À la tête de la Private Wealth Management Association (PWMA), Vivien Khoo accompagne les mutations de la gestion de fortune à Hong Kong. Après près de vingt ans chez Goldman Sachs, un passage par la régulation puis par les actifs numériques, elle défend le rôle de Hong Kong comme centre financier international et passerelle entre la Chine et l’Europe. De retour d’une mission d’InvestHK en France, elle évoque les opportunités franco-hongkongaises, l’essor de l’IA et des actifs numériques et les priorités de la PWMA, dont le Wealth Management Summit a réuni 1 300 participants en novembre 2025.


Finance et innovation
Pouvez-vous vous présenter brièvement ?
Je suis CEO et Managing Director de la Private Wealth Management Association. C’est ma troisième année à la tête de l’association, mais j’étais déjà impliquée lors de sa création en 2013, Goldman Sachs faisant partie de ses premiers membres.
J’ai auparavant passé près de vingt ans chez Goldman Sachs, puis travaillé dans la régulation avant de rejoindre l’industrie des actifs numériques et des cryptomonnaies.
La finance numérique reste un domaine qui me passionne. À titre personnel, je participe notamment à des initiatives gouvernementales autour du Web3 et des stablecoins et je reste très active dans l’écosystème fintech et start-up de Hong Kong.
Faire grandir Hong Kong
Pouvez-vous nous présenter la Private Wealth Management Association et son rôle à Hong Kong ?
Notre mission principale est de contribuer à maintenir Hong Kong parmi les grands centres mondiaux de la gestion de fortune.
Nous comptons environ 44 banques privées parmi nos membres, avec des institutions hongkongaises, chinoises et internationales. À cela s’ajoutent près d’une vingtaine de grands gestionnaires d’actifs, ainsi que des cabinets d’avocats, sociétés de conseil, entreprises technologiques et family offices.
Une grande partie de notre travail consiste à représenter l’industrie et à dialoguer avec les autorités, notamment la Hong Kong Monetary Authority, InvestHK et FamilyOfficeHK.
Une industrie ne peut continuer à se développer que si elle dispose d’un cadre réglementaire adapté. C’est particulièrement important aujourd’hui car la gestion de fortune a énormément changé. Lorsque j’ai commencé chez Goldman Sachs en 2000, elle était beaucoup plus centrée sur la distribution de produits. Désormais, la technologie, les actifs numériques, l’intelligence artificielle et la durabilité deviennent de véritables moteurs de croissance.
Le digital s’installe
Vous avez travaillé dans les cryptomonnaies. Quelle place les actifs numériques prennent-ils aujourd’hui à Hong Kong ?
La transformation a été considérable. Lorsque j’ai rejoint l’industrie des actifs numériques en 2019, nous étions dans un environnement très différent.
Aujourd’hui, Hong Kong offre beaucoup plus de clarté concernant les licences et les conditions dans lesquelles les entreprises peuvent exercer leurs activités.
À la PWMA, nous suivons cette évolution depuis plusieurs années. Nous sommes passés d’une situation où beaucoup d’institutions accordaient relativement peu d’attention à cette classe d’actifs à un marché où davantage de produits peuvent être proposés dans la gestion de fortune.
L’appétit des clients augmente également parce que les actifs numériques sont désormais davantage intégrés au système financier traditionnel.
Hong Kong a parallèlement développé son cadre autour des plateformes d’actifs virtuels et des stablecoins et réfléchit à de nouveaux produits. Nous disposons progressivement d’un écosystème beaucoup plus complet.
L’IA devient concrète
Comment l’intelligence artificielle va-t-elle transformer la gestion de fortune ?
L’IA s’est développée à une vitesse impressionnante. Lorsque je suis arrivée à la PWMA, les banques se demandaient encore quelles seraient les attentes et jusqu’où elles devraient l’adopter.
Quelques années plus tard, la situation est complètement différente. Les technologies avancées sont déjà utilisées pour la lutte contre le blanchiment d’argent ou la surveillance des transactions.
Au départ, l’IA était surtout considérée comme un moyen d’améliorer l’efficacité. Aujourd’hui, les institutions étudient des applications comme les recommandations de produits et d’investissements ou l’assistance aux conseillers.
Mais le principe du human in the loop reste essentiel. On ne peut pas simplement laisser une IA prendre seule une décision de recommandation dans un environnement bancaire. La responsabilité humaine doit demeurer.
Vous avez également découvert des applications du quantum computing et de la robotique en Chine. Qu’est-ce qui vous a marquée ?
Jusqu’à présent, je connaissais surtout le quantum computing dans le contexte des cryptomonnaies. J’ai découvert ses applications potentielles dans la finance traditionnelle, notamment pour l’analyse de portefeuilles et la gestion des risques.
Nous avons également vu des entreprises utilisant l’IA et la robotique dans le domaine médical. Les robots peuvent désormais avoir des usages très concrets, par exemple pour accompagner les personnes âgées.
Ce qui est frappant, c’est la rapidité avec laquelle des technologies qui semblaient encore conceptuelles deviennent des applications réelles.
France-Hong Kong : des synergies
Vous avez participé à une mission d’InvestHK en France, notamment à Nice. Que retenez-vous de ce déplacement ?
C’était un voyage très intéressant. À Nice, j’ai notamment été impressionnée par les projets de transformation urbaine et par la place accordée aux espaces verts, à la mer et au concept de smart city. C’est intéressant pour Hong Kong, qui développe également de nouveaux territoires, notamment avec la Northern Metropolis.
Nous avons aussi rencontré des entreprises technologiques. L’une d’elles développait des solutions pour détecter les contenus artificiels et les fraudes.
C’est un sujet très pertinent pour Hong Kong, où la lutte contre les arnaques constitue une priorité. Avec l’IA, il devient essentiel de pouvoir déterminer si la personne qui vous appelle ou le contenu que vous recevez est authentique ou généré artificiellement.
La France dispose également de réussites mondiales comme Ledger dans les actifs numériques. C’est un bon exemple d’une technologie française dont l’influence dépasse très largement le marché français.
Hong Kong ouvre l’Asie
Quelles opportunités Hong Kong peut-elle offrir aux entreprises et investisseurs français ?
Hong Kong réunit des capitaux importants, une industrie de gestion d’actifs très développée, des marchés financiers internationaux et un écosystème technologique dynamique.
Nous voyons concrètement des acteurs internationaux s’y installer. Un très grand gestionnaire de fonds américain, avec plus de 800 milliards de dollars d’actifs et un siège régional à Singapour, a ainsi décidé de développer également une présence à Hong Kong après avoir identifié les opportunités offertes par le marché.
Du côté français, nous sommes en train d’intégrer à la PWMA un important gestionnaire d’actifs ayant son siège en France. BNP Paribas est également un participant très actif de notre association et siège à notre board.
Des entreprises technologiques françaises ont aussi rejoint les programmes de Cyberport. Hong Kong peut donc leur apporter un accès aux capitaux, aux institutions financières et plus largement au marché asiatique.
Notre rôle est notamment de faciliter les connexions entre banques privées, gestionnaires d’actifs, family offices, entreprises technologiques et autres professionnels.
Relier Chine et Europe
Quel rôle spécifique Hong Kong joue-t-elle comme hub d’investissement entre la Chine et l’Europe ?
Hong Kong bénéficie depuis longtemps d’un système financier international très dynamique. Nous avons un système de common law, un cadre solide pour les entreprises et la libre circulation des capitaux.
Notre proximité avec la Chine continentale constitue évidemment un autre avantage majeur. Une part importante des capitaux présents à Hong Kong vient de Chine.
Mais notre rôle fonctionne dans les deux directions. Des entreprises chinoises peuvent utiliser Hong Kong comme springboard pour tester leurs idées et s’internationaliser. À l’inverse, des entreprises étrangères peuvent utiliser Hong Kong pour accéder aux opportunités chinoises et asiatiques.
À cela s’ajoute tout un écosystème d’innovation, avec Cyberport, le Hong Kong Science Park et d’autres organismes. Hong Kong combine ainsi capitaux, gestion d’actifs, marchés financiers et technologies.
Dans un monde de plus en plus fragmenté, cette fonction internationale devient encore plus importante. Hong Kong ne peut rester un centre financier international dynamique qu’en conservant des partenaires internationaux solides, durables et de confiance.
Une confiance renouvelée
Qu’est-ce qui rend Hong Kong attractive aujourd’hui face aux autres places financières ?
Les différentes places financières sont complémentaires, mais Hong Kong conserve des avantages très forts : son système juridique, la libre circulation des capitaux, la profondeur de ses marchés et sa proximité avec la Chine.
Nous constatons également une dynamique positive des capitaux et du marché des introductions en Bourse. Cela crée de nouvelles liquidités et de nouvelles capacités d’investissement.
Les grands événements internationaux contribuent aussi à cette attractivité en faisant venir investisseurs et dirigeants du monde entier. Notre PWMA Wealth Management Summit de novembre 2025 a réuni 1 300 participants, ce qui illustre l’intérêt pour Hong Kong et pour l’évolution de la gestion de fortune en Asie.
Nous voulons continuer à attirer des entreprises et investisseurs de différents pays. C’est indispensable à notre identité de centre financier international.
Le nouvel agenda
Quelles sont maintenant les grandes priorités de la PWMA ?
Nous observons d’abord un intérêt croissant pour les investissements alternatifs, car les clients privés restent encore sous-investis dans certaines classes d’actifs.
Les actifs numériques constituent un autre grand sujet. Ils occupent progressivement une place plus importante dans l’écosystème financier et dans les attentes des investisseurs.
La géopolitique est également incontournable. Tout ce qui se passe dans le monde influence la gestion de fortune et les décisions d’investissement.
Nous suivons aussi très attentivement les évolutions réglementaires et fiscales en Chine continentale, notamment concernant les clients chinois et leurs actifs offshore, ainsi que les transformations du secteur de l’assurance.
Enfin, les family offices prennent une importance croissante à Hong Kong.
Tous ces sujets sont liés : gestion de fortune, investissements alternatifs, actifs numériques, technologie, réglementation et family offices. Notre ambition est de réunir des dirigeants de la région et du monde entier pour réfléchir à ces transformations et renforcer encore les connexions entre Hong Kong et les grands acteurs financiers internationaux.









