

La "Zap Actu" est désormais présente sur plusieurs chaînes de télévision. Il s'agit d'engloutir par extraits de quelques secondes tout ce qui s'est passé dans la Ville et dans le Monde. Ce zapping est le correspondant visuel de la nouvelle assénée en 140 signes sur Twitter. Tout cela serait-il susceptible de modifier la conscience humaine ?
A priori, la Zap Actu permet de couper au verbiage des journalistes et invités de plateaux. Mais retient-on de l'information la substantifique moelle ? Rien n'est moins sûr, car il s'agit encore d'Actu-spectacle qui se voudrait l'équivalent des "Brèves" d'antan, à cela près que l'image instantanée interdit la réflexion, puisqu'elle est immédiatement couverte par une autre. Le cinéaste Jean-Luc Godard en avait déjà fait jadis la démonstration magistrale à propos du Journal Télévisé.
Désormais, le cerveau - en particulier celui des plus jeunes - agit souvent comme une ardoise magique : lorsque l'on dévide une liste ou lit une page, rares sont ceux qui se rappellent ce qu'ils ont entendu au début.
Adieu culture ?
Certes non. la culture s'est désormais ramifiée en trois courants riches, mais nettement différents : culture classique et artistique traditionnelle, culture communautaire de ce qu'on appelle étrangement les "cités" - en conflit avec la cité -, et plus récemment culture geek - titre d'une émission de BFM TV et sujet du film sur Arte La revanche des Geeks, de Jean-Baptiste Pérétié".1
Et la "culture générale" ? Sa mort est-elle programmée ? En un sens oui, puisqu'elle n'est plus "générale". Et pourquoi n'est-elle plus générale ? Parce qu'il y manque une chose essentielle, le lien.
Aucune civilisation sans doute n'a eu accès à tant d'informations, mais comment les hiérarchiser, les relier ? Dans ce brouillard, ou brouillage, quel peut-être le fil d'Ariane ? L'enseignement ? Il s'est pulvérisé pour courir après l'actualité, une actualité orientée : les témoins vivants (porteurs d'émotion) sont privilégiés, mais ceux qui ont vécu l'horreur des camps nazis, pas du Goulag, pourquoi ? Le "pourquoi"-même est-il permis ?
Relier, défi du futur
Pour les tout petits qui ont accès aux écrans, le psychiatre Serge Tisseron prend l'exemple de l'empilage des cubes : un enfant qui en quelques clics empile les cubes à l'écran est incapable de le faire dans son bureau. L'enfant ne se construit plus dans le réel. Connexions et synapses s'altèrent. Bien des étudiants qui maîtrisent les théories ne font pas le lien avec l'application pratique. L'intel-ligence n' est-ce pas, par définition, l'art de relier les choses ?
Comment partager une culture quand certains sujets sont tabous ? Quand la culture classique, base de l'esprit critique, n'est plus privilégiée ? Quand l'expérience ne se transmet plus ? Quand le langage de chaque culture communautaire est inaudible à l'autre ? Quand la langue geek nous est inaudible, alors que nos enfants parlent cette langue-là ?
Elizabeth Antébi (www.lepetitjournal.com/cologne) Mercredi 2 mai 2012
1 http://www.arte.tv/fr/6578764.html
A relire:














