Hippolyte Girardot, alias Sir Clifford, mari infirme et distant de Constance, incarne une sorte d'antithèse sociale et humaine à l'amant de Lady Chatterley. Interrogé par Le Petit Journal en 2007, l'acteur français raconte le film "vu du château"
Hippolyte Girardot. "Jouer cette ambiguïté étrange, entre sa dépendance en tant qu'handicapé et le pouvoir qu'il incarne, est très intéressant"(photo. Blandine Josselin)
LPJ : Comment avez-vous abordé votre rôle dans Lady Chatterley ?
Hippolyte Girardot : Au début, le personnage ne me plaisait pas, c'était juste un mari dans un fauteuil roulant, trompé par sa femme. Mais ensuite, je me suis glissé dans la tête du personnage : Clifford est un lord, un patron, quelqu'un qui a du pouvoir, ce n'est pas une victime mais un héros de la guerre. Il se croit un homme très bien et tout à fait dans son droit, même s'il est froid et arrogant. En tant qu'acteur, jouer sur cette ambiguïté étrange, entre sa dépendance en tant qu'handicapé et le pouvoir qu'il incarne, est très intéressant.
LPJ : Le personnage de Clifford est très symbolique dans l'histoire. Quel est son rôle dans la transformation que vit Constance ?
H.G. : Clifford veut tout contrôler. Même s'il y a une forme de complicité entre lui et Constance, une certaine tendresse, leur relation s'organise autour de ce conflit : "tu es libre, ma chérie, mais voilà, jusqu'ici, jusque là? tu ne peux pas échapper à ta condition de Lady". Constance ne se libère pas facilement de cette emprise, le personnage de Clifford représente tout ce qu'elle va devoir surmonter pour se libérer et rejoindre Parkin, en particulier concernant la différence de classe.
LPJ : Pouvez-vous nous parler des différences entre la version cinéma et la version TV ?
H.G. : Au cinéma, on est souvent obligé d'aller à l'essentiel. En 3h30, la version télévisée permet davantage de fouiller les personnages, en particulier celui de Clifford. La relation de Constance et Clifford est beaucoup plus complexe dans la version TV, la construction de leur opposition plus explicite. C'est beaucoup plus difficile pour elle de se libérer. Même Parkin éprouve plus de difficultés à être avec cette femme.
Au cinéma, le film est plus direct, davantage centré sur la passion. Pourtant, à mon avis, l'histoire porte moins sur une passion qu'une libération. C'est comme un nouveau monde qui s'ouvre à elle, cet aspect est beaucoup plus évident dans la version TV, qui insiste beaucoup plus sur le début de l'histoire. Il faut davantage de temps à Constance pour sortir du château, de l'hiver? C'est comme un papillon qui a besoin de davantage de temps pour déployer ses ailes?
Propos recueillis par Blandine JOSSELIN. (www.lepetitjournal.com/hambourg.html) mercredi 2 juillet 2008 Première diffusion Berlin vendredi 22 juin 2007
Lady Chatterley, de Pascale Ferrand, avec Marina Hands, Jean-Louis Coulloc'h, Hippolyte Girardot (2006)
Kino Abaton (OmU), à partir du 10 juillet.












