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Résultat d’un projet qui naquit il y a 5 ans, le livre "Hong Kong - Présences françaises", est le produit d’un travail minutieux et d’une passion dévorante pour l’histoire. Il y a un an, au moment de sa sortie, son pilote, François Drémeaux, nous livrait les rouages de sa genèse.
Depuis le livre a tracé son chemin, avec près de 3000 exemplaires vendus en langues française et anglaise, une page Facebook et des conférences que donnent régulièrement les auteurs. La prochaine donnée par François Drémeaux a lieu ce soir à 19H à la salle Segalen du Consulat Général de France à Hong Kong.
A l’origine, un blog
Quand François Drémeaux, professeur d’histoire et de géographie, arrive à la rentrée 2007 au Lycée français de Hong Kong, il fait rapidement la connaissance de Christian Ramage, consul-adjoint au Consulat général de France de Hong Kong et Macao. Ce dernier est un passionné d’histoire, qui collecte les anecdotes sur les Français ayant vécu à Hong Kong et il propose à François Drémeaux de créer un blog pour les raconter au public.
Le professeur est d’emblée séduit par le projet, d’autant plus qu’il a l’intention de reprendre des études sur l’histoire de Hong Kong. Au début, c’est un défi : raconter chaque semaine une anecdote. "Etonnamment, plus on tirait sur le fil chacun de notre côté, plus on s’apercevait que telle source nous amenait à telle autre histoire qui nous amenait à telle autre archive. On s’est pris au jeu, on a commencé à creuser et on s’est aperçus que l’histoire des Français à Hong Kong avait été négligée mais à juste titre, Hong Kong n’ayant jamais été une terre coloniale pour les Français, coincée qu’elle était entre l’Indochine et la Chine. On s’est vraiment rendus compte que rien n’avait été écrit sur le sujet alors qu’il y avait beaucoup de matière."
Du fascicule au livre, un parcours chaperonné par le Consulat
"De fil en aiguille, un projet est né : réaliser un petit fascicule pour le 14 juillet. On retrouve ce projet initial dans le livre, ce sont toujours des petites histoires qui racontent en une ou deux pages une trajectoire personnelle, la vie d’une entreprise, etc... L’idée était de proposer quelque chose qui ne soit pas académique, qui soit accessible à tous publics mais qui soit sérieux, historiquement documenté et basé sur des archives. Ce travail fut long et fastidieux. Il faut souvent remuer de nombreuses boîtes d’archives avant de trouver un document pertinent et intéressant. Le projet de fascicule n’a donc pas abouti et l’idée d’un livre a pris forme.
Nous avons reçu à chaque étape un soutien inconditionnel de la part du Consulat Il est en effet important de rappeler que ce livre est réalisé avec son appui. Sans celui-ci, le projet n’aurait pas pu se faire. Il nous a apporté un soutien logistique et nous a aidé à trouver des mécènes. Quand le projet est devenu plus ambitieux et que l’on m’a demandé de devenir son directeur éditorial, le Consulat m’a toujours laissé carte blanche. J’ ai énormément apprécié cette confiance car je voulais donner à ce projet une dimension très humaine. "
Insuffler une dimension humaine au projet
"Parler des Français de l’étranger, en l’occurrence des Français implantés à Hong Kong, c’est quelque chose qui m’intéresse à titre personnel. Ma thèse parle de cette notion de "Français de l’étranger ". On ne dit pas les Français "à l’étranger" mais "de l’étranger". Cet article partitif ne semble rien mais révèle en réalité un sentiment d’appartenance qui mérite que l’on s’y intéresse. Dans le cadre de ma thèse je m’attache à l’étude des Français pendant l’entre-deux-guerres mais le Consulat m’a donné l’opportunité de m’y intéresser sur plus de 150 ans, ce qui est vraiment stimulant car cela permet d’étudier des trajectoires humaines.
Ces Français, ce sont des religieux, des commerçants, des entrepreneurs avec plus ou moins de succès, parfois des contrebandiers, mais ce sont avant tout des aventures humaines. C’est cette dimension que je voulais à tout prix tout faire passer. J’ai par exemple été très content quand, en diffusant une photo de l’école de Borrett road dans les année 1980 sur le blog, j’ai reçu un mail d’un homme qui me disait que le petit blond au premier plan sur la photo c’était lui. Je lui ai donc demandé de me parler de sa vie de petit Français dans les années 1980 à Hong Kong. Il m’a confié plein de souvenirs sur son club de football, les débuts d’Ocean Park... Je trouve cela aussi intéressant que de raconter l’histoire d’une entreprise.
Les témoignages des particuliers n’ont pas de prix car s’ils ne sont pas recueillis, ils disparaîtront en même temps que les personnes. J’ai eu par exemple contact avec une dame de 85 ans qui a vécu à Hong Kong quand elle était petite, avant la guerre. Je l’ai interviewée à Paris. Elle avait 12 ans en 1938 et avait des souvenirs très précis de ce qu’était être une petite fille à Hong Kong dans les années 1930. Retracer l’épopée de la petite Yvonne de Farcy, c’est très stimulant."
S’entourer de spécialistes
"En mélangeant institutions et trajectoires personnelles on a pu concocter un mélange qui soit le plus harmonieux possible. Pour ce faire et puisque l’on ne peut pas être spécialiste en tout, j'ai eu recours au concours de spécialistes de différents domaines. C’est là que nous avons créé avec Christian Ramage un comité éditorial. Paul Clerc-Renaud est intervenu pour raconter l’essor commercial dans les années 1980. Pour les initiatives culturelles, nous avons fait appel à Gérard Henry, le directeur-adjoint de l’Alliance française. Nous avons également fait appel à Alain Le Pichon pour toute la partie religieuse. Christian Ramage, quant à lui, s’est intéressé à l’aspect militaire et diplomatique."
Le travail d’archives
"Le blog a commencé il y a 5 ans, en 2007, mais l’idée de faire un livre est née il y a trois ans, en 2009. Depuis, les initiatives se sont multipliées. Nous avons dû effectuer un gros travail d’archives. Il a fallu faire appel aux archives publiques, à Hong Kong, en France (Courneuve, Nantes, Aix en Provence), à Londres mais aussi à des archives privées, familiales, d’entreprises.
Il y a eu parfois des coups de cœur. J’aime raconter cette anecdote. Je lisais des dépêches d’un Consul dans les années 1930, Georges Dufaure de la Prade. C’est un consul poète et je voulais absolument le retrouver. Impossible d’obtenir une photo, son dossier à la Courneuve était très maigre. J’ai donc pris les pages blanches et appelé les 44 Dufaure de la Prade que j’ai trouvés. Au 17ème appel, quelqu’un m’a annoncé que je devais appeler sa mère, car il s’agissait de son grand-père. J’ai eu accès à plein de photos, d’anecdotes, de beaux documents. On peut se le permettre dans le cadre d’un travail de passionné comme on l’a fait. Je ne pourrais pas le faire dans le cadre d’un travail académique, universitaire. Avec ce projet on a pu butiner, glaner des informations car on avait le temps avec nous."
Un "beau" livre

Offrir un document de patrimoine aux Hongkongais
"Cette volonté de proposer des documents inédits m’a parfois forcé à revenir sur des documents. Je pense par exemple à l’inauguration de l’école du couvent de Saint Paul à Causeway Bay dans les années 1920. On pouvait trouver des documents aux archives de Hong Kong, mais, en sollicitant directement les sœurs de Saint Paul à Chartes, on a pu en avoir d’autres qui sont peut-être de valeur identique, mais qui n'ont jamais été publiés."
"80% des documents du livre, notamment iconographiques, sont inédits. La France n’est pas une puissance coloniale à Hong Kong mais l'ancienne colonie britannique est une ville cosmopolite qui s’est en permanence nourrie des apports extérieurs. La présence française y a été certes modeste mais ce livre est une somme qui est une partie de l’histoire de Hong Kong. Et je pense que la version anglaise du livre un beau document que l’on va offrir à la ville.
Compiler les impressions des Français sur Hong Kong
"Depuis longtemps, l’image que les Français se font de Hong Kong est très positive. Ce livre avait aussi pour ambition de compiler les impressions que les Français ont eu de Hong Kong à travers les âges. Par exemple, en 1844, le premier homme d’affaires français qui est venu à Hong Kong était persuadé que c’était un rocher stérile et qu’il n’y avait rien à y faire. Les Français ont été témoins de l’évolution du pays. Il y a toujours eu chez eux une passion pour Hong Kong. Il y a très peu de remarques négatives ou de critiques mais toujours un regard admiratif.
Beaucoup de Français s’interrogent sur l’histoire de Hong Kong et ce livre répond aussi à cette demande. Mais c'est un témoignage qui reste ouvert car la présence française ne cesse de grandir."
Propos recueillis par Aude Patrigeon-Christe (www.lepetitjournal.com/hong-kong) mardi 22 octobre 2013
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Un beau livre … Une version anglaise "Hong Kong French Connections – From the 19th Century to the Present Day" est disponible dans de nombreuses librairies hongkongaises. Consulter la liste des librairies partenaires sur le site du consulat
...une page Facebook... http://www.facebook.com/HongKongPresencesFrancaises ...mais aussi des conférences Les auteurs du livre donnent régulièrement des conférences sur la présence française à Hong Kong. La prochaine "Hong Kong à travers le prisme français (1838-1949)", présentée par François Drémeaux aura lieu le 22/10/2013 à 19H, dans la salle Segalen au 25ème étage du Consulat de France à Hong Kong |











