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AEROMORNING - EADS, maison mère d'Airbus, va regrouper sa direction dans la Ville Rose.

Écrit par Lepetitjournal Hambourg
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 20 novembre 2012

 

Comment une entreprise normale peut-elle se permettre deux sièges sociaux ? Pierre Spacaro retrace l'histoire compliquée d'Airbus et d'EADS, en termes de direction bicéphale et bureaux de directions réparties entre Paris, Toulouse, Munich et Amsterdam ?

En d'autres circonstances, l'information serait banale : il est désormais confirmé que la direction du groupe EADS va être regroupée à Toulouse, ou plus exactement à Blagnac. Ainsi va prendre fin l'étonnant épisode du "double siège social", Paris et Munich, avec adresse fiscale à Leiden, aux Pays-Bas, pour des raisons bassement comptables.
Plusieurs centaines de cadres, francophones et germanophones, vont ainsi affluer vers le Sud-Ouest, avant la fin de l'année, et investir un nouveau bâtiment qui sortira bientôt de terre à proximité de l'ancienne aérogare de Blagnac. Un non-événement, à première vue tout au moins, mais qui n'en revêt pas moins une importance symbolique.

Airbus a failli avoir son siège à Zurich, en Suisse ...

Déjà, à l'époque de la création du groupement d'intérêt économique Airbus Industrie, en janvier 1970, la localisation du siège social avait fait l'objet d'échanges animés. A ses débuts, alors qu'il n'occupait que quelques personnes, le tout jeune GIE s'était installé dans un appartement de l'avenue de Versailles, dans le seizième arrondissement parisien, à deux pas de la porte de Saint-Cloud. Et non loin du siège d'Aérospatiale qu'abritait le bâtiment "historique" du boulevard de Montmorency. Henri Ziegler, PDG d'Aérospatiale et premier administrateur gérant d'Airbus (dont le domicile était proche) pouvait ainsi se partager au mieux entre ses deux bureaux.
Un peu plus tard, il apparut nécessaire de passer sans plus attendre à la vitesse supérieure : où mettre Airbus ? Plusieurs hypothèses furent envisagées, dont Zurich, au coeur de la neutralité helvétique "et pour être plus près des banques", expliqua Roger Béteille, l'un des trois pères fondateurs du nouvel avionneur européen.
Finalement, c'est Blagnac qui fut choisi, de manière à installer l'équipe dirigeante à proximité de la chaîne d'assemblage final de l'A300B. C'est alors que sortie de terre la première aile d'un bâtiment blanc vaguement stalinien qui fit bientôt du rond-point Maurice Bellonte une adresse mondialement connue. Mais, 30 ans plus tard, au moment de la création d'EADS, le même bon sens ne fut malheureusement pas de mise. Aérospatiale était restée à Paris, DASA à Ottobrunn, dans la banlieue de Munich, et aucune des deux parties n'était prête à faire de grandes concessions. Ainsi naquit la formule coûteuse, bâtarde, compliquée, du double siège social, deux adresses placées sous la responsabilité de co-directeurs généraux.

EADS et Airbus en chemin pour devenir des entreprises "normales" ?

Beaucoup plus tard, en 2007, un pas audacieux fut franchi avec l'unicité de la direction. Un Français à la tête d'EADS, Louis Gallois, un Allemand pour diriger Airbus, Thomas Enders. Le premier vient de partir en retraite, le second lui succède, remplacé par un Français, Fabrice Brégier. Mais voici que se produit, sans transition, une véritable révolution avec la décision forte d'Enders de mettre tout le monde à Blagnac. Malgré son bon sens, son charisme, sa diplomatie, sa popularité, Louis Gallois n'aurait pas pu se permettre une telle décision. C'est donc un Allemand qui en a décidé ainsi et lui seul pouvait le faire. C'est courageux, bien vu, utile. Pour reprendre un terme à la mode, EADS franchit ainsi un grand pas vers la normalité.

Qui plus est, ce ne sont pas des voeux pieux. Tout ira vite, très vite, le double déménagement devant aussi permettre le regroupement de fonctions centrales, mais qui ne l'étaient pas tout à fait. Cela en attendant un organigramme remanié et des orientations stratégiques affinées et précisées.
Une seule inconnue subsiste : le marché immobilier de Toulouse et de la Haute-Garonne sera-t-il en mesure d'adopter le tempo rapide voulu par Enders? Pas question, bien sûr, de s'attarder à de telles considérations : EADS arrive. Blagnac et quelques communes avoisinantes ont compris de longue date tout l'intérêt que présente leur statut de capitale aéronautique franco-européenne tandis que Toulouse se hâte lentement sur le même chemin.

C'est un virage important, en même temps que prometteur.

Pierre Sparaco - AeroMorning pour lepetitjournal.com de Hambourg (www.lepetitjournal.com/hambourg.html) lundi 25 Juin 2012

Retrouvez sur Aeromorning les autres chroniques de la semaine: http://www.aeromorning.com/index2_chronique.php - Crédit photo: EADS

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Publié le 25 juin 2012, mis à jour le 20 novembre 2012
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