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ECONOMIE - Le vin australien en danger

Écrit par Lepetitjournal Melbourne
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

 

Les taxes pourraient bien avoir raison de la qualité du vin australien et réduire à néant tous les efforts de l'industrie viticole australienne pour se faire une place parmi les plus grands producteurs de vin.

La réputation du bon vin australien est menacée. LA coupable ? La « Wine Tax ». Cette dernière encourage les viticulteurs à sur-produire des vins peu chers et de moins bonne qualité à cause de l'importance de cette taxe. Un comble lorsque l'industrie viticole australienne bataille pour se faire une place sur le marché international.

Cette taxe a été établie en 1930, pendant la période de Prohibition aux Etats Unis, et était alors de 2,5%. Mais en 1997 elle était déjà de 41%. Si elle fut réduite en 2000 à 29% elle n'en est pas moins une épine dans le pieds des viticulteurs australiens. Car cette taxe s'applique au prix de la bouteille. Donc si vous vendez 10 bouteilles à $35 pièce, vous perdez plus, ou du moins vous gagnez moins, que si vous vendez 50 bouteilles à $8 pièce.

Auparavant, cette taxe n'était pas appréciée par les viticulteurs, et on comprend bien pourquoi, mais ces derniers pouvaient profiter de l'essor de l'industrie viticole australienne pour financer cette taxe. En effet, le vin australien a connu une croissance extraordinaire de 1980 à 2007 en multipliant les exportations et en produisant des vins de qualité, capables de concurrencer les vins français.

Mais de 2007 à 2012, les exportations viticoles ont chuté de 38%. Pourquoi ? Les vieilles industries du vin ont relancé leur compétitivité (France, Italie, Allemagne) et de nouvelles industries viticoles ont émergé (Nouvelle Zélande, Chili, Argentine, Afrique du Sud ?).

Et c'est d'ailleurs le voisin kiwi qui profite le plus de cette Wine Tax. Car si les producteurs viticoles australiens et néo-zélandais peuvent bénéficier d'une ristourne gouvernementale allant jusque $500 000, les producteurs néo-zélandais, eux, ne sont pas soumis à la Wine Tax.

Un énorme avantage qui a permis au voisin de l'Australie de multiplier par 5 ses revenus viticoles en 7 ans : de $5 millions en 2006-2007, le vin rapporte a rapporté $25 millions à la Nouvelle Zélande de 2013 à 2014.

Pour faire face au poids de cette taxe, les producteurs de vin australiens se tournent massivement vers l'exportation. En exportant, les producteurs peuvent réaliser des marges suffisantes sur leurs bouteilles pour faire suffisamment de bénéfices tout en payant la taxe et en maintenant la qualité de leur vin.

Et l'Australie est bien placée pour exporter son vin. Sa proximité avec les pays asiatiques, friands de vin de qualité notamment en Chine, lui permet de s'accaparer des parts de marchés importantes. D'autant plus que la classe moyenne de la Chine ne cesse de grandir et de se diversifier ce qui représente l'opportunité pour les producteurs australiens de diversifier leur panoplie de prix et la qualité de leurs vins. Car en Juin, l'Asie est devenue la première destination des explorations de vin de l'Australie: cette année, la Chine à elle seule représente $419 millions d'exportations de vin.

Résultat les exportations de vin australien ont augmenté de 11% en valeur depuis l'an dernier, rapportant $2,11 milliards aux producteurs australiens d'après Wine Australia Export. Cela représente une augmentation de 0,5% en volume pour un total de 728 millions de litre vendu en un an.

Néanmoins les ventes nationales sont en bernes. Et le coupable est encore une fois la Wine Tax. A cause de cette taxe, la majorité des viticulteurs australiens ont avoué avoir réduit leur budget pub, diminué la qualité de leur vin ou la quantité de leur vin de qualité.

Toutefois, tant que les revenus de l'industrie viticoles continueront à augmenter, il est peu probable que le Gouvernement revoit le montant de la Wine Tax.

D'autant plus que le dollar australien s'est beaucoup déprécié récemment. Les importateurs de vin australien vont donc continuer à augmenter leurs commandes pour profiter au mieux de ce taux de change avantageux. Une diminution de la Wine Tax n'est donc pas pour tout de suite ?

Les producteurs de vin australiens n'ont plus qu'à espérer que les asiatiques aient toujours soif, même lorsque le dollar sera apprécié  !

 

MC Potet, lepetitjournal.com/Sydney, Vendredi 22 Juillet 2016

 

lepetitjournal.com Melbourne
Publié le 22 juillet 2016, mis à jour le 6 janvier 2018
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