Édition internationale

SOCIETE - Dubaï, réussite à deux visages

Écrit par Lepetitjournal Le Caire
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018

Les ouvriers du sous-continent indien sont moins hésitants à protester à Dubaï, ville où se multiplient les chantiers. Soucieuses de leur image, les autorités affirment prendre des mesures d'amélioration de leurs conditions de vie

Sur les chantiers, asiatiques et égyptiens se côtoient (photo LPJ)

Les charpentiers asiatiques les plus expérimentés ne gagnent à Dubaï (Emirats arabes unis) que 7,6 dollars par jour, et 4 dollars pour les débutants. Situation paradoxale pour un pays qui a pu en une dizaine d'années devenir le New York du Moyen-Orient. Représentant quelque 80 % de la main-d'?uvre, les travailleurs asiatiques de ces Emirats étouffent, logés par centaines dans des caves et travaillant au moins 12 heures par jour sous un soleil de plomb. Ils endurent ces conditions pour toucher en fin du mois 600 dirhams (environs 165 dollars). En comparaison, les Emiratis sans diplôme de fin d'études secondaires perçoivent environ 1.400 dollars, et les détenteurs d'un diplôme d'entrée à l'université touchent 4.000 dollars en tant que salariés.
Giwan, un père de famille pakistanais, âgé d'une trentaine d'années, travaille aux Emirats arabes unis depuis huit ans, dans la zone industrielle de Sharjah. Son histoire illustre comme tant d'autres la souffrance d'un ouvrier. Ainsi, il est soumis au système de la kafala, c'est-à-dire placé sous la responsabilité et la protection d'un kafil, citoyen émirati, qui opère en échange d'un prélèvement sur ses revenus. Privilège essentiel de la citoyenneté, la kafala réserve aussi 51 % de la propriété de toute société à un associé émirati. Le droit de propriété sur un bien immobilier ou sur une entreprise détenue par un étranger s'apparente alors plutôt à une concession. "Nous sommes sans droit dans ce pays", déclare Giwan. Sans l'aval de son kafil, il ne peut pas ouvrir de compte en banque, obtenir un permis de conduire, ou changer d'employeur s'il trouve une meilleure offre.

Eldorado pour personnel non qualifié
Main d'?uvre assez peu qualifiée, importée par des intermédiaires ou par les entreprises elles-mêmes, ces Asiatiques assurent le fonctionnement au quotidien de l'économie domestique, industrielle et des services des Emirats. On la retrouve sur tous les grands chantiers de l'Emirat. Si la plupart des Asiatiques travaillent dans le secteur de la construction et de l'immobilier, d'autres -à peu près 5 %- occupent d'autres métiers un peu plus "respectables".
Les Egyptiens qui travaillent là-bas ne sont pas logés à meilleure enseigne. Ils ne bénéficient pas non plus de meilleures conditions. Leurs contrats sont temporaires;ils sont menacés d'être chassés du jour au lendemain. Surtout que la main d'?uvre asiatique moins chère limite leurs opportunités.
La cherté de la vie a poussé un grand nombre des Egyptiens à faire repartir leur famille pour se partager une même chambre avec un des collègues. Ces conditions de vie menacent la présence de la main d'?uvre égyptienne à Dubaï.
Névine KAMEL. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) vendredi 11 avril 2008

Publié le 11 avril 2008, mis à jour le 9 janvier 2018
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