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Macron à Alexandrie : six siècles d'amitié franco-égyptienne et un campus!

Le président français inaugure ce 9 mai le nouveau campus de l'Université Senghor à Borg El Arab. Un geste fort, ancré dans l'une des plus longues histoires diplomatiques du monde méditerranéen.

Consulat Général de France à Alexandrie. Egypte.Consulat Général de France à Alexandrie. Egypte.
Consulat Général de France à Alexandrie. Egypte.
Écrit par Marie-Claire Béji
Publié le 9 mai 2026

Ce 9 mai 2026, le président Emmanuel Macron foule le sol alexandrin pour inaugurer, aux côtés du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le nouveau campus de l'Université Senghor à Borg El Arab.

Un campus de 4,2 hectares, moderne et tourné vers l'Afrique, qui incarne aujourd'hui la vitalité de la coopération franco-égyptienne. Avant un dîner de travail, les deux chefs d'État visiteront également la Citadelle de Qaitbay, forteresse du XVe siècle édifiée sur le site de l'ancien phare d'Alexandrie — symbole de la mémoire partagée entre les deux pays. Cette étape alexandrine ouvre une tournée africaine de cinq jours qui mènera Macron au Kenya pour le sommet Africa Forward, puis en Éthiopie au siège de l'Union africaine.

Cette visite n'est pas anodine. Elle s'inscrit dans une relation bilatérale qui remonte à plus de six siècles, et dont le Consulat général de France à Alexandrie est l'un des gardiens les plus anciens et les plus éloquents.

Alexandrie n'est pas seulement un port. C'est une idée, une façon d'être au monde — plurielle, maritime, ouverte. 

1384–2026 : six siècles de présence française à Alexandrie

Dès 1384, des archives attestent la présence d'un représentant consulaire français à Alexandrie, chargé de protéger les marchands et pèlerins sur les routes méditerranéennes. La France en Égypte s'est ensuite construite siècle après siècle, portée par des figures marquantes et des projets d'envergure mondiale.

1384 : Première mention d'un consul français à Alexandrie, protecteur du commerce méditerranéen.

1802: Bernardino Drovetti nommé consul général pour reconstruire les liens franco-égyptiens après la campagne de Napoléon.

1869: Inauguration du canal de Suez par Ferdinand de Lesseps, symbole majeur de la coopération franco-égyptienne.

1946: Charles de Gaulle élève le consulat au rang de consulat général, affirmant son rôle diplomatique central.

2026: Emmanuel Macron inaugure le campus de l'Université Senghor à Alexandrie, nouveau jalon de la francophonie en Égypte.

Drovetti, De Lesseps : les bâtisseurs de la relation franco-égyptienne

Après la campagne d'Égypte de Napoléon Bonaparte, c'est Bernardino Drovetti qui, dès 1802, renoue les fils diplomatiques entre Paris et Le Caire. Érudit, collectionneur d'antiques et diplomate habile, il incarne la double vocation française en Égypte : le dialogue politique et la fascination savante pour une civilisation millénaire. Quelques décennies plus tard, Ferdinand de Lesseps entreprend le percement du canal de Suez, inauguré en 1869, révolution du commerce mondial qui ancre durablement la France dans le paysage égyptien.

De Gaulle, 1946 : Alexandrie élevée au rang de consulat général

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle prend une décision symboliquement forte : il élève le consulat de France à Alexandrie au rang de consulat général.

Ce geste affirme qu'Alexandrie, ville-monde par excellence, mérite une attention diplomatique singulière — distincte de celle accordée au Caire. Aujourd'hui, quatre-vingts ans plus tard, la visite de Macron prolonge cette tradition d'engagement direct auprès de la cité méditerranéenne.

L'Université Senghor : vitrine de la francophonie en Afrique

Placée sous l'égide de l'Organisation internationale de la Francophonie, l'Université Senghor d'Alexandrie forme depuis 1990 des cadres et professionnels africains à travers des masters spécialisés en développement, patrimoine, santé publique et administration. Le nouveau campus inauguré ce jour par Macron et Sissi à Borg El Arab couvre 4,2 hectares et accueille des infrastructures modernes : bâtiments académiques, résidences étudiantes, salle de conférence, centre sportif. Quelque 143 étudiants y sont inscrits pour la cohorte 2025–2027, représentant l'Afrique francophone dans toute sa diversité.

L'Université Senghor n'est pas seulement alexandrine : elle est un pont entre Alexandrie, la France et le continent africain, fidèle à l'esprit de Léopold Sédar Senghor qui voyait dans la langue française un outil d'émancipation collective.

Rayonnement culturel : Bibliothèque, Institut français et figures cosmopolites

La coopération culturelle France-Égypte à Alexandrie ne se limite pas aux grandes cérémonies. Elle s'incarne au quotidien dans des institutions vivantes.

L'Institut français d'Égypte à Alexandrie diffuse la langue française à travers cours, cinéma, concerts et résidences d'artistes.

La Bibliothèque nationale de France a offert à la Bibliothèque d'Alexandrie le plus grand don de livres au monde, renforçant les liens intellectuels entre les deux pays.

Le Centre d'études alexandrines (CEAlex), fondé en 1990, mène quant à lui des fouilles archéologiques sous-marines et terrestres qui mettent au jour le passé gréco-romain de la ville.

Alexandrie a toujours produit des âmes capables de circuler entre les cultures. Parmi les figures qui incarnent ce génie cosmopolite et le dialogue franco-égyptien :

Georges Moustaki, Omar Sharif, Youssef Chahine, Farah Dibany

Du poète de la chanson française né de parents alexandrins à la soprano formée à Paris, ces destins illustrent ce qu'Alexandrie a toujours su offrir : un espace de liberté créatrice où les identités se croisent sans se dissoudre.

Écoles francophones : des générations de passeurs culturels

Les écoles francophones d'Alexandrie jouent depuis des générations un rôle fondamental dans le renforcement des liens éducatifs franco-égyptiens. Ces établissements — congréganistes, laïques ou bilingues — scolarisent des milliers d'élèves selon les programmes de l'Éducation nationale française, tout en restant profondément ancrés dans la réalité égyptienne. Ils sont, avec l'Université Senghor et l'Institut français, les piliers d'une francophonie en Égypte active et résiliente.

La visite de Macron ce 9 mai n'est pas un événement isolé : elle est le dernier chapitre d'une histoire commencée en 1384.

Alexandrie, capitale vivante de l'amitié franco-égyptienne

La tournée africaine de Macron place Alexandrie au cœur de la stratégie française sur le continent. En choisissant d'inaugurer l'Université Senghor avant même le sommet Africa Forward de Nairobi, le chef de l'État envoie un signal clair : la relation franco-égyptienne et la francophonie en Afrique sont des priorités durables, ancrées dans des institutions solides et une histoire commune de plus de six siècles.

Sources : Consulat Général de France à Alexandrie et Institut français d'Alexandrie :https://www.facebook.com/ifealexandriehttps://www.facebook.com/share/v/18bSv9J5dr/

Le Consulat général de France à Alexandrie n'est pas seulement un bâtiment où l'on délivre des visas. Il est le gardien d'une relation qui a traversé les guerres, les révolutions et les indépendances sans jamais se rompre. Depuis 1384, Alexandrie prouve que la Méditerranée n'est pas une frontière, mais un espace de rencontre, de création et de confiance partagée.

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