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PAROLE DE FRANCOPHONE – La chanson française résonne comme une évidence pour Barbara Zechel

Par Lepetitjournal Heidelberg Mannheim | Publié le 10/09/2017 à 22:00 | Mis à jour le 10/09/2017 à 22:36

Comédienne, chanteuse et coach vocal, Barbara Zechel a toujours baigné dans la langue française. C'est très naturellement qu'elle a donc commencé à chanter des chansons françaises. Elle reprendra en octobre sa soirée Édith Piaf, où elle alterne entre chant en français et récit en allemand. Pendant l'interview avec Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim, elle balance aussi très facilement entre l'allemand et le français, entre le chant et les récits de vie.

Barbara Zechel est très connue dans le sud de l'Allemagne, tant pour sa carrière de comédienne que pour son parcours de chanteuse. Née à Heidelberg, elle a beaucoup voyagé pour son travail mais s'est construite ici, dans la région Rhin-Neckar, où elle habite de nouveau depuis 15 ans, à Mannheim plus précisément. Polyglotte, elle a noué un lien particulier avec le français qui l'accompagne souvent dans ses spectacles musicaux. Vous pourrez l'entendre le 12 septembre à la nouvelle synagogue de Mannheim pour la journée de la culture juive. Elle chantera des Schlager « qui touchent en plein c?ur » écrits par des compositeurs juifs et sera accompagnée par Mehmet Ungan sur une mélodie orientale. Elle sera aussi la conteuse de l'histoire du vélo le 16 septembre lors du Monnem bike Show.

Lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim : vous rêviez d'être chanteuse classique, votre parcours vous a d'abord emmenée vers les planches. Après vos études d'art dramatique à Francfort, vous avez commencé votre carrière en tant que comédienne. Qu'est-ce qui vous a ramenée au chant ?

Barbara Zechel : le chant n'a jamais cessé. J'ai toujours chanté quand j'étais enfant. Il y a eu des phases dans ma vie où j'ai plus chanté que parlé. Et le chant ce n'est pas que le chant classique, c'est tout. La première fois que j'ai été à l'opéra j'avais 10 ans. En Allemagne nous avons beaucoup d'opérettes. Je connaissais très bien ce registre. À l'âge de 16 ans, donc très tard, j'ai commencé à entendre The Beatles et Queen. J'aime vraiment tout dans la musique, mais un peu plus la chanson française. Le chant ne m'a jamais quittée.

D'où vous est venue l'envie de chanter des chansons françaises ?

Par la langue et par la culture. À cause de la langue française, la chanson française est venue naturellement. J'étais très souvent en France quand j'étais jeune, pour des vacances puis pour des stages. Alors tous les classiques je les connaissais. Je les aime énormément. Très tôt j'ai chanté Édith Piaf, Jacques Brel, Marie-Paule Belle (elle chante), Barbara, Juliette Gréco?

Comment avez-vous appris le français ?

C'est venu de mon père et j'ai des Huguenots dans ma famille, du côté de ma mère, je crois. Mais mon père aimait bien les langues, il aimait bien le français alors petite, quand j'ai commencé à parler, il m'a appris un peu de français puis j'ai très vite intégré une école franco-allemande.

Quelle est votre relation à la langue française ?

Elle est belle, elle est très belle. J'adore la langue française. Mais il faut le dire, j'adore aussi l'allemand. Ce n'est pas une langue très agréable à l'oreille mais je suis actrice donc je travaille avec cette langue. J'essaie de montrer aux gens comme elle est belle. Mais le français, il n'y a rien besoin d'expliquer parce que tout le monde le trouve beau. Ce n'est pas comme l'italien, ça ne chante pas autant, mais le français a une mélodie très agréable, qui me rend plus tranquille. C'est une partie de moi.

Est-ce que vous chantez toujours les chansons françaises en français devant un public germanophone ? Est-ce qu'ils peuvent comprendre toute la beauté de ces chansons sans comprendre les paroles ?

Brassens n'est pas compréhensible, même pas pour les Français (rires). Je chante toujours en français, car il existe ce tapis de musique pour la compréhension. Mais depuis 3 ans, je fais des soirées dédiées à Édith Piaf où je traduis toutes les chansons dans ma langue maternelle. Lorsque je chante les chansons en français, entre deux morceaux je parle en allemand. Parce que si je fais toute une soirée de langue française pour des Allemands, c'est trop.

Votre public est-il principalement francophile ?

Exactement, mais il y en a aussi qui aiment les chansons mais qui ne connaissent pas du tout la langue. C'est pour cela qu'il faut mélanger un peu. J'ai un modèle, c'est Pop und Poesie. Ce sont des chansons pop anglaises qui sont traduites en allemand, le succès est énorme dans le sud de l'Allemagne. Alors je me suis dit qu'en chantant Piaf, je devrais faire la même chose. Je n'ai pas traduit mot à mot, mais je l'ai mis dans ma bouche, dans mon langage d'actrice. Je suis comédienne en disant le texte allemand et chanteuse en chantant l'original en français (elle chante « Padam, Padam »). Cette soirée a un très grand succès.

Quel est votre plus beau souvenir de scène ?

J'ai donné un concert au théâtre d'Heidelberg avec un moment qui m'a tellement émue. Je ne l'oublierai jamais. Je venais de terminer la chanson « Amsterdam » et je me suis dit que c'était la fin du monde parce que je ne pouvais plus chanter mieux, c'était la meilleure performance que j'avais jamais faite. C'était comme si je mourais. C'était très court mais très intense. Je l'ai rarement vécu après, deux-trois fois peut-être. Avec « Amsterdam », c'était la première fois. J'étais sur la scène, ce n'était pas la fin de la soirée et je me suis dit : « Maintenant je meurs parce que c'était comme une incarnation. » J'avais 35 ans à ce moment-là.

Quel projet vous tient le plus à c?ur ?

La soirée Piaf. C'est très fatiguant, parce que chanter Piaf c'est quand même pas très facile et changer d'une voix qui parle à une voix qui chante, ça ne l'est pas non plus. Au début, la Piaf j'ai sentie que? Au niveau de la voix c'était bon, mais les émotions, la sagesse, la douleur, tout cela je ne le sentais pas encore chez moi, même si mon père est mort quand j'avais 15 ans et ma mère quand j'avais 30 ans. Même avec cela, je n'étais pas encore prête à chanter Piaf. Une ou deux chansons oui, mais pas une soirée entière. À l'âge de 37 ans, j'ai commencé à chanter vraiment plus de Piaf. Mais je la chante à ma manière. C'est authentique et je n'imite pas : le chant vient de mon âme, c'est ma voix.
Le Petit Prince me tient aussi à c?ur, c'est un projet qui m'importe. Je me produis depuis 5 ans au Planétarium de Mannheim avec le Petit Prince, c'est toujours plein. C'est pour ça que nous continuons. C'est seulement cinq ou six soirées, de décembre à mars.

La personnalité change en général un peu quand nous passons d'une langue à l'autre. Est-ce que vous ressentez les choses différemment en chantant en français ou en allemand ?

C'est vrai que nous changeons un peu de caractère quand nous passons d'une langue à l'autre. Quand je parle le dialecte « palatin » par exemple, ma voix devient immédiatement un peu plus basse.
En chantant, je dirais que non, parce qu'il y a la musique. Il y a quelque chose en dessous qui fait de moi toujours la même personne (elle chante en allemand). Non, les sentiments sont les mêmes (elle chante en français). Parce que c'est la musique qui me porte et qui construit ma personnalité. C'est plutôt la musique que la langue. Peut-être que dans un an, je vous dirai qu'il y a une très grande différence, mais spontanément je dirais que non. Je vais y repenser et écouter mon c?ur.

(Photo VK lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim)

Maëva Gros (www.lepetitjournal.com/heidelberg-mannheim), samedi 9 septembre 2017

Les prochains spectacles de Barbara Zechel ici

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