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SOCIETE - L’excision, plaie d’Egypte

Par Lepetitjournal Le Caire | Publié le 14/08/2007 à 02:00 | Mis à jour le 13/11/2012 à 11:09

Nouveau décès d'une adolescente qui se faisait exciser. Très pratiquée en Egypte, le phénomène inquiète les autorités qui hésitent pourtant à punir les coupables.
Photo : Extrait d'une campagne de sensibilisation. L'excision, une blessure que le temps ne peut effacer.

Une adolescente de 13 ans est morte alors qu'elle se faisait exciser la semaine dernière dans un village du Delta. Le père de la victime et le médecin qui a pratiqué "l'opération"ont été mis en examen. Le docteur risque? l'interdiction d'exercer. Cette pratique ancestrale a toujours cours en Egypte. En 2000, l'UNICEF estimait que 97% des femmes mariées égyptiennes étaient excisées. Le chiffre n'avait pas bougé en 2003. Malgré l'action des ONG et les récentes campagnes gouvernementales la nécessité de l'excision est toujours fortement ancrée dans les mentalités.


Fatma, 53 ans, femme de ménage d'Imbaba, un quartier populaire du Caire, a fait exciser sa fille à 10 ans: "Je savais qu'elle allait beaucoup souffrir. J'hésitais, mais mes amis m'ont dit: tu veux qu'elle saute sur les hommes? C'est ce qui m'a décidé !"
L'excision consiste en l'ablation du clitoris et de toutes ou parties des petites lèvres. Outre les infections - fréquentes - qui peuvent entraîner la mort, les mutilations génitales féminines laissent des traces physiques et psychologiques à vie.
Pour Somaya, 29 ans, c'est arrivé lorsqu'elle avait 10 ans. Elle parle sans gêne des conséquences : "Je n'ai pas une vie sexuelle normale. Je n'ai pas de plaisir. Je fais l'amour quand mon mari veut, moi je n'ai jamais envie. Cela crée des problèmes entre nous. Et l'horreur de ce moment... Si j'ai une fille, je ne lui ferais pas subir cela"...


Hésitation des autorités
En juin dernier, la mort d'une autre fillette dans le sud de l'Egypte, avait ému l'opinion publique et conduit les autorités à interdire aux hôpitaux de pratiquer cette opération. Mais aucune sanction n'est prévue par cet arrêté. L'adoption d'une loi n'est pas non plus envisagée pour le moment.
Les autorités ont longtemps été coupables d'ambiguïté. En 1997 un décret interdisait l'excision sauf "raisons médicales", un terme vague qui a permis à la pratique de se poursuivre. Par le passé, les autorités religieuses ont longtemps hésité aussi à interdire franchement ces mutilations, certains religieux encourageant même cette pratique. 
Il y a quand même un espoir estime, Mona el Tobgui responsable d'une association qui lutte contre le phénomène. Le sujet est de moins en moins tabou : "Avant personne ne disait "excision"(el khitan : circoncision en arabe) mais "purification"( el taara). Ce lent changement de vocabulaire montre déjà une évolution des esprits".

Stéphanie WENGER. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) 14 août 2007

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