

La frégate Vendémiaire a accosté lundi à Melbourne. Navire militaire de surveillance et de promotion des intérêts français dans la région, la frégate est commandée par le capitaine Joffrey Guerry. Il a pris le temps de répondre aux questions du petitjournal.com
Lepetitjournal.com/Melbourne : Quel est votre itinéraire ?
Le capitaine Joffrey Gerry : Nous sommes partis de Nouméa le 2 novembre et nous sommes déployés jusqu'au 14 décembre : Cairns, Sydney, Melbourne, Wellington et Auckland, puis on rentre à Nouméa. Nous sommes ici en escale pour quatre jours.
Quel est le rôle de la frégate dans cette mission ?
Son rôle est multiple. Il s'agit d'abord de renforcer la coopération maritime entre la France et l'Australie. On était à Cairns pour le 11 novembre et on y a célébré Remembrance Day, en souvenir de l'effort australien pendant la seconde guerre mondiale. Ensuite développer l'interopérabilité avec la marine australienne. Nous avons été pour la première fois intégrés à des exercices d'entrainement de la marine australienne, au large de Sydney la semaine dernière. Nous en referons d'autres avec la marine néo-zélandaise entre Wellington et Auckland. Enfin développer la diplomatie navale et promouvoir les intérêts français dans la région.
La place de la France dans le Pacifique sud ?
Il y a une présence française ici depuis plus de 200 ans, aussi vieille que l'Australie d'ailleurs car nous avons participé à sa découverte! Notre présence est d'abord stratégique, avec de grosses bases navales en Nouvelle Calédonie et à Tahiti. Economique aussi : la région représente une part importante de la zone économique exclusive française, qui est la deuxième dans le monde. Il est important de montrer que nous sommes présents, et alliés avec de nombreux pays dans la région. Et conscients des enjeux économiques, politiques et militaires de la région.
La zone de responsabilité de la Nouvelle Calédonie est la côte est de l'Australie, remonte en Asie et jusqu'à Vladivostok où j'irai peut-être l'année prochaine pour une mission de 4 mois, en passant par tous les pays qui représentent un intérêt important pour nous.
Y a-t-il souvent des bateaux de la marine française le long des côtes australiennes ?
Oui, régulièrement. C'est important pour la coopération. Le Vendémiaire était à Melbourne il y a 18 mois, à Sydney l'année dernière.
Est-ce que les mers de la région peuvent être dangereuses ?
En terne de navigation, la mer est toujours changeante. Nous avons eu des creux de 6 mètres au départ de Cairns, ce qui a vraiment testé l'équipage !
En ce qui concerne la piraterie, elle est toujours liée à une équation particulière : il faut en effet un trafic commercial important -il existe mais pas dans de telles proportions, et des candidats à la piraterie ce qui n'est pas le cas en Australie. En revanche, sur l'ensemble du spectre des activités illicites qui peuvent avoir lieu en mer, l'Australie s'intéresse particulièrement à sa côte nord. La question se pose donc pour les boat people bien que concrètement le nombre en soit limité.
De façon générale, la marine française est associée de très près aux trafics, d'armes ou de drogue. Nous sommes véritablement le seul service hauturier qui intervienne si besoin est loin des côtes. Dans ce sens, nous jouons un rôle essentiel.
C'est votre première escale à Melbourne ? En Australie ?
Oui. Ma première escale était donc à Cairns où j'ai pu passer quelques jours de vacance, puis à Sydney. C'est ma première affectation dans la Pacific sud donc je découvre cette zone qui est fantastique. La Nouvelle Calédonie est absolument extraordinaire. Les missions durent un an, je suis commandant du Vendémiaire pendant cette durée et donc basé à Nouméa. Il faut en profiter!
Quels sont pour vous les bons côtés de votre métier en mer ?
Pour moi c'est d'abord commander une équipage. Il y a 93 personnes à bord, qui sont toutes motivées pour être là donc c'est un grand plaisir à mener. Ensuite les opportunités qu'on a de vivre certaines choses en mer qui sont exceptionnelles : nous avons vu des baleines, des grands requins blancs, un groupe de dauphins suivait notre bateau la semaine dernière. Nous avons aussi vu deux trombes marines depuis notre départ (mini tornades sur la mer). C'est un juste compromis entre intensité, émotion et engagement. On se prend rapidement au jeu et ça compense les périodes plus difficiles.
Quels sont les aspects difficiles ?
L'éloignement de la famille. Quand on a des enfants, c'est toujours difficile de leur expliquer qu'on va partir pendant longtemps. Dans le monde d'aujourd'hui la satisfaction de l'instantané étant ce qu'elle est, l'équilibre familial est souvent difficile à trouver. Mais c'est d'autant mieux quand on se retrouve... Et je peux les appeler pratiquement tous les jours.
Le temps à bord passe très vite, il y a beaucoup de travail à accomplir, toujours une escale ou des exercices en mer à préparer. Donc pour moi les avantages et les inconvénients s'équilibrent.
Propos recueillis par Edith Nicolas (www.lepetitjournal.com/melbourne.html) mercredi 21 novembre
Vous pouvez aller voir le bateau jusqu'à jeudi- il est amarré à coté du Spirit of Tasmania à Port Melbourne.







