Non loin de la frontière libyque, et à 300km au sud-ouest de Marsa-Matrouh, l'oasis de Siwa émerge des dunes. Le plus éloigné de la capitale, et donc de la folie touristique et du stress urbain, Siwa parait comme une bulle préservée, un bijou conservé sous glace, avec ses sources d'eau chaudes, ses lacs plus ou moins salés, sa Grande Mer de Sable.
A 12h de bus du Caire, ce site attire donc les touristes, qui profitent des safaris dans le désert, mais aussi de l'oasis en elle-même, qui comporte notamment le temple de l'Oracle, la forteresse de Shali, la montagne de la Mort et la montagne de Dakrour.
Une transformation rampante...
Mais depuis quelques années, quelque chose se trame, Siwa parait comme se trahir, sans concertation avec les habitants. Un aéroport en gestation, un village olympique comprenant un gigantesque stade construit par l'armée voilà six ans mais encore jamais utilisé... Cet oasis de paix pourrait-il devenir demain une des plaques tournantes du tourisme égyptien, étape obligée des tours opérateurs internationaux ? De nombreuses interrogations ont ainsi émergées depuis peu autour de cette question, essentielle car une augmentation substantielle du tourisme à Siwa reviendrait à lui faire perdre son identité et sa culture, dont les mœurs puritains et son héritage berbère lui sont si particuliers.
Siwa
Quand la lumière fut
C'est en 1985 que tout débuta. La route qui relie l'oasis à la ville la plus proche, Marsa-Matrouh construite, l'électricité a pu être acheminée, permettant ainsi l'installation du téléphone et de la télévision. Les touristes ont commencé peu à peu à affluer, tandis que le gouvernement, volontariste, construisit écoles, mosquées, hôpitaux ainsi que les premiers hôtels. Le début d'une nouvelle époque ?
Et demain ?
Avec aujourd'hui 11 000 visiteurs par an (selon l'Office du Tourisme), l'industrie du tourisme représente environ 20% de l'économie de l'oasis, le reste reposant sur la culture des olives et des dates. Comment peut réagir à cette augmentation la communauté siwi, elle qui semble à la fois encore ancrée dans ses traditions et son identité, tout en se dirigeant à l'aveugle vers une ouverture sans concertation ni réflexion ? Pour Mahdi Hweiti, responsable de l'office du Tourisme de l'oasis, le tourisme est en soi une bonne chose, « car sans ce tourisme le gouvernement ne se serait jamais occupé de construire des routes, de grands hôpitaux, d'éclairer les sites tels que Shali ».
Cependant, il reste très sceptique quant à une ouverture prochaine de l'aéroport : « Siwa n'est pas préparé à recevoir de grands groupes. Siwa est actuellement tranquille, calme, sûr et chaleureux. Si l'afflux de touristes est trop important, nous ne connaîtrons plus la quiétude ! »
Comment faire alors pour réguler cette industrie, dont il n'est bien sûr pas souhaitable ni même envisageable de la supprimer ? Un développement intelligent, prenant en compte les ressources de l'oasis et ses capacités d'accueil, parait nécessaire. Un premier pas dans cette direction a été franchi, notamment par la création du statut de « zone protégée » pour la Grande Mer de Sable, régulant ainsi les safaris en 4X4, véhicules très polluants.
Mais tout reste encore envisageable, l'évolution dépendant essentiellement de la volonté du gouvernement...
Noémie BONNIN (www.lepetitjournal.com - Le Caire) Mercredi 27 février 2008








