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PORTRAIT – Marie-Claire Mattis, l’appel de l’international

Par Lepetitjournal Francfort | Publié le 02/08/2018 à 00:30 | Mis à jour le 03/08/2018 à 16:53
Photo : (Photo © AB lepetitjournal.com/francfort)
Marie-Claire Mattis

Marie-Claire Mattis est enseignante dans une école allemande de la Hesse au pied du Vogelsberg. Alors que la rentrée a lieu lundi 6 août dans le land, elle ne s’y prépare pas vraiment, chaque année et chaque classe étant différentes tous les ans. Rencontre avec une Française qui fête ses 50 ans ce jeudi 2 août et profite de ses vacances jusqu’au dernier jour avant de reprendre le chemin des écoliers.

 

Lepetitjournal.com/francfort : parlez-nous un peu de votre parcours. 

 

Marie-Claire Mattis : Je suis née en région parisienne, j'ai grandi en Corse et fait des études de philosophie à Nice. Après avoir obtenu mon DEA de philosophie (diplôme d’études approfondies, ndlr), j’ai fait une licence de sciences du langage mention FLE (parcours Français langue étrangère, ndlr). Ensuite j’ai voulu passer le CAPES. J’ai été admissible mais je n’ai pas été admise, et finalement ça m’arrangeait bien car j’ai commencé à travailler dans des centres de langue en France où j’enseignais le français aux étrangers. Depuis 2008, j’enseigne dans un établissement allemand, au pied du Vogelsberg dans la Hesse.  

 

Pourquoi n’êtes-vous pas restée en France ? 

 

C’est en enseignant dans des centres de langue à Nice que j’ai rencontré mon ex-mari allemand. A l’époque, il habitait Bruxelles, je l’ai suivi là-bas et nous y avons vécu un an. En février 2000, nous nous sommes installés en Allemagne où nos deux enfants sont nés. Nous avons vécu sept ans ensemble ici, puis, nous nous sommes séparés. On m’a dit qu’avec le bagage universitaire que j’avais, je pouvais tenter de postuler dans une école allemande et y être titularisée. Aujourd’hui, j’enseigne dans une Gesamtschule au pied du Vogelsberg dans la Hesse. 

 

C’est quoi au juste une Gesamtschule ?

 

Une Gesamtschule est une école dans laquelle on retrouve tous les niveaux (Hauptschule, Realschule et Gymnasium) : école secondaire, collège et lycée. Ce concept est assez récent et représente une alternative au système tripartite traditionnel car les élèves sont ensemble jusqu'à 13 ans avant d'être orientés. 

 

Est-ce facile de devenir enseignante dans un établissement allemand quand on est française ? 

 

Je ne sais pas si c’est encore possible de le faire comme je l’ai fait à l’époque… À ce moment là, avec une maitrise, on pouvait avoir une équivalence pour être prof de lycée. Je pouvais enseigner en éthique et en philosophie,même en Allemagne alors que je ne connaissais pas bien la langue. Mais pour le français je n’avais qu’une licence, du coup je ne pouvais enseigner que jusqu’au niveau de la seconde, ce qui est frustrant quand c’est sa langue maternelle ! J’ai donc fait une VEA (validation des acquis de l’expérience, ndlr) en France par correspondance pour avoir la maitrise FLE, ce qui m’a permis de pouvoir enseigner jusqu’au bac. Le système est différent ici, on obtient d’abord son diplôme, puis on est placé sur une liste, et en fonction de notre classement on est envoyé dans un établissement selon les besoins. On peut soit avoir un contrat, ce qui nous donne le statut d’employé, soit avoir une place, la « Planstelle » qui est une place pour les fonctionnaires. Dès que l’on a cette place, on est fonctionnaire à l’essai pendant 3 ans avant de l’être « à vie ». 

 

Vous êtes enseignante de français mais aussi d’éthique. À quoi correspond cette matière ?

 

Ici à l’école, les élèves ont la religion comme enseignement. Pour ceux qui sont musulmans, non croyants ou qui ne veulent plus aller en cours de religion comme c’est souvent le cas, il y a les cours d’éthique, dès la maternelle. Il y a différents thèmes et l'objectif du cours est de sensibiliser l'élève aux valeurs et principes éthiques généraux définis dans la Constitution, ou d'aborder des thèmes comme l'amitié pour sensibiliser les sensibiliser aux dangers des réseaux sociaux. À partir de la 2nde c’est vraiment une étude des textes philosophiques. 

 

Y a-t-il des différences entre les classes françaises et allemandes ? 

 

En France je n’ai enseigné que dans des formations pour adultes, donc je ne sais pas comment se passe vraiment l’enseignement à l’école en France mais j’en ai une petite idée vu que j’ai fait mon parcours scolaire et universitaire en France. Et ce qui m’a choquée en arrivant ici c’est le manque de discipline. C’est peut-être parce que je suis dans une « école sociale », c’est-à-dire que tous ceux qui échouent ailleurs peuvent y venir. Pour les petits (10-11 ans) c’est de pire en pire ! Ce qui m’a aussi étonnée, c’est comment sont donnés les cours, et ça je préfère en Allemagne. C’est beaucoup plus interactif, il y a moins de distance entre les profs et les élèves qui ont des notes orales dans toutes les matières pour la participation. Pour les matières principales c’est 50% de la note finale, et dans les autres matières c’est 2/3. 

 

Vous avez été mariée à un Allemand. Avez-vous pu observer des différences culturelles au sein de votre couple ? 

 

Il y a toujours cette raideur… Les Allemands sont selon moi très rigoureux, très ponctuels et fiables… Ce qui me gêne c’est cette raideur et ce manque de flexibilité qui les caractérise. Ce qui me choque aussi c’est qu’ils sont très matérialistes. Je ne fais pas de généralités, ce n’est que mon avis et c’est très personnel. Mais ce qui me plaît c’est qu’ils ne parlent pas pour ne rien dire !

 

Vos enfants ont-ils reçu une éducation bilingue ? 

 

Mon rêve était de les mettre à l’école européenne ici, à Francfort, mais les appartements y sont hors de prix et je ne voulais pas trop déménager… Et comme nous nous sommes séparés avec mon ex-mari, je voulais qu’ils restent dans le même village où habitent leur père et leurs grands-parents. À la maison je leur parle toujours en français et ils étudient le français en 2ème langue. Sinon ils sont toujours confrontés à l’allemand que ce soit à l’école, avec leurs amis ou avec leur père.

 

Qu’est-ce qui vous manque de la France ? Pensez-vous y retourner un jour ?

 

Je n’ai pas envie de rentrer en France… En fait je me sens plus européenne qu’uniquement Française, j’ai des origines slovaques et grecques. Il y a beaucoup de choses que je ne partage pas avec les Français. J’aime beaucoup être dans les milieux internationaux où les personnes parlent des langues différentes. Ce sont plus mes amis qui me manquent, et non la France car quand j’entends la politique et tout ce qui ne va pas là bas, je n’ai pas envie d’y retourner. Mais heureusement, nous avons gagné la Coupe du Monde ! En fait, je reste en Allemagne tant que les enfants ne sont pas dans la vie professionnelle, mais après j’essaierai de bouger car j’ai besoin d’international, de langues étrangères, de voyages et de découvertes. 

 

Agathe Bossard (www.lepetitjournal.com/francfort), jeudi 2 août 2018

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