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PAROLE D’EXPAT – Marie Pieprzownik, ingénieure de mastering audio

Par Lepetitjournal Dublin | Publié le 08/03/2017 à 23:30 | Mis à jour le 12/03/2017 à 17:41

 

Comment parler d'Irlande sans évoquer sa culture musicale qui lui est indisociable ? Les têtes d'affiches irlandaises sont incontournables : U2, The Cranberries, Hozier, Sinéad O'Connor? Mais l'île d'Emeraude recèle de nombreux autres talents incroyables et méconnus, croisés par exemple au détour d'une virée shopping sur Grafton Street. Pourtant, la musique en Irlande n'est l'apanage ni des musiciens ni des Irlandais. Dublin est devenu un hub musical international et Marie Pieprzownik, jeune Toulousaine de 25 ans, en est la preuve. Ingénieure de mastering audio dans un studio dublinois, elle travaille dans l'ombre des artistes mais n'en est pas moins essentielle au processus de création. Entretien.

 

LePetitJournal: Pourquoi avoir décidé de partir en Irlande ?

Marie Pieprzownik : Après mes deux années de BTS audiovisuel option son à Cannes, une licence de cinéma et un master de communication et art du spectacle, j'ai voulu améliorer mon anglais grâce au programme Erasmus. Sauf que je m'y suis prise au dernier moment et je n'avais le choix qu'entre Dublin et Glasgow. Donc j'ai choisi Dublin où j'ai terminé mon master.

LPJ : Et pourquoi y être restée ?

MP : En parallèle de l'université, j'ai fait un stage à Masterlabs (MLV Record Pressing). A la fin des deux mois, on m'a proposé un travail et je l'ai accepté. C'est l'entreprise dans laquelle je travaille toujours.

LPJ : Comment en vient-on à travailler dans la musique ?

MP : J'ai découvert la musique assez tard, vers 13 ou 14 ans. Mais je me suis dit que c'était déjà trop tard pour devenir musicienne et j'ai essayé de penser aux autres métiers autour de la musique. J'ai fait un stage dans un studio d'enregistrement qui m'a plus donc je suis resté sur cette idée.

LPJ : En quoi consiste le métier d'ingénieure de mastering audio ?

MP : Quand on fait un album, il y a trois étapes : l'enregistrement, le mixage et le mastering. C'est donc la dernière étape qui consiste à égaliser les chansons entre elles pour harmoniser et donner une cohérence à l'album. C'est aussi faire en sorte que les titres puissent être diffusés sur différents supports (radio, CD, vinyle, streaming).

L'ingénieur mastering est aussi important parce que c'est une nouvelle paire d'oreilles dans le processus qui vient donner son avis sur la musique. Lorsqu'il y a un problème, on demande à recommencer certains enregistrements ou mixage parce qu'on considère que ce n'est pas diffusable ou qu'il serait facile de mieux faire. Nous sommes les dernières personnes à écouter toutes les chansons de l'album S'il y a un problème, nous sommes responsables alors il faut tout vérifier.

 

Le photoshop de la musique

 

LPJ : Sur quels critères vous faites les modifications ?

MP : En général, si c'est bien enregistré et mixé par le même ingénieur de mixage, on aura moins de travail. On est souvent là pour rattraper les erreurs, on est un peu le photoshop de la musique. Plus on retouche de façon agressive, plus ça se voit comme pour les tubes qui passent en radio, qui sont très compressés. Le problème selon moi, c'est qu'aujourd'hui, il y a de moins en moins d'argent dépensé dans la production donc les artistes parfois choisissent d'enregistrer et de mixer voire de masteriser eux-mêmes. Mais il y a de grosses différences entre un mastering fait par un professionnel ou un artiste dont ce n'est pas le métier.

Toutes les chansons doivent être au même niveau, surtout la voix, donc on joue déjà sur le volume. Il y a aussi le critère de la dynamique, c'est-à-dire que l'album soit plus ou moins compressé. C'est trouver un bon équilibre entre le plus haut et le plus faible niveau. Si un album n'était pas masterisé, on passerait notre temps à augmenter puis baisser le volume. Enfin, on ajuste les fréquences pour égaliser l'album en jouant sur les basses, les aigus, élargir l'image stéréophonique etc?

LPJ : Quel support (CD, vinyle ou MP3) préfères-tu ?

MP : C'est l'éternel débat entre le vinyle et le CD mais je penche plutôt pour le vinyle pour l'objet. Un CD c'est moche, c'est cheap. Le vinyle est plus grand, on peut apprécier la pochette et voir la musique gravée, les sillons.

LPJ : Quel artiste avec lequel tu as travaillé t'a le plus impressionnée ?

MP : On ne travaille pas avec les artistes autant qu'un ingénieur de mixage, qui va vraiment être à leur contact. On a plus tendance à travailler de notre côté après avoir écouté l'artiste et ses suggestions. C'est à la fin que la confrontation arrive, soit ils aiment soit il y a des modifications à faire selon leurs demandes. Mais ce sont évidemment eux qui ont le dernier mot.

Les artistes qui m'ont marqués ce sont The Frames, un groupe de rock très célèbre en Irlande, pour qui j'avais gravé le master de leur double album, c'est-à-dire le vinyle qui sera ensuite beaucoup dupliqué pour la mise en vente. Tous les ingénieurs de mastering laissent leur signature sur le vinyle entre les derniers sillons de fin, les initiales sur le disque donc les miennes, MPZ (parce qu'il y avait déjà un MP), sont sur le vinyle de The Frames.

LPJ : Que penses-tu de la culture musicale irlandaise ?

MP : Il y a quelques années, Dublin était vraiment l'une des capitales de la musique en Europe, surtout dans les débuts de U2. Donc les studios dublinois comme les studios Willmind Lane fonctionnaient bien avec des artistes renommés.

En général, je pense les Irlandais sont plus attachés à la musique que les Français. Beaucoup jouent d'un instrument dans un groupe et n'hésitent pas à dépenser de l'argent pour aller voir jouer un groupe local. Je ne sais si c'est meilleur en qualité mais en quantité, ils produisent plus de musique.

LPJ : Quel regard portes-tu sur les têtes d'affiches de la musique irlandaise (U2, Hozier?) ?

MP : La musique irlandaise s'exporte peu, mis à part quelques artistes. La plupart des artistes irlandais n'enregistrent plus en Irlande dès que le succès commence. Après la signature avec un label, ils partent enregistrer au Royaume-Uni donc ils perdent un peu leur identité.

LPJ : Qu'est ce qui te manque le plus de la France ? Qu'est ce qui te manque le moins ?

MP : J'hésite entre parler de ma famille ou du saucisson (rires) ! Mais je vais dire les deux, ma famille et la nourriture.

Je trouve les Irlandais très amicaux et positifs donc ce qui me manque le moins c'est sûrement le caractère un peu rabat-joie et négatifs des Français.

 

Les Conseils de Marie

3 endroits où entendre de la bonne musique à Dublin :

- Wheelan's avec des petits groupes locaux

- District 8 pour les fans de techno et d'electro

- O'Donoghues Bar pour la musique plus traditionnelles, là où The Dubliners ont débuté

 

3 artistes irlandais à écouter :

- Sleep Thieves

- Girl Band

- Mongoose

 

Emilio Meslet (lepetitjournal.com/dublin) Le jeudi 9 mars 2017

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