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VU D'EGYPTE - Bassita, un clic pour changer le monde

Par Lepetitjournal Le Caire | Publié le 27/10/2015 à 14:31 | Mis à jour le 28/10/2015 à 05:37

Cette semaine, dans « Vu d'Egypte », on vous fait découvrir une initiative unique, née entre la France et l'Egypte. Bassita (« simple » en arabe) est fondée sur la certitude que les réseaux sociaux peuvent changer le monde. Alors vrai ou faux ? On a demandé à Alban de Ménonville et Salem Massalha, deux des fondateurs de Bassita, comment, en un seul clic, on pouvait faire bouger le monde.

  

La force du web pour faire bouger les lignes

Lepetitjournal.com/LeCaire: Comment est venue cette idée de « Bassita »?
Alban : On était présents avec Salem pendant la révolution de 2011. On a vu l'énergie déployée sur les réseaux sociaux : toute cette communauté de « web-users » qui cherchait le changement. A travers Facebook et Twitter, ils livraient leurs opinions, leurs idéaux, leurs visions de l'avenir?. Ils avaient eux un but politique, ce qu'on n'a pas. Mais on a vu l'enthousiasme et la possibilité de créer un modèle où l'on peut faire bouger les lignes, instituer le changement, à travers le pouvoir des réseaux sociaux et à ce formidable outil qu'est un simple clic.

 

Le rôle des réseaux sociaux dans la révolution égyptienne - Essam Sharaf - (c) WikiCommons

On a créé le « clickfunding » de toutes pièces. On a pas mal avancé même si le modèle est toujours perfectible. On l'affine d'ailleurs en permanence.

Et pourquoi en Egypte plutôt qu'en France alors?

Alban : Ce qu'on a fait ici, on ne l'aurait certainement pas fait en France. Avec un faible capital de départ, à 3 associés, on a pu monter une structure, embaucher les premiers collaborateurs, développer la première matrice du site web? en France, avec notre apport, on aurait pu? on n'aurait rien fait de tout ça, sauf en recevant l'aide d'un investisseur. Mais l'investisseur veut un business plan et à l'époque on avançait sans vraiment savoir ou on allait. C'est un modele unique, le concevoir a pris du temps. Pourtant au Caire, l'économie n'est pas florissante? Les clients sont très limités. Mais on bénéficie d'une souplesse vraiment bienvenue et d'un enthousiasme de la jeunesse autour des réseaux sociaux qui est notre moteur de croissance. On a pris des risques, testé le marché et un an après on s'impressionne nous-même du trajet parcouru.

Salem : Pour l'anecdote, on s'est payé nos climatiseurs grâce à notre premier contrat de vidéo : voilà, c'est un exemple de comment on s'est développé, projet après projet. Notre évolution ne répond pas aux business modèles français, où on nous aurait demandé une projection sur 3 ou 5 ans. Nous on fonctionne au coup par coup. On apprend de nos erreurs, de nos succès. Et aujourd'hui, oui, on a l'expérience et le recul nécessaire pour passer à la phase 2, qui sera peut-etre plus traditionnelle en termes de business development.

Mettre de la démocratie dans l'engagement philanthropique

Du coup, comment ça marche « Bassita »?

Alban : De manière très simple ?. On met en relation une initiative positive et un sponsor. Le sponsor aidera l'initiative seulement si la campagne sur internet atteint un certain nombre de points. 1 vue sur une vidéo vaut 1 point, un like 2 points, un commentaire 6 points etc? C'est du win-win-win : l'initiative trouve une aide ou un financement, le sponsor communique sur les initiatives qu'il soutient et l'internaute crée un impact concret d'un simple clic. Qui dit mieux ?

Avec des clics on a déjà créé des lunettes, des vélos et des ?uvres d'art. Aujourd'hui, toujours rien qu'avec des clics on envoie des enfants voir la mer pour la première fois et on apporte de l'eau courante aux villages du Sud de l'Egypte. Avec des clics on change le monde, c'est ça la force inimitable du Clickfunding.

 

Et dans le détails ?

Salem : Prenons l'exemple de la campagne que l'on monte avec UNICEF. L'objectif est de connecter 6.000 personnes à l'eau courante pour un budget total d'environ 1,5 million de LE. On développe une vidéo, des visuels, tout un ensemble d'éléments qui montre le problème. Ces éléments intègrent le logo du sponsor. Après on fixe un minimum de visibilité. Pour cette campagne c'est 1,5 millions de points. Donc exactement une livre par point. Un like crée 2 LE, un partage 6 LE. Je ne peux pas vous en dire plus mais on a déjà un sponsor pour 500,000 livres. 

Vous parliez de « phase 2 » dans le modèle à venir, est-ce que vous pouvez en dire plus?

Alban : Le but de ce nouveau modèle, c'est d'offrir un plus grand rôle à l'internaute, de rendre le Clickfunding plus participatif, de lui donner plus de pouvoir quant aux changements qu'il peut créer. Beaucoup de choses sont encore confidentielles mais on aura par exemple la possibilité de se « clickfunder » soi-même. Et bien sûr nous en sommes les cobayes. Salem a par exemple fait un clip sur le Nil. Il montre la saleté du fleuve et s'indigne que l'on traite ce trésor comme une poubelle. Pour chaque vue sur sa vidéo amateur, il s'engage à ramasser 10 grammes de détritus jetés dans le fleuve. Si les internautes suivent, il risque d'avoir du travail. 100.000 vues ça fera donc? 1 tonne non ? 

Salem : La nouvelle version du site inclura aussi tout un système de « gamification » et des technologies uniques qui permettent de tracker l'ensemble des actions sur tous les éléments d'une campagne. 

L'Egypte, un charme urbain et cosmopolite

Vous êtes tous les deux installés au Caire depuis plusieurs années, quels sont vos sentiments, sur la vie ici, les particularismes, vos coups de coeur??

J'ai quitté Montréal pour trouver une ville avec plus de chaleur.  J'apprécie le bouillonnement permanent, le chaos, la simplicité des échanges. Et puis j'ai eu le temps de voir des choses formidables en m'évadant du Caire. D'ailleurs, je recommande Minya. Le bac qui relie Tel Al Amarna à l'autre rive du Caire est inoubliable. Il est un peu vieux mais les paysages sont magnifiques, le Nil fait des méandres incroyables. Le bateau est très ancien, mais c'est splendide.

Salem : Ce que j'aime, c'est qu'on y découvre des surprises chaque jour, et qu'il y a encore une grande identité égyptienne, une culture, et un foisonnement des origines, les Nubiens, les siwis hyper généreux, ça concourt à cette « non-standardisation » de la société qui est très agréable. C'est vraiment un beau pays. Sauf peut-être pour la gastronomie.

Vous pouvez retrouver toutes les actions soutenues par Bassita sur leur site internet www.bassita.org, et vous aussi, changez le monde en un seul clic!

Quentin Boissard (www.lepetitjournal.com/le-caire) - Mercredi 21 octobre 2015

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