À l'occasion de la présentation de son roman *La Dame d'Alexandrie : Qui a tué Mona Salem ?* à l'Institut français d'Égypte, l'écrivain, ancien diplomate et traducteur de l'œuvre d'Alaa El Aswany s'est confié à *lepetitjournal.com* Le Caire. Dans cet entretien exclusif, Gilles Gauthier revient sur son rapport à l'Égypte, la naissance de ses personnages, les défis de la traduction littéraire et cette conviction qui traverse toute son œuvre : écrire l'Égypte, c'est avant tout écrire l'humain.


« Écrire l'Égypte, c'est écrire l'humain » : Gilles Gauthier présente La Dame d'Alexandrie au Caire
Invité de l'Institut français d'Égypte, l'écrivain, diplomate et traducteur de l'œuvre d'Alaa El Aswany a partagé avec le public sa vision de la création littéraire, de la traduction et de l'Égypte qui inspire ses romans.

Mardi 23 juin, une cinquantaine de passionnés de littérature se sont réunis à l'Institut français d'Égypte, au Caire, pour assister à la présentation du dernier roman de Gilles Gauthier, La Dame d'Alexandrie : Qui a tué Mona Salem ?. Aux côtés de son éditeur, Gilles Kraemer, l'auteur a échangé avec le public autour d'un ouvrage qui mêle intrigue policière, mémoire et histoire de la ville d'Alexandrie.
Ancien diplomate, spécialiste du monde arabe et traducteur en français de plusieurs romans d'Alaa El Aswany, Gilles Gauthier entretient depuis plus d'un demi-siècle une relation privilégiée avec la région. « Les trois activités sont complémentaires », explique-t-il. « Ce qui fait le lien entre elles, c'est ma relation avec le monde arabe », une relation née de ses années d'enseignement en Algérie puis au Maroc, avant une carrière diplomatique qui l'a conduit jusqu'au poste d'ambassadeur de France au Yémen.
Alexandrie, un personnage à part entière
Pourquoi avoir choisi Alexandrie comme décor de son roman ? Pour Gilles Gauthier, la ville possède une singularité qui dépasse largement son histoire.
« Alexandrie est une grande ville égyptienne, mais elle a été construite au bord de la mer. Son fondateur est un conquérant étranger et elle a toujours été plus ouverte sur l'extérieur que le reste du pays », explique-t-il.
L'auteur rappelle que le cosmopolitisme alexandrin, marqué par la présence de nombreuses communautés méditerranéennes aux XIXᵉ et XXᵉ siècles, en fait depuis longtemps une source d'inspiration pour des écrivains venus d'horizons différents.
Mais son ambition dépasse le simple portrait de la cité méditerranéenne : « En écrivant un roman dont l'action se déroule à Alexandrie, c'est de l'Égypte tout entière que je voulais parler. »
Des personnages avant l'intrigue
Interrogé sur sa méthode de travail, Gilles Gauthier révèle que ses romans naissent avant tout de ses personnages.
« Lorsque je me mets à écrire, ce sont les personnages qui apparaissent en premier. L'intrigue se dessine ensuite, au gré de l'écriture. »
Pour lui, un roman prend véritablement vie lorsque les personnages acquièrent leur autonomie et commencent à interagir naturellement entre eux. Vient ensuite le travail sur le rythme et l'équilibre du récit.
Au terme de l'écriture, une question demeure pourtant : « Ai-je su leur assurer une part d'éternité ? »
Traduire, c'est restituer une culture
La rencontre a également été l'occasion d'évoquer son travail de traducteur d'Alaa El Aswany.
Pour Gilles Gauthier, la principale difficulté ne réside pas tant dans les langues que dans les sociétés qu'elles expriment.
« Lorsque l'on traduit en français, le premier impératif est que le texte coule comme de source. Il ne doit rien rester des tournures de la langue d'origine. Cependant, la traduction doit parfaitement faire passer l'esprit du texte. C'est un défi presque impossible à relever, mais cela doit rester un objectif. »
Selon lui, la traduction littéraire consiste moins à transposer des mots qu'à transmettre des sensations, des sentiments et un univers culturel.
Une admiration intacte pour l'Égypte
Après plusieurs décennies passées à fréquenter le pays, Gilles Gauthier affirme que l'Égypte continue de le fasciner.
« Plus rien ne me surprend en Égypte, sinon l'extraordinaire dynamisme et la perpétuelle inventivité dont font preuve ses ressortissants », confie-t-il.
Enfin, lorsqu'on lui demande quels écrivains permettent aujourd'hui de mieux comprendre l'Égypte, il refuse tout classement, mais cite notamment Naguib Mahfouz, Tawfik Al-Hakim, Baha Taher, Gamal El Ghitani, Sonallah Ibrahim, Ibrahim Abdel Meguid et, bien sûr, « mon ami Alaa El Aswany, qui a plus que tout autre fait connaître et aimer l'Égypte aux lecteurs français ».
Au terme de cette rencontre, le public a prolongé les échanges lors d'une séance de dédicaces, témoignant de l'intérêt suscité par une œuvre où enquête policière, mémoire des lieux et regard sur la société égyptienne s'entremêlent avec finesse.
crédit photo : riveneuveediton
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