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SOPHIE LISSALDE ET NATHALIE VARHELYI - “Quand on est à l’étranger avec un enfant qui souffre de troubles dys, on se pose beaucoup de questions“

Par Lepetitjournal Francfort | Publié le 12/04/2016 à 22:00 | Mis à jour le 13/04/2016 à 08:15

Aujourd'hui en France, 4 à 5 % des élèves par classe d'âge sont confrontés à des troubles d'apprentissage, 1% sous leur forme sévère. Dyslexie, dyscalculie, dyspraxie,? Certains enfants francophones de Francfort et sa région sont évidemment touchés par ces troubles qui rendent la scolarité parfois difficile. Pour aider les parents souvent démunis face à ce genre de problèmes, l'association Dys à Francfort e.V. a été créée en mars 2015. Lepetitjournal.com/francfort est allé à la rencontre de deux Françaises, bénévoles  de l'association.
Nathalie Varhelyi et Sophie Lissalde de l'association Dys à Francfort e.V. 

(Photo Claire Tholozan, lepetitjournal.com/francfort)

Sophie Lissalde est une des membres fondatrices de l'association Dys à Francfort. Maman de trois enfants dont deux souffrant de troubles de l'apprentissage, elle a rejoint il y a trois ans ce réseau d'entraide pour que les enfants soient accompagnés au mieux dès leur arrivée à Francfort. C'est via l'association qu'elle a rencontré Nathalie Varhelyi, la nouvelle secrétaire qui a rejoint récemment le Conseil d'Administration auprès d'André Tackenberg, le Président et de Christiane Aptel la trésorière. Arrivée dans la ville il y a tout juste un an. Nathalie Varhelyi a également un enfant souffrant de troubles dys, elle a été accompagnée par l'association pour toutes les démarches liées à sa prise en charge en Allemagne.

Lepetitjournal.com/francfort : comment est née l'association Dys à Francfort ?

Sophie Lissalde : Dys à Francfort, à l'origine, est un groupe de parents du lycée français Victor Hugo de Francfort qui se sont réunis il y a cinq ans déjà pour réfléchir à l'accompagnement de leurs enfants en difficulté d'apprentissage. Quand on se retrouve avec un enfant qui a des troubles dys à l'étranger, on se pose tout un tas de questions. L'environnement n'est pas le même qu'en France, on ne sait pas vers quels thérapeutes se tourner. Nous avons créé ce groupe pour accompagner les parents, leur apporter du soutien, partager des informations et des expériences ainsi que des réponses à leurs questions pour qu'une prise en charge de l'enfant puisse être organisée rapidement. L'année dernière nous avons obtenu le statut officiel d'association d´utilité publique à but non lucratif ce qui nous permet d'avoir plus de visibilité, de légitimité, des fonds et ainsi d'être plus performants. Aujourd´hui après un an d´existence, l´association compte déjà une quarantaine de membres dont les enfants sont scolarisés au Lycée Français mais aussi à l´Ecole Européenne de Francfort et quelques-uns dans des écoles allemandes.

Nathalie Varhelyi, vous avez vous-même été accompagnée par l'association dont vous êtes désormais la secrétaire. Pouvez-vous nous raconter votre expérience ?

Nathalie Varhelyi : je suis arrivée à Francfort avec ma famille il y a maintenant un an. En France, on nous avait dit que ma fille aînée âgée de 5 ans à l'époque aurait besoin d'une AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire), c'est-à-dire d'une personne qui l'accompagnerait dans la classe pour l'aider à avoir une scolarité normale. Avant même notre déménagement, nous avons pris contact avec le Lycée Français de Francfort qui nous a tout de suite transmis les coordonnées de l'association. C'est grâce à elle que tout a pu se mettre en place très vite. Ma fille ne parle pas allemand donc nous avons été mis en contact avec une ergothérapeute francophone. Avec cette aide de l'association, nous avons gagné plusieurs mois, ça nous a permis d'échanger avec d'autres parents parce qu'on est souvent seuls face à ce problème. Je veux aujourd'hui aider à mon tour, c'est pour cette raison que j'ai rejoint le CA au poste de secrétaire. Je souhaite aider d'autres parents qui sont dans la même situation.

Etes-vous germanophone ?

NV : oui et ça a grandement facilité mes démarches avec l'Etat allemand. Je tiens aujourd'hui à aider les familles qui ne parlent pas allemand et qui doivent à leur tour monter des dossiers.

Comment sont pris en charge les AVS, auxiliaires de vie scolaire, en Allemagne ?

NV : en France c'est financé par l'Etat mais ce n'est pas le cas à l'étranger. Quand je suis arrivée, j'ai contacté les structures allemandes et monté un dossier en Allemagne pour qu'on puisse être financés. Malheureusement le dossier a été refusé : ici il faut que l'enfant présente un trouble physique ou cognitif sévère. Ce n'était pas le cas de ma fille dont les difficultés sont de l'ordre de la motricité fine et de la concentration. Comme le dossier a été refusé, nous finançons aujourd'hui nous-mêmes l'AVS. Nous sommes en contact avec les associations Dys de Munich et de Londres et nous nous sommes aperçus que lorsqu'on est scolarisé dans un établissement français à l'étranger, les AVS sont systématiquement à la charge des parents. Certaines familles ne peuvent pas se le permettre.  Pourtant, selon le trouble, c'est un accompagnement qui peut aider, au moins dans un premier temps au début de la scolarité de l'enfant, pour mettre toutes les chances de son côté. Dans les écoles allemandes c'est différent. Les enfants dys vont dans des classes à plus petits effectifs où ils sont aidés par la maîtresse. C'est une autre façon de voir les choses. Seulement à l'école française, la maîtresse n'a pas le temps de s'occuper davantage de ma fille, ce que je comprends.

Sophie Lissalde, maintenant que les troubles dys sont reconnus en France, pouvez-vous nous expliquer ce que cela a changé dans l'accompagnement? Quels progrès ont été faits ?

SL : je pense qu'il est nécessaire de clarifier ce qu'on entend par troubles dys. Ils comprennent la dyslexie (liée à la lecture et au langage écrit), la dysphasie (troubles de la parole), la dyscalculie (trouble lié aux calculs), la dyspraxie (trouble lié au geste, à la motricité, ce qui rend difficile des gestes du quotidien comme faire ses lacets), la dysorthographie (souvent liée à la dyslexie) et la dysgraphie (liée à l'écriture et au dessin). Parfois, ces troubles s'accompagnent d'hyperactivité ou de précocité. Des familles ici se retrouvent confrontées à ces difficultés et pour un grand nombre d'enfants, cela rend la scolarité chaotique d'avoir ce genre de troubles de l'attention qui viennent se greffer sur les troubles dys.
Alors ce qui a changé : il y a encore une dizaine d´années, les troubles des apprentissages n'étaient pas du tout reconnus. Les enfants étaient considérés comme bêtes, paresseux, ne voulant pas travailler. Grâce aux associations, une loi encadre désormais l'accompagnement des élèves dys dans les écoles. Cette loi du 11 février 2005 établit que la dyslexie comme les autres troubles se situe dans le champ du handicap cognitif. Cela permet en France de déposer des dossiers au sein des maisons départementales du handicap. C'est nécessaire car plus tard, les élèves peuvent passer les examens avec des aménagements spécifiques (brevet des collèges, baccalauréat, concours?). Ils peuvent par exemple avoir des copies au format A3, des polices de caractère adaptées et du temps supplémentaire?
Mon fils bénéficie de ce type d'aménagements. Il est en classe préparatoire pour une école d'ingénieurs et passera ses concours le mois prochain. Nous avons monté un dossier et il lui a été accordé du temps supplémentaire. Il faut savoir que l'accompagnement ne s'arrête pas au bac. Pour les aménagements aux examens, il faut établir les dossiers et s'y prendre à l'avance mais aujourd'hui les choses ont nettement évolué grâce à cette loi.

Est-ce une difficulté supplémentaire pour un enfant dys d'avoir une langue de plus à apprendre ?

SL : un enfant dyslexique le sera dans toutes les langues, même si certaines langues sont plus ou moins transparentes et faciles à apprendre. La langue anglaise, parce que beaucoup de sons ne s'écrivent pas comme ils se prononcent serait compliquée à apprendre; en revanche l'italien serait plus simple car les mots s'écrivent comme ils se prononcent. Des études ont montré que le bilinguisme n'altérerait pas les apprentissages des enfants dys. Pouvoir être bilingue, c'est une chance qui permet d'avoir un autre regard sur sa propre langue.  Les pays anglo-saxons par exemple ont une toute autre approche de la dyslexie qui n´est pas considérée comme un problème : les enseignants savent que ce sont des enfants qui ont d'autres atouts et ils vont miser dessus. Ce sont en général, des enfants très performants à l'oral, créatifs, imaginatifs, doués en sport? Ils vont travailler sur ces côtés positifs afin de leur donner confiance en eux et l'appréhension du trouble n'est pas du tout le même.

Vous faites partie d'une association très active qui organise régulièrement des tables rondes, des conférences, des réunions. Quels sont les évènements à venir et quels sont vos projets pour la suite ?

SL : nous sommes très heureux d'organiser notre première Bourse Educative samedi 16 avril de 12 à 19h à la Saalbau de Sossenheim. C'est l'occasion pour certaines familles de vider leurs placards et pour d'autres d'acheter des livres, des jeux éducatifs, des DVD, le tout en français. Cela peut être intéressant pour les Allemands qui passent le français au bac. L'entrée est gratuite, les inscriptions pour vendre se font par email et une petite participation financière ainsi qu'un gâteau ou une tarte sont à apporter le jour même.
Nous avons encore beaucoup de projets pour la suite. Ils comprennent, entre autre, la mise en place d'une ludothèque pour mettre à disposition du matériel spécial pour les enfants dys, ce matériel coûtant souvent très cher. Nous proposons régulièrement des tables rondes qui permettent aux familles d´échanger et de se rencontrer. Nous souhaitons organiser une conférence sur les troubles des apprentissages en collaboration avec l´Ecole Européenne de Francfort. Et évidemment, nous travaillons toujours à la prise en charge par l'Etat français des auxiliaires de vie scolaire. Seulement tout cela prend du temps, nous avons besoin d'apports financiers pour mettre ces projets et événements en place.

Interview réalisée par Claire Tholozan (www.lepetitjournal.com/francfort), mercredi 13 avril 2016

Pour en savoir plus :
Dys à Francfort e.V.

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