

Si l'histoire de l'Egypte est longue, celle de son rapport avec le chat l'est presque autant. Elle commence par la domestication de l'animal, au cours du troisième millénaire avant JC. On l'appelle alors "Miou"d'où vient le verbe "miauler"
Vénérés en Egypte, les chats peuvent se prendre pour des "pachas"(photo Audrey Bouyer)
Pratique, chassant les petits rongeurs, il protège les silos à grain entreposant les récoltes. Chassant les rats, il limite la propagation de maladies graves, et tuant les serpents, il sécurise le foyer.
D'animal de compagnie pour sa douceur, il devient une créature vénérée à l'instar d'autres animaux. Incarnant Rê pour vaincre son ennemi le Dieu serpent Apophis, il atteint le paroxysme de sa popularité en figurant Bastet, protectrice de l'humanité, déesse de la joie et de l'accouchement.
Animal sacré avec interdiction de le tuer ou de le maltraiter, les contrevenants étaient lourdement punis. Diodore de Sicile rapporte qu'en -60, un soldat romain aurait été tué par un soldat égyptien pour avoir accidentellement écrasé un chat avec son char, et ce malgré les ordres du pharaon Ptolémée XII.
Présents dans les foyers, dans les temples sous la responsabilité du "gardien des chats", et dans les palais où ils étaient choyés, la tradition voulait qu'à leur mort, les maîtres se rasent les sourcils et observent 70 jours de deuil, durée de sa momification.
Avec l'interdiction du culte de Bastet en 390, l'importance du chat décroit jusqu'à la conquête de l'Egypte par le jeune peuple musulman en 641, qui lui rend sa place d'honneur. L'amour porté par le Prophète lui assure le respect des musulmans, de nombreux récits décrivent cette affection : "Un jour, après l'appel à la prière, le Prophète allait mettre l'un de ses vêtements lorsqu'il s'aperçu que Muezza, son chat, dormait sur l'une des manches. Sans déranger l'animal, il coupa la manche et le laissa dormir ".
Un de ses compagnons portait le nom d'Abou-Hurayra (le père du chaton), car il portait en permanence un chat sur lui. Celui-ci aurait sauvé le Prophète de la morsure d'un serpent venimeux. Lui caressant la tête, le Prophète y laissera les quatre marques noires visibles sur le front de la majorité des chats. Et, lui caressant le dos, il lui aurait accordé la faculté de toujours retomber sur ses pattes.
Le Prophète conseille de traiter son chat comme un membre de la famille, et malheur à celui qui maltraitera l'un d'entre eux. Animal très propre, il est possible de faire ses ablutions pour la prière avec la même eau que celle où il a bu. A l'inverse, il faut laver sept fois le contenant où un chien a bu avant qu'un homme puisse de nouveau l'utiliser.
Au Caire, on est saisi par le nombre de chats qui y vivent. Sans faire l'objet d'un culte, et sans bénéficier d'une grande considération, on voit souvent des scènes de tendresse entre les cairotes et l'animal. Là où le chien est chassé, le chat se pavane, réclamant nourriture et caresses aux passants. Omniprésents, certains deviennent pour nous de véritables personnages avec leurs caractères et habitudes. Ils font partie du paysage, tout comme le bawab ou l'épicier du coin.
Olivier ESCALON. (www.lepetitjournal.com ? Le Caire) mercredi 9 avril 2008








