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PATRIMOINE – Carnage de maisons anciennes au cœur d’Alexandrie

Écrit par Lepetitjournal Le Caire
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018
C'est un véritable jeu de massacre qui est en train de se passer dans l'indifférence générale au c?ur d'un des quartiers les plus typiques de la ville, sur la presqu'île d'Anfushi ou quartier de « Bahari », connu notamment pour son architecture ottomane

Les promoteurs immobiliers exercent leur convoitise sur les maisons anciennes à deux ou trois étages avant de les remplacer par des barres d'immeubles informes, défigurant ainsi le quartier.

Petite visite matinale à « Bahari »
Une visite s'impose, en compagnie d'un habitant du quartier qui le connaît comme sa poche et l'a vu changer de physionomie en seulement quelques années. Au cours de la promenade, c'est le début d'une litanie noire qui se dessine sous nos yeux : ici une maison ottomane aux exceptionnels encorbellements qui est sur la liste des prochaines démolitions, là des travaux en cours pour construire une nouvelle tour d'immeuble sans charme à la place d'une maison historique. Là encore, des gerbes de tiges en fer posées sur le sol. Mon accompagnateur m'informe que leur présence indique systématiquement une destruction prochaine. Ces tiges de construction sont en effet emmenées là préalablement, en prévision d'un chantier. Car les destructeurs agissent très vite. Une destruction peut parfois avoir lieu en deux jours seulement, afin de neutraliser toute réaction sous le coup du fait accompli. Puis on reconstruit, également très vite, et très mal, des barres d'immeubles qui ne sont manifestement pas adaptées au quartier, situé sur une presqu'île dont l'urbanisme s'organise autour de rues assez étroites, à la manière des vieilles villes arabes. D'ailleurs, lorsque la perspective de la rue est favorable, on peut clairement voir que ces tours penchent légèrement - mais indéniablement - vers l'avant, laissant songeur quant à la sûreté de ces constructions? 

Tous les moyens sont bons?
L'été dernier, une maison à encorbellement qui était certainement parmi les plus belles pièces du
patrimoine ottoman d'Alexandrie a été détruite. La reconstruction est déjà en cours et le bâtiment insipide qui s'élève déjà sur plusieurs étages nous donne un haut-le-c?ur. Plus loin, une autre maison ottomane est sous le coup de la même menace, en compagnie de la maison adjacente qui a déjà été vidée de ses habitants. Cette dernière n'est pas ottomane mais plutôt d'un style européen postérieur qui présente des caractéristiques architecturales tout aussi intéressantes, mais tout aussi peu considérées. Photos Aude Thépenier - Maisons vouées à disparaître ?

Les lois contournées par les promoteurs
Pourtant, les lois qui existent en Egypte devraient théoriquement protéger un tel patrimoine. Mais elles ne sont pas respectées et facilement contournées par des promoteurs qui n'hésitent pas à convaincre les propriétaires, et à promettre aux habitants modestes des appartements plus neufs, en recourant si besoin à des pressions proches du harcèlement. La corruption n'est pas absente d'un tel carnage en règle;elle permet notamment d'obtenir des autorisations fictives auprès des autorités du district. Mais les entrepreneurs mafieux peuvent également agir sans autorisation : ils détruisent puis reconstruisent tout bonnement et à la hâte, en s'efforçant d'y installer au plus vite des habitants, profitant de la règle selon laquelle un immeuble habité ne peut plus être détruit. A ce rythme, ce patrimoine déjà bien dégradé aura complètement disparu d'ici quelques années.

Aude THEPENIER (www.lepetitjournal.com - Le Caire - Alexandrie) lundi 15 décembre 2008
Publié le 15 décembre 2008, mis à jour le 9 janvier 2018
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