

Le Bundesamt für Seeschifffahrt und Hydrographie est situé non loin du port, à deux pas du Deutsche Wetterdienst, le Météo France allemand. Qui pourrait croire qu'un Français travaille dans ce quartier entièrement dédié à l'observation du temps et des précipitations ?
Patrick Goffinet, prévoir le niveau de l'Elbe (photo. Céline Danckert)
Patrick Goffinet nous reçoit dans son bureau du B.S.H., acronyme du service fédéral pour la navigation en mer et l'hydrographie. De la Côte d'Ivoire, où il naît, jusqu'à Hambourg, où il vit aujourd'hui depuis près de vingt ans, Patrick Goffinet a effectué un véritable grand écart. Son arrivée en Allemagne reste toutefois "quelque chose d'un peu fortuit". Alors ingénieur au Service Hydrographique et Océanographique de la Marine à Brest, il profite d'un programme d'échange entre départements scientifiques pour partir un an à Hambourg et, au terme de sa mission, décide de rester sur place.
Depuis, il appartient au groupe de surveillance des marées sur l'ensemble des côtes de la mer du Nord. "Nous devons prédire continuellement les variations des hauteurs d'eau", explique-t-il. Ces prévisions ont lieu toutes les six heures. Elles intéressent aussi bien les autorités portuaires que la police. En effet, selon le niveau du fleuve, les navires à fort tirant d'eau ont accès ou non au port de Hambourg, tandis que, lorsqu'une tempête s'annonce, les autorités locales sont les premières à être prévenues.
Le Fishmarkt inondé : l'attraction
Des marégraphes disséminés tout au long des côtes calculent le changement des niveaux d'eau et celui-ci peut s'avérer conséquent. Contrairement à Brest ou du côté de la Baltique, où la marée est très régulière, voire inexistante, "ici, en Allemagne du Nord, les conditions météorologiques provoquent des perturbations considérables". D'autant qu'à Hambourg les phénomènes s'amplifient : quand une tempête affecte la mer du Nord, l'afflux d'eau d'environ 1,50 mètres à Cuxhaven atteint presque 2 mètres à Landungsbrücken. La ville porte d'ailleurs encore des traces de la grande inondation de février 1962. Les digues construites à l'époque cèdent et le sud de Hambourg se retrouve sous les eaux, causant 300 morts : l'importance des tempêtes avait été sous-estimée. Depuis lors, les digues ont été consolidées et surélevées. Elles sont mises à l'épreuve lors de l'inondation de 1976 et résistent.
Hambourg garde donc les pieds au sec? exception faite du Fishmarkt. "J'ai l'impression que les gens aiment bien ça, s'amuse Patrick Goffinet, c'est assez drôle, quand on prévient que le Fishmarkt va être inondé, hop, tout le monde vient voir, il y a la télévision et les restaurants affichent complet". Tant que la montée des eaux reste une attraction, il n'y a pas lieu de s'inquiéter, pourtant, avec le réchauffement climatique, on est en droit de se poser des questions sur l'avenir d'une ville traversée par tant de canaux. "Des études simulent des cas extrêmes et pour l'instant les digues sont suffisamment hautes", nous rassure Patrick Goffinet. On peut continuer à s'émerveiller de tous les points d'eau de Hambourg sans crainte, le B.S.H. veille au grain.
Céline DANCKERT. (www.lepetitjournal.com/hambourg.html) mercredi 18 juin 2008
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