Édition internationale

Éléonore Caroit à Dublin : école, vote en ligne et francophonie

Réforme de l’AEFE, transmission du français, vote par internet : Éléonore Caroit a répondu aux questions de lepetitjournal.com à l’occasion de son déplacement à Dublin les 8 et 9 octobre. La ministre déléguée chargée de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger revient également sur les priorités françaises en matière d’aide au développement. Un sujet au cœur de la réunion informelle des ministres européens du Développement, organisée sous présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne.

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Écrit par Lepetitjournal Dublin
Publié le 10 octobre 2026

lepetitjournal.com : Vous avez retrouvé à Dublin vos homologues européens pour discuter de l’aide au développement. Quelle priorité la France a-t-elle souhaitée faire avancer lors de cette rencontre ?

Éléonore Caroit : Cette réunion des ministres européens du Développement et de leurs partenaires se déroule à un moment charnière : les crises se multiplient, les besoins humanitaires augmentent, le changement climatique pèse sur les pays les plus vulnérables, et les inégalités restent profondes. Nous nous sommes retrouvés pour renforcer l’action extérieure de l'Union européenne dans ce contexte exigeant.

La vision de la France en matière de coopération internationale, promue cette année lors de sa présidence du G7, repose sur trois principes. D’abord, des partenariats mutuellement bénéfiques répondant aux besoins de nos partenaires, mais aussi à nos intérêts économiques. Ensuite, une utilisation plus stratégique de nos moyens, pour maintenir un appui envers les pays les plus vulnérables tout en mobilisant davantage d’investissements, notamment du privé, dans les secteurs et les géographies les plus importantes. Enfin, une action plus coordonnée et efficace de tous les acteurs, pour soutenir des trajectoires de développement plus durables et mettre fin aux dépendances de l’aide.
Cette vision française est aussi la direction que prend l'Europe aujourd'hui.

Concrètement, nos échanges ont porté sur les priorités du prochain cadre financier pluriannuel. Nous avons besoin de partenariats internationaux ambitieux pour répondre aux besoins et défendre les intérêts de l’Union et de ses États membres. J'ai également défendu la nécessité de préserver une aide humanitaire fondée sur les besoins, en particulier dans les crises les moins visibles.

La réforme de l’AEFE doit donner davantage de visibilité aux familles sur les frais de scolarité. Quels leviers concrets envisagez-vous pour aider les établissements conventionnés, comme le lycée Samuel Beckett de Dublin, à maîtriser leur hausse tout en préservant la qualité de l’enseignement ?

Avoir une visibilité sur les frais de scolarité sur plusieurs années, c'est une demande tout à fait légitime. Les familles ont besoin de pouvoir se projeter, et les établissements ont besoin de stabilité pour fonctionner correctement.

Le premier levier, c'est le dialogue. Pour chaque établissement conventionné, à Dublin comme ailleurs, l’AEFE et son nouveau Directeur général recherchent le dialogue et travaillent en étroite collaboration avec le comité de gestion pour trouver des solutions pragmatiques qui permettent à la fois de garantir la pérennité de l'établissement et la viabilité de son modèle économique. Ce n'est pas une approche uniforme ; chaque lycée est regardé dans sa spécificité.

Le deuxième levier, c'est l'appui concret. L'AEFE fournit aux lycées une expertise technique sur des sujets précis : gestion des ressources humaines, comptabilité analytique, optimisation des coûts... Cela aide les établissements à mieux piloter leurs finances sans reporter systématiquement la pression sur les frais.

Pour les enfants français scolarisés dans le système irlandais, la transmission du français repose beaucoup sur les familles et les associations. Comment votre ministère peut-il mieux les accompagner pour que ces enfants conservent une pratique du français, à l’oral comme à l’écrit ?

Une priorité du ministère est sa politique d'enseignement français à l'étranger. Et l'Irlande a, dans ce domaine, une particularité remarquable : le lycée Samuel Beckett de Dublin est l'un des six Eurocampus dans le monde, qui réunit une section française et une section allemande sous le même toit. Il se distingue aussi par un dispositif d’hébergement en familles d'accueil particulièrement structuré, qui permet à des élèves venus d'autres villes ou d'autres pays d'accéder à un lycée français dans un cadre sécurisé. Plus de la moitié des élèves du lycée en bénéficient.

Toutes les familles ne font pas le choix de l'enseignement français. Pour celles qui s'inscrivent dans le système irlandais, comme dans tous les systèmes nationaux dans le monde, il existe une palette d'options. Les écoles FLAM permettent aux enfants de pratiquer le français en dehors du temps scolaire. Les Institut français proposent des cours et des activités en français. Le CNED offre un enseignement à distance pour ceux qui souhaitent suivre un parcours plus académique.

Il faut aussi dire que la transmission de la langue n'est pas uniquement une affaire d'institutions. La langue qu'on parle à la maison, le choix de regarder un film en français, de lire un livre en français : tout cela compte.

L’ambassade de France en Irlande recrute actuellement des volontaires pour tester, en novembre, le nouveau portail de vote par internet, notamment avec France Identité. Pour quelles prochaines élections ce portail est-il prévu, et une ouverture du vote en ligne à la présidentielle de 2027 est-elle à l’étude ?

Nous organisons en effet un test grandeur nature de la nouvelle solution de vote par internet du 20 au 27 novembre prochains afin de pouvoir l'homologuer en vue d'éventuelles élections législatives anticipées en 2027. Pour cela, nous avons demandé à l'ensemble des postes du réseau diplomatique et consulaire d'identifier des électeurs volontaires. L'objectif est de recueillir 17 000 électeurs volontaires répartis sur l'ensemble des circonscriptions électorales pour participer à ce scrutin fictif, sur deux tours, avec le plus grand nombre possible de détenteurs de l'identité numérique certifiée. En effet, la nouvelle solution de vote par internet permet à l'électeur de s'authentifier rapidement et de manière sécurisée via l'identité numérique certifiée, au lieu de devoir renseigner un identifiant reçu par courriel, un mot de passe reçu par SMS puis un code pour valider son vote. Ce test grandeur nature vise à identifier les éventuelles difficultés qui peuvent se poser afin d'y remédier.

Le vote par internet est prévu pour les élections législatives et consulaires. Pour l'élection présidentielle deux modalités de vote sont prévues : le vote à l'urne et le vote par procuration. Mais là aussi nous simplifions la vie des électeurs. Je rappelle que l'identité numérique certifiée leur permet d'établir une procuration 100 % dématérialisée, sans avoir à se rendre au consulat ou devant un consul honoraire !

Quelles retombées concrètes de l’engagement de l’Irlande dans la Francophonie pouvez-vous citer, et quelle prochaine étape souhaitez-vous construire avec elle ?

L'Irlande est membre observateur de la Francophonie depuis 2018, et les chiffres témoignent d'un engagement qui ne s'est pas démenti. Selon le dernier rapport sur la langue française, le pays compte aujourd'hui 893 000 francophones, soit 17 % de la population, en nette croissance. Ce n'est pas un chiffre anodin pour un pays dont l'anglais est la première langue.

Dans l'enseignement secondaire, la quasi-totalité des établissements proposent le français. 58 % des élèves du secondaire l'apprennent, soit 168 000 jeunes, encadrés par 3 330 enseignants de français. C'est une présence de la langue remarquable, qui repose sur une volonté politique irlandaise de longue date.

La prochaine étape se dessine avec la réforme du système éducatif en cours. Cette réforme va élargir la place accordée à l'enseignement des langues étrangères. C'est une opportunité réelle pour le français. Il y a aussi, depuis 2017, une coopération concrète avec les Alliances françaises pour former des fonctionnaires irlandais au français.
 

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