver.

Quels sont vos réalisateurs ou acteurs fétiches ?

L'actrice et réalisatrice française Agnès Jaoui. J'adore le fait qu'elle écrive, dirige et joue. Que le couple Jaoui ? Bacri, ensemble ou non dans la vraie vie, travaille ensemble. Pour moi le Goût des Autres est parfait. Ce que j'adore c'est qu'ils parlent, j'aime les films où on parle. Puis il y a quelque chose de spécial qui se passe à la fin, au moins deux personnes se trouvent. J'adore le début entre les deux agents de sécurité. On ne sait pas de quoi ils parlent et on comprend que c'est du foot. J'aime aussi la façon dont elle se sabote elle-même. Cette stupidité qu'on a tous fait un jour. C'est un film qui me fait du bien, qui me fait rigoler, il y a un petit quelque chose pour tout le monde. J'aimerais bien travailler avec elle un jour. Je sais qu'elle a un film dans le festival cette année donc je suis très excitée.

Mon autre style de cinéma préféré, ce sont les films et la télévision danoises. J'en suis tombée amoureuse en regardant The Killing and Borgen. Dans le festival il y a Michael Kohlhaas avec Mads Mikkelsen donc je suis très contente. Le cinéma danois est une petite industrie comme en Australie. Ce qui m'attire chez les Scandinaves, c'est qu'ils sont un peu en retrait. Pas volubiles comme les Italiens, ils sont l'autre extrême et les Français sont entre les deux.   

Michael Kohlhaas  Mads Mikkelsen 

VOUS ET LA FRANCE

Comment avez-vous réussi à garder votre français et le lien avec la culture française en vivant en Australie ?

J'ai gardé la langue grâce à mon père et ma mère puisqu'ils parlent tous les deux français. Donc le français et la culture française ont toujours été importants dans ma vie.

Je me souviens que les amis de mon père qui sont là depuis des années, s'étonnaient toujours que je parle la langue car eux ne l'avaient pas appris à leurs enfants. J'ai fait le choix de le garder, j'ai voulu le garder. C'est un langage secret et un truc que je peux faire et que les gens ne peuvent pas faire.

Vous sentez-vous française ? Quels aspects de votre personnalité seraient dus à votre héritage français ?

Je ne sais pas, c'est difficile. J'ai toujours l'impression que je prétends. Souvent on me demande si je suis canadienne. Je crois que je suis plus anglo-saxonne. Quand je vis en France le côté anglo-saxon me manque et ici de temps en temps je trouve qu'on pourrait avoir un petit peu plus de rigueur. Notamment dans les études. Je pense avoir réellement appris la rigueur au VCA quand je suis venue à l'âge de 24 ans à Melbourne. J'ai eu des professeurs extraordinaires et notamment un qui m'a toujours poussée à m'exprimer différemment. Ma mère aussi est une femme curieuse et m'a toujours poussée à être curieuse, à questionner. De plus, je fais partie d'un groupe d'improvisation et ça c'est une formation particulière parce qu'il ne faut pas se bloquer. Il faut aller avec la chose. Il faut écouter, écouter. Il faut être prêt à se dire que son idée principale n'est pas forcément la meilleure. C'est aussi une question de curiosité, dire : oui d'accord je te suis et ce n'est pas parce que tu suis quelqu'un que tu perds ton pouvoir ou qui tu es. Ça a été mon entraînement.  

Où retrouvez-vous la France ici ?

Partout. Je crois que Melbourne a une sensibilité européenne que tu ne retrouveras nulle part ailleurs en Australie. Les gens se retrouvent dans les cafés et ils parlent, ils vont au cinéma. Comme il y fait plus froid, on met des écharpes des gants des chapeaux et des manteaux. Et on se retrouve à l'intérieur, on discute. Et puis c'est incroyable tout ce qui se passe à Melbourne, il faut chercher. C'est pas Paris mais il y a de quoi faire. Si tu veux retrouver Paris ou la France tu peux aller chez Madame Sousou ou dans le Paris end sur Collins St. Le soir en automne tu pourrais t'y croire et puis il y a l'Européen aussi avec ces belles fenêtres. Melbourne a préservé le style européen de la ville. On a gardé les devantures et on a refait l'intérieur alors qu'à Sydney on recommence tout.

cycling with Moliere 

Un quartier de prédilection ?

Je crois que je vais prendre ma retraite à Fitzroy. Je retourne vivre à Sydney pour être proche de mes parents. Mais j'adore cette banlieue. Je ne vis pas à Melbourne, j'habite à Fitzroy. Tu peux tout faire à pied, aller dans la city en tram rapidement - c'est juste magnifique.

Trouvez-vous qu'il y a une différence entre Sydney et Melbourne ?

Quand je suis venue en 91 je n'avais aucune idée qu'il avait une guerre entre Sydney et Melbourne. J'étais ravie d'être dans une ville toute nouvelle. Elles sont tellement différentes. Sydney c'est le bleu du ciel, de la mer. Ce sont les ondulations, les collines et c'est très m'as-tu-vu alors que Melbourne c'est simple, c'est plat, faut chercher les trésors, il fait plus froid alors c'est le vin rouge, la musique, le cinéma. A Sydney on te pose la question "qu'est ce que tu fais ?" alors qu'à Melbourne on te demande "où tu es allée à l'école".

Certains disent même que Sydney est une fille facile et Melbourne une Lady.

Melbourne a été la capitale de l'Australie et devait le rester donc c'est une ville plus anglaise. Sydney depuis les jeux Olympiques a vraiment changé. ça a mis la ville sur la carte du monde. Ce que je n'aime pas en Australie c'est qu'en repoussant l'Angleterre on a accepté beaucoup trop les Etats-Unis, des attitudes, des expressions et des coutumes.

Avez-vous un monument préféré à Melbourne ?

Melbourne fédération square et n'importe quel café. Quand je passe devant, ça me fait réfléchir sur l'architecture, ça me fait penser à l'espace. Et puis, c'est bien parce que c'est un endroit où les gens se retrouvent et il n'y a pas ça à Sydney.

On a l'impression qu'en tant que présentatrice à chaque fois vous donnez le meilleur et surtout vous profitez du moment 

Merci, je crois que cela vient de l'improvisation. Je pense aussi que Rockwiz est le bon choix pour moi et que je suis le bon choix pour le show.

J'ai bien sûr un prompteur, un début et une fin mais au milieu, je peux faire ce que je veux. Comme je ne suis pas une stand up comédienne, je ne m'attends pas à ce que l'on rit à chaque fois que j'ouvre la bouche. Je ne continue pas jusqu'à ce que le public rit. J'étais serveuse pendant de nombreuses années et il n'y a pas tellement de différence entre une bonne serveuse et un présentateur télé. En tant que serveuse qui veut des pourboires je me suis toujours dit : "Je ne suis pas une esclave. Je sais comment ça marche. Je veux bien traiter le client. J'espère qu'il me traitera bien aussi, et c'est pareil pour le présentateur".   

Et cela m'amène à ma dernière question. Si vous aviez une devise laquelle serait-elle?

J'en ai plusieurs mais la plus importante serait "Be kind" - Soyez gentils. C'est une devise qui marche aussi bien pour les petits que pour les grands

Propos recueillis par Sophie Short (www.lepetitjournal.com/melbourne.html) lundi 3 mars 2014

2014 ALLIANCE FRANÇAISE FRENCH FILM FESTIVAL Melbourne du 5 au 23 Mars 2014 au: PALACE CINEMA COMO, PALACE BALWYN, PALACE WESTGARTH

Pour gagner un double pass pour le Festival sur Melbourne, envoyez votre nom et adresse à melbourne@lepetitjournal.com avant le 7 mars 17h .

lepetitjournal.com Melbourne
Publié le 2 mars 2014, mis à jour le 4 mars 2014
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