Édition internationale

RASSEMBLEMENTS CHARLIE-HEBDO – ”Touche pas à ma liberté !”

Écrit par Lepetitjournal Francfort
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 novembre 2016

Liberté, égalité, fraternité?ces trois mots ont retenti ces derniers jours lors de rassemblements ou défilés organisés dans la région suite aux actes terroristes contre le magasine satirique Charlie Hebdo, la police et la communauté juive à Paris. Même si les trois jihadistes - les frères Kouachi et Amedy Coulibaly ? qui ont semé la terreur dans la capitale entre le 7 et le 9 janvier ont finalement été mis hors d'état de nuire par le RAID et le GIGN, les rassemblements en soutien aux 17 victimes et à leurs familles mais aussi pour la défense de la liberté d'expression n'ont cessé de se multiplier.

(Photo VK lepetijournal.com/francfort)
Des salariés d'Eumetsat lors du rassemblement devant le Consulat général de France le 9 janvier

Avec la perte de leurs caricaturistes emblématiques, comme Cabu, Wolinski, Charb, Honoré, mais aussi de journalistes comme Maris et Elsa Cayat, de membres des forces de l'ordre et de la communauté juive, les Français se disent touchés en plein c?ur. Les valeurs républicaines françaises de laïcité et le droit à la liberté d'expression, à la liberté de la presse, ont été bafoués.
Lepetitjournal.com/francfort a relevé quelques initiatives non exhaustives lancées en Hesse, Rhénanie-Palatinat et Rhein-Neckar-Kreis et participé à deux rassemblements à Francfort et Mannheim.

A Francfort, des centaines de personnes se sont réunies à Hauptwache jeudi 8 janvier à 19 h et près de 500 vendredi 9 janvier devant le Consulat général de France. Samedi à 14 h un défilé est parti de la ?Maison des syndicats? jusqu'à la place Hauptwache. La Française Bernadette Ségol, Secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats, s'est exprimée dans sa langue maternelle "c'est une attaque contre la liberté et notre mode de vie" dira-t-elle. La communauté juive, deux églises et le Conseil des jeunes de la ville ont aussi rejoint le mouvement.

A Darmstadt, la ?Friedenplatz? (place de la liberté), a donné le ton très symbolique le soir du vendredi 9 janvier, à un recueillement organisé par de nombreux partis politiques allemands représentés au conseil municipal (la CDU, les Verts, le SPD, la Gauche, Uffbasse, pirates, FDP et Uwiga). Dans leur démarche de rassemblement, largement relayée par des communiqués de presse en appel à la population, ils ont souhaité soutenir la France et les Français, souligner le caractère essentiel d'une coexistence ouverte entre différentes cultures, nationalités et religions, condamner les actes de terrorisme quels qu'ils soient et surtout dénoncer la grande lâcheté des actes barbares commis à Paris qui représentent ?une attaque odieuse contre l'humanité complètement injustifiable?.

(Photo T. Schwarz)
Quelques franco-allemands se rendent de l'Institut Français à la gare de Mayence le 10 janvier

A Mayence, le soir même de l'attentat, le 7 janvier, environ une trentaine d'habitants de la région se sont rassemblés très spontanément devant la gare centrale et ont défilé jusqu'à l'Institut français. Certains regrettant ne pas avoir eu l'occasion de participer à ce recueillement collectif, une autre initiative spontanée née sur les réseaux sociaux sous l'impulsion d'un duo franco-indien a vu le jour. Prashant et Antoine ont invité les membres de la communauté franco-allemande de Rhénanie-Palatinat à se joindre à eux devant l'Institut français de Mayence le samedi 10 janvier à 19 h. Selon leurs estimations dont ils nous ont fait part, environ 70 personnes avaient répondu présent et se trouvaient devant le numéro 11 de la Schillerstrasse suite à l'appel des deux jeunes hommes. Après un discours prononcé en français, anglais et allemand en hommage aux victimes de l'attentat et en plaidoyer pour la défense de la liberté d'opinion et d'expression dans la presse, ce sont surtout de profonds silences lourds de signification qui ont vite fait place aux mots. Certains participants comme Séverine ou Jean-Marie sont même venus de Francfort n'hésitant pas à grimper dans le train régional pour aller soutenir le groupe et se recueillir avec les Mayençais.

Revenons sur deux rassemblements auxquels lepetitjournal.com/francfort a pu participer

(Photo F. Ollagnier)
Le maire de Francfort, Peter Feldmann, entouré de conseillers consulaires et présidents d'associations. A gauche Sophie Laszlo, Consule générale de France à Francfort

"Nos pensées vont vers nos nombreux amis français, ici à Francfort mais aussi nos villes jumelles, Lyon et Deuil-La-Barre". Peter Feldmann

Francfort, Consulat général de France, vendredi 9 janvier

Il est à peine 18 h. Près de 500 personnes s'amassent devant le numéro 35 de la Zeppelinallee où bougies, gerbes de fleurs, caricatures et affichettes ?Je suis Charlie? jonchent le sol. Le maire de Francfort, Peter Feldmann, l'ajoint au maire, Uwe Becker, la Consule générale de France, Sophie Laszlo, les conseillers consulaires, des responsables associatifs, Français et Allemands sont là. Ils sont nombreux à avoir répondu à l'appel lancé sur les réseaux sociaux et listes associatives peu de temps après l'attentat à Charlie Hebdo du 7 janvier 2015. Traits tirés, yeux cernés, teint blafard, la fatigue se lit sur de nombreux visages et laisse aisément deviner les heures passées à décortiquer les journaux, regarder les infos en direct à la télé, s'informer et échanger sur facebook et contacter sa famille et ses amis restés dans l'Hexagone. La présence également de Tim Wolff, rédacteur en chef du magazine satirique allemand ?Titanic? donnera une valeur très symbolique à la rencontre. Il exprimera toute sa compassion en terminant par ?Es lebe der Witz, es lebe die Satire? (Vive l'humour, vive la satire) tandis que Sophie Laszlo indique avoir reçu au consulat de très nombreux messages de sympathie de personnes de toutes les religions et communautés ?Il faut absolument éviter de faire le rapprochement entre la religion et le terrorisme? ajoutera-t-elle.
Après une minute de silence, l'hymne de la Marseillaise pourtant décrié par certains Français présents pour son côté belliqueux et ses textes sanglants sera chanté en ch?ur avant un cri collectif ?Charlie dans nos c?urs? et que le livre de condoléances du Consulat ne se remplisse.

Quelques témoignages
Aurélie Fondecave, conseillère consulaire à l'initiative du rassemblement, confie au journal ?Les caricaturistes de Charlie Hebdo, comme Cabu par exemple, c'est mes parents, les années 70, le Club Dorothée, les dessinateurs abattus font partie de l'identité de notre pays. Avec l'attentat c'est la démocratie et nos valeurs républicaines qui sont touchées".

(Photo VK lepetijournal.com/francfort)

Dorothée, elle, est originaire de Paris et habite en Allemagne depuis 20 ans. Elle s'est sentie touchée au plus profond d'elle-même. ?J'ai eu mal, j'ai eu l'impression qu'on m'avait coupé les jambes? le mercredi 7 janvier. Son fils cadet âgé de 13 ans, l'a accompagnée au rassemblement mais ne comprend pas l'ampleur du mouvement alors que la guerre civile en Syrie a fait plus de 200.000 morts. Et Dorothée d'argumenter ?Les enfants n'ont pas vécu les mêmes combats que nous, ils ont grandi en démocratie et il est important qu'ils sachent que la liberté est fragile, que le droit d'expression, le droit de vote des femmes, le droit à l'avortement?n'ont pas été obtenus du jour au lendemain et qu'aujourd'hui c'est notre liberté d'expression qui est menacée."
Comme dans ?La liberté guidant le peuple? d'Eugène Delacroix datant de 1830, une participante Olivia, coiffée d'un bonnet ? même si celui-ci n'est pas phrygien ? brandit un drapeau tricolore devant le consulat, bravant le froid et la pluie naissante. Elle a du mal à cacher son immense chagrin, son désarroi devant ce qui se passe dans son pays, l'atteinte à la laïcité et la liberté.
Un des participants vient de rentrer de Paris où il était en congés comme chaque année en période de fêtes de fin d'année dans sa famille. La gorge nouée, il arrive à peine à laisser échapper quelques mots pour indiquer au journal qu'il ne peut pas s'exprimer sur les événements vécus presque en direct dans la capitale française.

L'humour triomphant
Pancartes, écriteaux, banderoles, dessins humoristiques? personne n'a fait dans l'économie en encre pour imprimer les affiches ?Je suis Charlie?, ?Je suis Ahmed? ou même ?Je suis Casher? marquant leur soutien aux victimes et à leurs familles mais aussi leur détermination à défendre les valeurs de la République française de laïcité et de liberté d'expression. De nombreux dessins humoristiques, des caricatures esquissées peu de temps après l'attentat par des dessinateurs de presse du monde entier, sont là pour faire un pied de nez aux terroristes et montrer que l'humour et la liberté survivront toujours ! Les mots de Charb d'ailleurs ont été imprimés noir sur blanc, ?Plutôt mourir debout que vivre assis?.

(Photo VK lepetijournal.com/francfort)
Le maire de Mannheim, Peter Kurz

Mannheim, Rosengarten, dimanche 11 janvier

Alors que la marche historique en présence d'une cinquantaine de chefs d'Etat du monde entier et de près d'un million et demi de personnes se déroule sous haute surveillance à Paris, près de 1000 personnes ont envahi la place devant le ?Rosengarten? de Mannheim dimanche 11 janvier à 15 h suite à une initiative lancée par la société franco-allemande de Rhein-Neckar et du cercle culturel franco-allemand d'Heidelberg. A Mannheim, on n'a pas choisi le recueillement dans le silence mais sur fond de discours engagés. Consul honoraire, maire, membres du Parlement européen et du Bundestag, conseillers municipaux et présidents d'associations, tous sont venus exprimer leur solidarité envers la France et les Français, leur douleur et leur colère et défendre la démocratie.

Le maire de Mannheim, Peter Kurz, qui salue le courage exemplaire dont les policiers et les dessinateurs ont fait preuve, tiendra à préciser la portée du message ?Je suis Charlie?, symbole de la lutte pour la défense des valeurs républicaines inscrites à la Constitution. ?On ne doit pas laisser ébranler la démocratie, on ne doit pas laisser les terroristes nous prendre la liberté, la liberté que les philosophes des Lumières comme Rousseau, Voltaire ou Montesquieu ont défendue?.
Quand à Erika Mursa, Présidente du cercle culturel franco-allemand d'Heidelberg, elle soulignera ?Le crayon sera toujours au-dessus de la barbarie, la liberté est un droit universel.?.

(Photo VK lepetijournal.com/francfort)

Puis l'actrice allemande et coach vocal, Barbara Zechel, entonnera la Marseillaise avant que l'ensemble ne soit invité à fredonner ?Die Gedanken sind frei? (Les pensées sont libres), chanson allemande sur la liberté d'opinion du 19e siècle. Alors que la foule commence à s'éparpiller, Camille, 10 ans, accompagné de ses parents confie au journal avoir eu très peur. ?Mes cousins habitent dans le 10e arrondissement de Paris et l'attentat de Charlie Hebdo a eu lieu dans le 11e arrondissement. C'est juste à côté. Demain à l'école je porterai ma pancarte ?Je suis Charlie? et je vais tout expliquer à mes copains allemands. J'ai peur pour l'avenir et on est tous concernés.? conclue le jeune Français avec détermination. Mr Maugé, Président de la société franco-allemande de Rhein-Neckar, se réjouit que tant de citoyens de Mannheim et de toute la région soient venus au nom de la solidarité, pas seulement les Français. ?Il est important de réagir vite face aux actes de terrorisme et aux dangers des amalgames et surtout ne jamais laisser détruire les valeurs de liberté, égalité, fraternité?, conclura-t-il.

De Francfort à Mannheim en passant par Mayence, des milliers de personnes ont ainsi souhaité rendre un hommage aux victimes, communier par la pensée avec leurs familles, mais aussi marcher pour la liberté de dire, d'écrire, de dessiner, de rigoler? et de scander ?Touche pas à ma liberté. Je suis Charlie !?

Valérie Keyser (www.lepetijournal.com/francfort), lundi 12 janvier 2015



Chanson écrite le soir de l'attentat du 7 janvier et passée le soir du rassemblement devant le Consulat général de France à Francfort le 9 janvier.
Sur la mélodie de Renaud ?Hexagone?, le musicien belge Jean-Baptiste Bullet a rendu hommage aux victimes de l'attaque contre Charlie Hebdo.

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Publié le 11 janvier 2015, mis à jour le 27 novembre 2016
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