

Samedi 1er septembre la Haute Cour administrative a examiné le cas de douze Egyptiens, convertis à l'islam, qui veulent retrouver le christianisme. C'est la première fois que la plus haute juridiction administrative est saisie de cette question sensible et qui concerne, en dehors de l'Egypte, tout le monde musulman
En Egypte, la jurisprudence sur les cas de retour au christianisme a varié ces dernières années. L'histoire commence en 2004 lorsqu'un copte, converti à l'islam, puis redevenu chrétien, veut faire reconnaître le retour à son ancienne religion par l'administration. Refus de celle-ci mais un tribunal administratif estime que la demande de l'administré est fondée. D'autres "retours "au christianisme seront enregistrés de la même façon. Jusqu'en avril 2007, où un nouveau juge prend une décision contraire qu'il base sur la charia, de laquelle le droit égyptien s'inspire et la protection de l'ordre public.
Il est vrai que la question est ultra sensible alors que les rapports entre chrétiens et musulmans égyptiens, jamais complètement apaisés, se sont raidis ces derniers temps. Des rumeurs ou des affaires de conversions très médiatiques enflamment l'opinion et les colonnes des journaux. Le terme d'"apostat "revient régulièrement. En islam, l'accusation qui vise celui qui abandonne sa religion est très grave, certains religieux estiment que l'apostasie doit être punie par la mort. En avril dernier, le juge administratif a utilisé ce terme pour désigner les douze chrétiens qui font appel aujourd'hui.
L'Eglise suspendue dans le Caire copte (photo DR)
L'apostasie en question
"Nous contestons l'argumentation de cette dernière décision", explique Hossam Bahgat, responsable del'Egyptian initiative for Personal Rights, et qui soutient les douze défenseurs : "Ceci n'est pas une question religieuse, mais elle concerne le droit civil. L'Etat à sa propre interprétation de la charia, comme garante de l'ordre public et nous la rejetons : il n'existe pas de loi contre la conversion ".
Récemment les autorités religieuses ont semblé vouloir pacifier le débat. Le mufti a estimé que l'apostasie ne pouvait recevoir de "punition terrestre ", tout en estimant que la menace qui vise l'ordre public en cas de conversions massives est réelle.
"La constitution égyptienne reconnaît la liberté de croyance et de religion, l'Egypte a signé des textes internationaux dans ce sens et qui s'imposent à elle ", résume Hossam Bahgat.
L'audience a finalement été reportée au 17 novembre. Même s'il s'agit d'un jugement de la plus haute juridiction administrative égyptienne, et non d'une décision religieuse, la question intéresse l'ensemble du monde musulman jusque dans ses rapports avec l'Occident.
Stéphanie Wenger (www.lepetitjournal.com, Le Caire), 3 septembre 2007






