Édition internationale

POLEMIQUE-Le Roi est mort, vive le Roi!

Écrit par Lepetitjournal Le Caire
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012
Véritable succès d'audience, le feuilleton du Roi Farouk diffusé pendant le mois de Ramadan a une résonance particulière au regard de la situation politique actuelle


Le passé est toujours plus ravissant que le présent. Mais affirmer que l'on regrette la royauté, voilà qui dérange. Personne n'aurait pu imaginer qu'un jour, les Egyptiens regretteraient l'ère de la monarchie, ce régime longtemps combattu par les nationalistes jusqu'à qu'ils réusissent, le 26 juillet 1952, à assister au départ en exil du descendant de Mohamad Ali, le roi Farouk.
Le feuilleton, El Malik Farouk (Le roi Farouk), fortement critiqué par les historiens, a semble-t-il changé le sentiment de certains Egyptiens vis-à-vis ce roi habituellement présenté comme futile et capricieux. La scénariste Lamis Gaber a réussi à présenter la personnalité du roi ainsi que les détails et les traits de sa vie sans aucun jugement. L'acteur qui interprète Farouk est un comédien syrien, comme le réalisateur et le producteur est la chaine saoudienne MBC.
L'écrivain Saad Eddine Ibrahim, a justifié le sentiment de nostalgie éprouvé par une bonne partie de l'audience. "Contrairement à ce qui se déroule actuellement, l'époque du feuilleton représentait une partie d'un ère libérale où régnaient la liberté, les arts et la civilisation." L'intellectuel reconnaît que la société de l'époque était traversée par les conflits, mais pas aussi dramatiquement qu'aujourd'hui.

Portrait du roi Farouk dans les années 30 (DR)


Des visées politiques
Le feuilleton du roi Farouk a donc suscité une vraie controverse à la hauteur de son succès, dès son apparition au mois du Ramadan. Il suffit de noter que deux autres chaînes le diffusent actuellement pour une deuxième fois et que beaucoup d'Egyptiens en parlent.
Nous sommes au club Gezira : trois générations d'une même famille et quelques amis sont réunis. "Pourquoi on a dû chasser le roi s'il nous traitait aussi bien? Cette période n'est-elle pas plus florissante que celle que nous vivons aujourd'hui? ", demande un adolescent dont l'âge ne dépasse pas les 20 ans à sa mère. S'en suit une discussion acharnée au sein du groupe entre ceux qui critiquent cette période et les autres qui la considèrent plus satisfaisante que celle que nous vivons ces jours-ci.
La nostalgie envers cette période, comme l'assure Latifa Salem, professeur de l'histoire moderne à l'université de Hélouan, provient d'une révolte amère contre l'humiliation qu'affronte le citoyen égyptien actuellement. Des conditions de vie difficiles, une corruption très répandue et finalement une petite classe riche qui profite de tous les privilèges et une grande majorité qui souffre davantage d'un jour à l'autre.
Un autre point a également été soulevé après la diffusion de ce feuilleton. N'est-ce pas un moyen pour faire accepter aux peuples arabes la transmission héréditaire du pouvoir ?
Un analyste politique qui a requis l'anonymat l'assure. Diffuser un tel feuilleton actuellement vise a faire accepter au peuple égyptien l'idée de la transmission du pouvoir. Surtout avec le grand débat égyptien sur le prochain président de la République.
Nevine KAMEL. (www.lepetitjournal.com - Le Caire) jeudi 1er novembre 2007

 





 
Publié le 1 novembre 2007, mis à jour le 13 novembre 2012
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