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Rencontre avec le sénateur des Français établis hors de France

Par Jean Dubas | Publié le 21/05/2018 à 19:05 | Mis à jour le 22/05/2018 à 10:14
Olivier Cadic sénateur Français de l'étranger, expatriation Dublin

De 18 heures à 21 heures ce vendredi 18 mai à l’Alliance Française de Dublin, une réunion s’est tenue avec Olivier Cadic, sénateur des Français établis hors de France, afin d’évoquer les sujets d’actualité majeurs qui taraudent les Français en Irlande. Au programme du rassemblement organisé par la Conseillère Consulaire Laurence Helaili : un échange entre la communauté des Français en Irlande et le sénateur sur l’avortement, le Brexit, l’augmentation du prix des loyers ainsi que la difficulté à se loger. Résumé du cinquième déplacement d’Olivier Cadic en Irlande.

 

Le droit à l'avortement au centre des discussions

 

Elle était sur toutes les lèvres des personnes présentes dans la salle avant même le début de la réunion. A une semaine du referendum tant attendu, la question du droit à l’avortement taraude les Irlandais bien sûr, mais aussi leurs homologues français présents sur l’île. Olivier Cadic, qui se fait la passerelle entre le Sénat et les Français de l‘étranger, a d’ailleurs tout de suite souligné l’importance de l’issue de ce referendum. Selon le sénateur, qui s’était précédemment entretenu avec un membre du parti du Premier Ministre irlandais, « si le oui l’emporte, la loi sera votée très vite et il n’y aura plus d’irlandaises qui prendront le bateau pour aller avorter dans un autre pays avant la fin de cette année ». En porte-parole d’une audience majoritairement en faveur de l’abrogation du huitième amendement, Laurence Helaili raconte avec une émotion perceptible les messages de panique dont elle a été le destinataire : « J’ai été contactée par des personnes qui ont des difficultés insoupçonnées. Une femme qui, par exemple, fait une fausse couche et n’ose pas se rendre à l’hôpital en l’absence de son mari car son anglais n’est pas parfait et qu’elle risque 14 ans de prison. Il m’est également arrivé de féliciter, comme c’est d’usage, une femme enceinte qui vivait en fait un calvaire car elle devait aller au terme de sa grossesse malgré les souffrances foetales dont était victime son enfant ». Plus largement que la législation sur l’avortement en Irlande, c’est le système de santé qui a été soulevé au cours de la réunion. Parmi les inquiétudes évoquées : les soins dentaires, la longue attente (jusqu’à 24 heures parfois) pour être reçu à St James Hospital ou encore la pauvreté de l’équipement des hôpitaux de campagne, souvent incapables de gérer des problèmes fréquents et importants tels que des arrêts cardiaques.

 

 

"On m'a dit que les rues étaient pavées d'or. J'ai d'abord découvert qu'elles ne l'étaient pas, ensuite qu'elles n'étaient pas pavées d'or, et finalement que je devais les paver moi-même"

 

 

Au classement des problèmes rencontrés par les expatriés français en Irlande, l’exorbitant prix des loyers et la difficulté à se loger sont un sérieux prétendant à la première place. Conscients de la popularité de l’île d’émeraude dans l’imaginatif français, notamment auprès des moins de 30 ans, Laurence Helaili et Olivier Cadic ont mis leurs compatriotes en garde sur l’enfer que peuvent cacher les paysages paradisiaques irlandais. « Les jeunes pensent que l’Irlande est la solution low-cost quand on ne veut pas aller en Angleterre, ce n’est plus le cas, met en garde Laurence. Les jeunes expatriés, pour qui c’est parfois la première expérience à l’étranger, ont une bonne image de l’Irlande. Le problème, c’est que les entreprises enjolivent parfois les choses, proposent de jolis salaires et quelques semaines d’hôtel le temps de trouver un logement, mais il faut savoir qu’ici la vie est chère et 1000 euros de plus que ce que vous gagnez en France ne représentent rien. Je soupçonne même certaines agences de publier de fausses annonces ». Premier partenaire de cet enfer camouflé, selon Olivier Cadic : internet. « Il est facile de prendre un billet d’avion, accéder au logement sur le web mais un Irlandais n’est pas un Français qui parle anglais, tout ne fonctionne pas comme en France ». Leçon du jour, si le billet aller est facile à prendre, le billet retour l’est tout autant. Finalement, c’est un homme présent dans l’audience qui résume le mieux la situation actuelle d’un Français non-préparé à venir en Irlande : « On m’a dit que les rues étaient pavées d’or. J’ai d’abord découvert qu’elles ne l’étaient pas, ensuite qu’elles n’étaient pas pavées du tout et finalement que je devais les paver moi-même ».

 

 

 

 

Et si on revotait le Brexit ?

 

Une chose est sûre, la perspective en arrangerait plus d’un. La décision prise par une majorité de Britanniques est annoncée comme une catastrophe du côté de l’Irlande. « Le boulot de mon mari n’existe plus à cause du Brexit » se lamente même une femme venue assister à la rencontre. Si le sénateur des Français à l’étranger affirme que la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne a consolidé les liens entre les autres pays membres, il s’alarme de la suite des évènements et notamment d’un « hard-Brexit » avec un éventuel nouveau mur entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande : « le gérant d’une entreprise automobile m’a confié que si l’on prenait 2 minutes de formalité pour chaque camion à la frontière entre la France et le Royaume-Uni, c’est 27 kilomètres de bouchons rien que pour le secteur automobile auquel on ferait face ». Autre exemple, transférer un animal d’un zoo à un autre prend deux jours au sein de l’UE, deux ans pour un pays extérieur à l’espace Schengen. Il suffit donc d’imaginer les conséquences d’un mur entre les deux voisins irlandais. Dans l’audience, on s’interroge même sur l’hypothèse d’un nouveau referendum sur le Brexit. Ce à quoi Olivier Cadic répond : «  les Anglais sont capables de tout ». Alors, affaire à suivre ?

 

 

La réunion s’est finalement achevée comme elle a commencé, dans la bonne humeur et l’échange. Le sénateur s’est attelé à répondre à toutes les questions des expatriés français venus le rencontrer. S’il vous fallait finalement retenir une seule chose de ce rassemblement, c’est la suivante : venez en Irlande, mais venez préparés !

 

 

Photos : Laurence Helaili / Jean Dubas

Jean dubas

Jean Dubas

Master 1 de journalisme sportif (y'avait penalty sur Nilmar). Diplômé d'une Licence de langues étrangères appliquées. De Amiens à Dublin, en passant par Bogotá.
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