

Couper l'herbe sous le pieds de ses concurrentes égyptiennes, Eléonore Zgheib risque d'y parvenir dans quelques années. Modeste et raffinée, cette libanaise ignore encore la place qu'elle occupe dans les c?urs de ses fans en Egypte. C'est pourtant une star qui monte malgré les troubles de la révolution. Entretien
lepetitjournal.com : Ces derniers temps, Eléonore Zgheib (photo) est un nom qui revient comme une ritournelle dans les colonnes des magazines d'art en Egypte. Devez-vous ce clin d'oeil médiatique à votre prestation dans le fameux vidéo-clip « We malna » du chanteur égyptien Bahaa Sultan ?
Eléonore Zgheib : J'ai tout le temps été inspirée par les grandes divas égyptiennes de la danse orientale. Samia Gamal et Najwa Fouad ont toujours été mon modèle dans la vie. Quand j'étais petite, je sautais au plafond à leur passage à la télévision et je me mettais à les imiter en restant collée devant le téléviseur, en imitant leurs moindres mouvements, ce qui m'a toujours valu le châtiment de ma mère ! En effet, je passais des heures à regarder des films égyptiens où les tableaux de danse orientales étaient fortement présents, comme le fameux film de Nabila Obeid « Al rakissa wal siyassi » ("la danseuse et le politicien"). Jusqu'à présent, je rêve de réaliser un film comme celui-là ! Quant à mon passage dans le clip de Bahaa Sultan, ce fut vraiment par chance et par pur hasard. Même pendant le tournage, je ne savais pas que ma présence allait être aussi réussie, ce fut le comble pour moi ! Quand j'ai vu le clip à la télévision, j'ai pleuré comme une enfant! J'ai réalisé que je suis ENFIN présente en Egypte. Maintenant, il faudra que je travaille d'arrache-pied pour cultiver le fruit de ce travail. Je ne remercierai jamais assez le réalisateur Nasr Mahrous qui m'a offert ce privilège. Je lui dois un remerciement éternel?
Racontez-nous votre expérience avec l'émission "Hezzi ya Nawa'em"...
Ma participation à l'émission «Hezzi ya Nawa'em» m'a permis de remettre en question ma manière de danser. Je suis la fille unique de mes parents, ce qui explique que j'ai toujours été gâtée. Cependant, cette émission m'a permis de réaliser que je ne détiens pas le monopole de mon activité préférée. Lors des primes, j'ai réalisé que beaucoup de candidates dansaient à leur manière, en maîtrisant cet art. Elles avaient de grandes techniques, certes (même si je dansais avec « le c?ur » plus qu'avec le corps). Ce qui a rendu mon égo un peu plus modeste qu'auparavant. Les cours de danse que nous suivions avec Zaza Hassan et Ghassan Saab m'ont été précieux et j'ai même appris à danser avec certitude devant ma star fétiche Najwa Fouad et sous les yeux du célèbre Simon Asmar. Et ce, sans oublier Bachir Asmar avec qui je suis en train de réaliser un projet qui répond au nom de « FisheYe Medialab » (un projet artistique libanais). Bref, tout cela est pour dire que si je suis connue au Liban et en Egypte (mais aussi sur le site communautaire Youtube), c'est en partie grâce à cette émission aussi !
Certaines danseuses égyptiennes sont hostiles à l'idée de recevoir une concurrente de votre calibre dans leur pays. Comment vous vivez cette concurrence?
Sincèrement, je ne sens aucune concurrence. Je suis encore une petite fille insouciante, dans le fond. Les autres sont déjà des stars, j'ai besoin de beaucoup de temps encore pour franchir ce cap ! De plus, parmi celles qui sont hostiles à mon succès (d'après les rumeurs bien sûr) il y en a quelques unes qui sont mes idoles ! Et je sais que je ne vais jamais les dépasser. N'oublions pas que Dina Lucy, Fifi Abdo et Suhair Zaki m'ont toutes observé danser en "live" lors de mon passage à « Hezzi ya Nawa'em » et ont dit « cette petite fille va réaliser son rêve un jour ». De plus, je dois beaucoup de choses à l'Egypte. Dans mon vidéo-clip, j'ai rendu hommage à Samia Gamal. Je ne suis pas de ces moulins à paroles qui disent rendre hommage sans le démontrer. Samia était présente dans le clip en portion égale avec moi-même.
A titre de rappel, la danse orientale n'est pas exclusivement égyptienne, faudra-t-il toujours l'affirmer?
La danse orientale appartient au Liban, à la Turquie, mais surtout à l'Egypte. C'est cette dernière qui a rendu à cet art toutes ses lettres de noblesse. C'est à travers le cinéma que la place de la danse orientale a été ancrée dans la culture des Egyptiens. Car il fut un temps où la production de film existait seulement au Caire. Cependant, chaque pays a un style de danse. Par exemple, le baladi est différent de la danse orientale libanaise. En Turquie, la musique instrumentale orientale a une place prépondérante, surtout que la mélodie est imprégnée d'instruments inhérents à la danse orientale, telle la flûte. Au Liban, nous avons lancé la mode des costumes de danse, et nos chansons sont aujourd'hui, un repère musical, à l'instar des chansons de Melhem Barakat.
A votre avis, pourquoi les danseuses orientales sont les premières à être montrées du doigt dans le monde arabe en général et en Egypte en particulier?
Choisir à être une danseuse orientale est déjà un grand challenge. Il faut un caractère assez fort. Bien qu'on ne peut jamais blâmer les personnes qui pensent qu'il existe des filles qui usent de ce métier à des fins lucratives, voire indécente. C'est dommage ! Quoi qu'il en soit, ma mission est de rendre la gloire à cette danse, surpasser les mauvaises conditions. Mon talent est lui-même, ma mission. Je suis quelqu'un qui aime la danse en tant que talent et non comme un moyen pour gagner de l'argent facile.
Votre cursus universitaire fait rougir les personnes qui réduisent toute votre personnalité à un joli corps. Veuillez nous en parler?
Laissez-moi vous dire que je ne suis pas la seule danseuse qui a décroché son doctorat ou son master ! Notons qu'Amani et Dina ont étudié à l'université elles aussi. Ce qui est surprenant, c'est que nous avons étudié la philosophie toutes les trois ! Peut-être qu'inconsciemment une danseuse a besoin d'opter pour une telle spécialité à l'université pour apprendre à défendre son métier et de montrer au monde entier qu'une danseuse est semblable à toutes les autres filles ! On n'est pas des extra-terrestres ou des filles qui ont choisi de se révolter contre la société. Nous avons tout simplement choisi de vivre ce talent et de faire de lui notre mode de vie. Rien n'est plus beau à voir qu'une fille qui danse avec grâce. Si elle est bien éduquée et intelligente, cela ne pourra que lui rendre un sacré honneur. Et puis, à titre de rappel, une danseuse est avant tout une artiste et non une séductrice? je joue de la musique avec mon corps. Un point c'est tout.
Propos recueillis par Houda Belabd (www.lepetitjournal.com/le-caire.html) mercredi 8 février 2012






