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INTERVIEW – EL HADJI SY, artiste sénégalais : “l’artiste est un médiateur plus qu’un ambassadeur”

Écrit par Lepetitjournal Francfort
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 27 juin 2016

Le "Weltkulturen Museum" de Francfort accueille actuellement l'exposition ?Paintings, Performance, Politics? de l'artiste sénégalais El Hadji Sy qui y présente ses ?uvres contemporaines avec des objets ethnographiques traditionnels de la collection du musée. Dans les années 1980, le "Weltkulturen Museum" a cherché à rassembler une collection d'art d'Afrique, c'est ainsi qu'une longue relation à El Hadji Sy a commencé. Le petitjournal.com/francfort est allé à la rencontre de l'artiste, grande figure de l'activisme culturel africain.

(Photo IJ lepetitjournal.com/francfort)

Lepetitjournal.com/francfort : El Hadji Sy, pouvez-vous résumer brièvement votre parcours ?

El Hadji Sy : je suis un produit de Dakar. Je vis toujours là-bas et mon atelier s'y trouve malgré mes déplacements. J'ai étudié les arts plastiques à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Dakar. Je suis à la fois peintre, commissaire d'exposition et historien d'art, trois dimensions que nous avons essayé de rendre présentes dans l'exposition qui rassemble 35 ans de collection du musée.

Comment êtes-vous arrivé à Francfort ?

Je suis venu pour la première fois ici en 1984 dans la cadre d'une collaboration avec Friedrich Axt, collectionneur d'art, professeur d'allemand à Dakar, et de français à Francfort. Nous nous sommes rencontrés à Dakar et il est devenu un ami cher. J'ai apprécié en lui d'une part son attachement aux valeurs sûres, d'autre part l'être, l'homme qu'il était.

C'est donc lui qui vous a mené à Francfort ?

En quelque sorte oui. Nous avons beaucoup travaillé ensemble pour des expositions, des films et l'Anthologie Sénégalaise publiée en 1989.  Mis à part quelques semaines passées au "Weltkulturen Labor" en 2008, je n'étais jamais revenu à Francfort depuis 25 ans, depuis la parution de l'Anthologie Sénégalaise. Dans les années 80, le "Weltkulturen Museum" m'avait demandé de rassembler une collection d'?uvres contemporaines sénégalaises. C'est à cette occasion que Friedrich Axt et moi avons réalisé cette anthologie.

Pouvez-vous nous parler du workshop "Peinture collective" que vous venez d'encadrer au musée ?

Bien sûr. L'atelier s'adressait à des jeunes de toutes nationalités dont la plupart n'avait encore jamais mis les pieds dans un musée. Âgés en moyenne de 15 ans, c'est grâce à la partie pédagogique du "Weltkulturen Museum" qu'ils ont pu participer. Mon objectif à travers cet atelier qui a duré une semaine, était de leur transmettre un savoir-faire et des connaissances en les initiant à la recherche et à l'art. Je leur ai d'abord fait visiter l'exposition, et le workshop était un moyen de continuer ce beau moment de partage pendant lequel nous avons beaucoup discuté pour  avancer ensemble. Je n'ai pas parlé ma langue maternelle mais alterné entre l'anglais, le français, l'allemand et ce n'était pas un problème car tout passait par l'image. Le principal moyen d'expression n'était pas la parole mais le dessin, l'art pictural, la créativité de chacun. L'ensemble des productions sera vendu lors du marché aux puces du samedi 16 mai, devant le "Weltkulturen Museum".

(Photo Weltkulturen Museum)

La matière tient une place importante dans votre ?uvre. Dans votre exposition, toute sorte de supports sont exploités, en était-il de même avec les jeunes participants de l'atelier ?

Absolument. La plupart n'a jamais dessiné, ils ont donc eu l'occasion d'expérimenter ici différents matériaux : sacs de pommes de terre venus d'Allemagne, éventails en paille du Sénégal, sacs de café du Brésil, verre?  J'utilise habituellement des sacs de riz du Sénégal car le riz représente notre base alimentaire. Mais pour les Allemands, c'est davantage les pommes de terre ! Le support joue un rôle dans l'expression d'une identité.

Plusieurs de vos ?uvres sont réalisées à terre à l'aide de vos pieds, pourquoi avoir employé ce moyen ?

Pour contrer la vision académique de l'art de Dakar, cette emprunte de pied sur mes toiles exprime ce rejet, cette volonté de distinction. L'art africain est marqué par la tradition. Il est souvent lié à un art naïf mais il faut aller de l'avant et dépasser cette vision. C'est dans ce sens qu'allait l'ex-président et mécène sénégalais Senghor.

Que deviendront toutes les pièces de votre exposition lorsque celle-ci se terminera en octobre ? Restent-elles au musée ou retournent-elles à Dakar ?

Elles voyageront avec moi ! Après Francfort, j'exposerai en Pologne, puis en République Tchèque. Je fais un tour des pays de l'est, et je ferai sûrement des ?résidences?, c'est-à-dire que pendant six semaines, je suis ?mis en loge?, comme je l'ai été dans le bâtiment Labor du "Weltkulturen Museum" en 2008. J'occupe les lieux, et il est possible que  je produise de nouvelles ?uvres.

Ce mouvement permanent est très perceptible dans vos ?uvres, par les motifs représentés ou les installations. Quel message souhaitez-vous faire passer ?

J'exprime des choses qui me touchent en rapport avec les peuples, la société et l?actualité.  Mes ?uvres évoquent  des évènements dans le milieu où je vis en Afrique, tout comme à l'international. Je dirais que l'artiste est un médiateur plus qu'un ambassadeur.

(Photo IJ lepetitjournal.com/francfort)

En plus de vos expositions, vous avez monté un certain nombre de groupes artistiques, pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

Je citerais les deux principaux : TENQ, mot Wolof qui signifie ?cheville, là où les os se rencontrent?. Cette organisation invite des artistes du monde entier à vivre, travailler pendant 15 jours ensemble, à échanger sur leurs patries respectives, à développer de nouvelles affinités. Ces rencontres internationales ont déjà eu lieu à Dakar, à Saint Louis, en Angleterre, à Abidjan? L'autre organisation est AGIT'ART. C'est un collectif d'artistes, écrivains, philosophes dont le but, comme son nom l'indique, est d'agir dans l'Art.

Isaure Jayet (www.lepetitjournal.com/francfort), mercredi 13 mai 2015

L'ensemble des productions du workshop tenu début mai sera vendu lors du "Flohmarkt" du 16 mai de 9 h à 14 h, devant le "Weltkulturen Museum".

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Publié le 12 mai 2015, mis à jour le 27 juin 2016
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