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LANGUES - L’Alsace et la difficulté d’entretenir une langue régionale

Par Lepetitjournal Heidelberg Mannheim | Publié le 30/05/2017 à 22:00 | Mis à jour le 30/05/2017 à 21:32

Andreas Ottmayer, jeune réalisateur originaire de Stuttgart s'est penché sur une question épineuse, celle du bilinguisme en Alsace. À travers sa dernière production, « Vom Schmierwurscht zum Baguette » qu'il a présentée à l'Institut français de Mannheim le 25 mai, il est parti à la rencontre de ceux qui se battent pour que l'alsacien continue de perdurer.

Andreas Ottmayer, réalisateur, et Cosima Besse, animatrice de la soirée à l'Institut français
(Photo C.G lepetitjournal.com/heidelberg-mannnheim)

Longtemps malmenée par l'histoire, l'Alsace conserve encore aujourd'hui les traces de son passé. Alternativement Allemands puis Français, les Alsaciens portent aujourd'hui cet héritage dans leur culture, en premier lieu dans la langue régionale, l'alsacien. 

Pendant longtemps, durant la période d'après-guerre, l'alsacien fut une langue bannie dans la région. Jusqu'au début des années 1980, il était totalement interdit de le parler dans les cours d'école. Jean-François Mattler, du collectif Fédération démocratique alsacienne, explique dans le documentaire : « je n'ai malheureusement pas pu apprendre l'alsacien parce que mes parents avaient honte que nous parlions alsacien. Ils en sont navrés aujourd'hui mais à l'époque l'alsacien était assimilé au nazisme, et il ne fallait surtout se montrer comme nazi donc nous étions obligés de parler français ».

C'est sur cette question celle d'une langue et d'une culture qui tend à s'effacer, qu'Andreas Ottmayer s'est concentré. À l'occasion d'une rencontre à l'Institut français de Mannheim, où son film a été récemment projeté, Mr Ottmayer nous a confié avoir eu l'idée de ce film grâce à des contacts personnels en Alsace qui lui ont permis de remarquer que l'alsacien, langue régionale française qui reste parfaitement compréhensible pour un Allemand comme lui, tendait à s'effacer progressivement après avoir longtemps été très pratiqué. Un constat évident, l'alsacien, au même titre que d'autres langues régionales, est de moins en moins parlé. Il s'agit alors pour le réalisateur de savoir pourquoi, mais aussi ensuite de rencontrer des hommes et des femmes, en association ou en famille, qui cherchent à faire perdurer une culture qui existe avant tout dans la manière de s'exprimer. 

Une langue longtemps discrètement parlée

Malgré le tabou évoqué quelques lignes auparavant, le dialecte alsacien demeurait la langue la plus parlée dans la région en raison du fort attachement des habitants. Aujourd'hui, une ville comme Strasbourg, autrefois à majorité germanophone, est devenue presque entièrement francophone. Andreas Ottmayer est ainsi parti à la rencontre de ceux qui s'attachent à faire renaître le dialecte, ou tout du moins à le faire perdurer, à l'image de l'Office pour la langue et la culture d'Alsace à Strasbourg qui vient en aide aux entreprises, particuliers ou associations, qui souhaitent s'exprimer en alsacien mais n'en ont pas la maitrise.

En s'excentrant plus au nord de l'Alsace, Andreas Ottmayer s'est rendu dans des villages et des communes où l'alsacien et l'allemand standard, sont encore très couramment parlés. C'est le cas du village de Seebach, à la frontière avec le Bade-Wurtemberg et la Rhénanie-Palatinat. Comme l'explique l'écrivain Pierre Kretz dans le documentaire, en plus d'un enracinement profond de la culture alsacienne, il s'agit aussi d'un impératif économique. Bon nombre des habitants de ce territoire travaillent de l'autre côté de la frontière. La maitrise de l'allemand, mais également de l'alsacien dans des villages où il est plus facilement parlé que le français, est un impératif économique que les parents s'empressent de transmettre à leurs enfants. 

L'importance de la transmission aux enfants

(Photo © pixabay)

La transmission aux enfants se fait également à travers des écoles spécialisées dites ABCM (association pour le bilinguisme en classe dès la maternelle), au nombre de onze en Alsace. Comme l'explique Andreas Ottmayer, « le but de l'école est de prévoir le bilinguisme de la région » en comptant sur la bonne volonté de parents déterminés et de professeurs qui le sont tout autant. Le soutien financier du département n'étant pas suffisant au quotidien. Ce type d'école se calque en quelque sorte sur le modèle des écoles Diwan en Bretagne, qui propose un enseignement bilingue français-breton. 

Il est vrai que les élèves de ces écoles bilingues en Alsace, en maitrisant le français et l'allemand, en plus du dialecte alsacien, à la sortie de l'école primaire, possèdent un bel avantage sur d'autres élèves de leur génération, qui plus est dans un pays, la France, où les étudiants ne sont pas réputés pour particulièrement briller dans d'autres langues que l'anglais. 

Le symbole d'une culture forte

Ainsi, c'est en allant à la rencontre de différents acteurs, enfants, parents, grands-parents, ou activistes comme Denis Lieb, un ancien conseiller général du Bas-Rhin qui s'était exprimé uniquement dans le dialecte de sa région durant trois mois à l'assemblée régionale pour protester contre le refus du pouvoir de ne pas intégrer les langues régionales dans la constitution, qu'Andreas Ottmayer a tenté de rendre compte d'un sujet qui tombe peu à peu dans l'oubli.

Il est vrai qu'aujourd'hui, dans un monde de plus en plus mondialisé, les anciennes générations, garantes de la préservation des cultures locales et régionales, peinent à mobiliser les nouvelles. Malgré tout, même si la langue alsacienne tend à devenir moins pratiquée, il reste un sentiment de fierté du côté des Alsaciens, tout comme il en existe un du côté des Basques, des Bretons ou des Corses, d'appartenir à une culture forte et qui véhicule un héritage unique. Une culture qui résulte d'un mélange lié à une histoire où Allemagne et France se confondent, mais où chacun trouve aujourd'hui sa place.

Extrait du documentaire d'Andreas Ottmayer :

Corentin Gorin (www.lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim), mercredi 31 mai 2017

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