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LE GENIE DE LA LANGUE - Contre les vandales, mithridatisons-nous (1ère partie)

Écrit par Lepetitjournal Hambourg
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 5 janvier 2018


Guerre, séduction, gastronomie, vie quotidienne : l'une des pierres de touche de notre langue n'est-elle pas l'antonomase - noms propres convertis en noms communs - qui en dit long sur nos connaissances partagées et nos héritages mythiques ?

 

La nicotine de l'ambassadeur Nicot, la poubelle inventée par un préfet de Paris soucieux de propreté, le pantalon de Pantaleone, le catogan du général Cadhogan, le bic du Baron Bich, le bottin de Sébastien, le calepin du religieux Ambrogio Calepino. Ou la Mercédès, du nom de la fille d'un client amoureux de ces voitures.
Certains de ces noms ne pourraient-ils figurer dans les Mythologies de Barthes, qui chantait le plastique avec "ses noms de berger grec (Polystyrène, Phénoplaste, Polyvinyle, Polyéthylène)" ?

Pantalons, urinoirs et unités scientifiques

A signaler pour le pantalon que s'il est dû à un personnage ridicule de la Comédie italienne ("pantalonnades"), c'est que nos ancêtres les Romains voyaient dans les braies gauloises des signes de barbarie !
Passés à la postérité : l'empereur Vespasien qui taxa l'urine servant à tanner et légua son nom aux vespasiennes (1834) pour messieurs pressés. Olibrius, gouverneur des Gaules, qui martyrisait  les saintes. M. de Silhouette, contrôleur général des finances, croqué par les caricaturistes.
Les unités de mesure portent  le nom de scientifiques français, anglais ou allemands : ampère, baud, faraday, gauss, hertz, joule, newton, ohm, pascal, volt, watt. Les algorithmes doivent, eux, leur nom à celui du mathématicien persan Al-Khuwarizmi (780-850) qui s'inspirait d'Euclide.

Legs selon l'espace et le temps

De l'Ancien Testament nous avons hérité des Balthazar, Mathusalem, Jéroboam - bouteilles géantes pour nos crus.  
De l'Evangile viennent le judas (vasistas) ou le jésus (saucisson).
Grecs et Latins nous ont donné le dédale et l'atlas, le mécène, le mentor, le narcisse, le pygmalion, l'adonis,  l'écho ou l'égérie, la cassandre et la pénélope, l'amazone, la mégère, la furie, la harpye, la méduse. Hommes mythiques, femmes fidèles, prophétiques  - elles ne sont pas crues ! -, ou ...inquiétantes.
Nos bouquets viennent de l'Europe entière : Bégon et le bégonia ; le Père Camelli et le camélia ; Dahl et le dahlia ; Fuchs et le fuchsia ; Garden et le gardénia ; Magnol et le magnolia ; Bougainville et le bougainvillier.
Sans oublier nos sources grecques : le narcisse de Narcisse ;  la jacinthe née du sang de Hyacinthos ;  la pivoine du médecin Paeôn ; l'acanthe, nymphe transformée en feuille piquante par Apollon jaloux ; la menthe ou  Minthè victime de la jalouse Perséphone.
De la littérature européenne viennent le don juan et le casanova, la dulcinée, le gavroche, le giton, le sosie, le tartuffe.
Sans oublier, en 1950, les débuts de la publicité rédactionnelle en France et la phrase immortelle du poète Robert Desnos inventant une Marie-Rose qui n'existait pas : "Marie-Rose ou la mort parfumée des poux" !

(à suivre)

Elizabeth Antébi (www.lepetitjournal.com/cologne)

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Publié le 17 avril 2012, mis à jour le 5 janvier 2018
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