Édition internationale

CHRONIQUES DUBLINOISES (3) - La vie nocturne

Écrit par Lepetitjournal Dublin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 12 août 2016

Troisième acte de notre rendez-vous avec les 'Chroniques dublinoises' de Xavier, qui nous guide, chapitre par chapitre, et avec humour, dans une esquisse de ce qui pourrait s'apparenter à un 'Dublin pour les nuls'. Chapitre trois :la vie nocturne dublinoise !

Ce mois-ci je voulais vous parler de l'architecture irlandaise et vous raconter comment Dublin avait beaucoup souffert de n'avoir jamais été bombardée par la Luftwaffe. Cependant, les événements de ces dernières semaines m'ont fait changer mes plans. Car contrairement aux architectes irlandais je fais des plans, mais les plans ça change et je ne pouvais pas ne pas vous parler de ce qu'il s'est passé dans ce charmant pays, en ce joli mois de Mai où les fleurs volent au vent.

En effet, à moins d'avoir passé les dernières semaines dans un bathyscaphe au fonds de l'océan, vous n'êtes pas sans ignorer qu'un vote sans précédent a pris place le mois de mai dernier.

Je ne vous parle pas du vote au concours de l'Eurovision - rendez-vous annuel où au nom de la coopération européenne et de la paix entre les peuples notre fierté nationale se fait scabreusement souiller comme une servante tuberculeuse et famélique dans un roman d'Émile Zola - mais plutôt de l'autre vote important qui a eu lieu ce jour-là, le référendum sur le mariage gay en Irlande.

Comme je le disais dans mon dernier article, les choses changent dans ce pays. Et il faut reconnaître que dans certains secteurs, elles changent à la vitesse d'un cheval au galop. Ou, dans le cas de la cause homosexuelle, la vitesse d'une licorne. Une licorne rose fluo. Avec une crinière arc-en-ciel. Et des petits c?urs. Un peu de paillettes aussi. Et des faux-cils. Mais une licorne qui galope quand même vachement vite.

Il faut quand même se rappeler que l'homosexualité était illégale dans ce pays jusqu'en 1993. Il y a donc à peine un peu plus de vingt ans. Ce qui est assez dingue quand on y pense. Bon, ceci dit, je vous avoue que je ne sais pas trop ce que cela veut dire, interdire l'homosexualité. Le concept m'échappe un peu je dois dire. Déjà, à la base, c'est très nigaud. Empêcher les gens d'être ce qu'ils sont. C'est un peu comme interdire à quelqu'un d'être gaucher ou astigmate. Vous avouerez quand même que c'était un peu con.

Mais c'est surtout que je ne comprends pas trop comment ils s'y prenaient pour appliquer la loi. Y avait-il une police secrète ? Une Gaystapo ? Qui prenait en filature toutes les femmes portant des chemises à carreaux, ou tout homme qui écoutait un album d'ABBA chez le disquaire ? Pouvait-on se prendre une amende si on connaissait la chorégraphie de YMCA ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que l'homosexualité était interdite il n'y a pas si longtemps et qu'on pouvait vous envoyer au placard si vous aviez l'audace d'en sortir.

Heureusement, l'Irlande est quand même la terre d'Oscar Wilde et il fallait bien un jour qu'elle reprenne ses sens. Tous les fermiers de Roscommon ne peuvent pas arrêter le progrès indéfiniment et les choses ont bien fini par avancer. Si depuis quelques temps on pouvait déjà mettre des bâtons dans les roux, on peut aussi désormais leur passer la bague au doigt.

Alors, comme tout le monde, j'ai regardé les résultats du vote à la télé. Et en voyant Dublin Castle bondé de tous ces gens, homo ou pas, célébrant une victoire bien méritée, je me suis dit deux choses. La première, c'est que ce petit pays que j'aime tant avait bien grandi et que c'était plutôt cool. Et la seconde, c'est que les boas en plumes et la laque à cheveux sont quand même super inflammables et qu'il fallait sans doute faire gaffe avant d'allumer sa clope au milieu d'autant de Drag Queens.

Ce qui m'a le plus frappé cependant, c'est l'ambiance générale, l'atmosphère festive. Je me suis dit qu'homo ou pas, les Irlandais savaient célébrer comme nulle part ailleurs. Ce qui m'amène donc au sujet de la chronique d'aujourd'hui: comment sortir et faire la fête à Dublin ?

Je ne vais pas vous mentir : essayer de vous expliquer la vie nocturne dublinoise en un seul article est simplement impossible. Il y a trop à dire et je ne saurais par où commencer. On va donc y aller par étape. Aujourd'hui, je ne vais donc vous parler que d'une chose : comment la vie nocturne ici peut être magique. Car tel le chemin de Traverse dans les livres d'Harry Potter, Dublin possède des pouvoirs surnaturels et merveilleux, seulement visibles par ceux qui veulent bien les voir. Je vais donc faire de mon mieux pour vous les décrire.

Nous avons déjà discuté dans un précédent article de la façon digne et naturelle avec laquelle les Dublinoises peuvent parfois se déplacer. Et comment les voir déambuler en talons hauts sur des pavés humides peut à la fois être un bonheur pour les esthètes et les ostéopathes. Mais ce qui les rend d'autant plus gracieuses, ce qui fait vraiment leur charme, est sans nul doute leur façon de s'habiller.

Et c'est là le premier pouvoir magique de Dublin : la ville semble faire oublier aux femmes qu'elles ont froid.

Ne nous le cachons pas, la Dublinoise s'habille court. Voir très court. Et quand je dis s'habiller, j'exagère un peu. Disons qu'elle couvre ce qu'il faut couvrir et pas un centimètre de plus.  Elle s'habille tellement léger qu'à chaque fois que Penneys sort une nouvelle collection, le Parlement irlandais doit réviser les lois sur l'attentat à la pudeur. La même Dublinoise qui se plaint du froid au bureau dès que quelqu'un touche à la climatisation ou ouvre une fenêtre, n'hésitera pas à sortir quelques heures plus tard, simplement vêtue d'une ceinture en guise de jupe et d'un décolleté qui serait illégal sur plusieurs continents.

Bien sûr, certaines mauvaises langues essaieront de vous convaincre que ce sont les couches successives de parfum, d'auto-bronzant et de fond de teint qui isolent la Dublinoise du froid. Qu'elle n'a pas besoin de se couvrir vu qu'elle ne se déplace qu'en taxi. Et qu'après huit mojitos, on ne sent plus le froid de toute façon. Mais je suis un idéaliste et fais fi des cyniques. J'aime penser que si la Dublinoise peut affronter les éléments dans une robe transparente lui arrivant au ras du cochonnet, c'est parce qu'il se passe ici quelque chose de magique et tout est merveilleux.

D'ailleurs, il n'y a qu'à voir le sac-à-main d'une Dublinoise pour être convaincu que la magie existe vraiment.

Les lois de la physique s'appliquent partout dans l'Univers à l'exception de deux endroits biens précis : la périphérie d'un trou noir et l'intérieur du sac-à-main d'une Dublinoise. Pour une raison que la Science ne peut pas vraiment expliquer, ces sacs contiennent plus de choses que leur taille ne devrait le leur permettre. Car si elle s'habille court, la Dublinoise ne voyage pas léger. Mais comme Mary Poppins ou Hermione Granger, elle semble toujours parvenir à faire tenir un bordel infini dans un sac minuscule. Et Dieu sait qu'il y en a, du bordel, dans le sac d'une Dublinoise, principalement du maquillage.

Car la Dublinoise aime jouer du fard et du rouge à lèvres. Et si en sortant de chez elle, elle sera déjà plus maquillée que les comptes de campagne de Patrick Balkany, elle emportera quand même avec elle des quantités industrielles de maquillage dans son sac, au cas où. Dans ce sac vous trouverez tous les articles de beauté jamais inventés, dans toutes les couleurs et toutes les formes possibles et imaginables. Tellement d'articles et d'ustensiles variés que vous pourriez redécorer la Chapelle Sixtine du sol au plafond, en utilisant juste le contenu du sac-à-main d'une seule Dublinoise.

Bien sûr, même si elle transporte déjà la moitié d'un magasin Boots sur elle, la Dublinoise va quand même passer des heures à essayer le maquillage de ses copines. Ce qui ne manque pas de créer des files d'attente interminables à l'entrée des toilettes des femmes de tous les pubs de Dublin. Au final, elle passera tellement de temps à se grimer, qu'à la fin de la soirée la Dublinoise aura sans doute passé plus de temps à draguer son miroir qu'à parler à son mec. Elle s'absente des heures, jusqu'au moment où on ne la revoit plus. Et ça c'est très curieux. Il y a toujours un moment dans la soirée où la Dublinoise disparaît et ne revient jamais.

Ceci est dû à un autre mystère de la vie nocturne dublinoise, ce que les Irlandais appellent le train magique.

Les videurs irlandais ne sont pas méchants. Je n'irai pas jusqu'à dire qu'ils sont adorables mais, comparés à certains porte-flingues que l'on peut croiser sur le continent, ils sont relativement placides. Ils ont cependant une vision un peu désuète du monde et un sens des affaires très rudimentaire. Ils s'imaginent que laisser entrer plus de nanas que de mecs dans un club est bon pour le commerce. Ne se rendant pas compte que ce sont les hommes qui consomment plus et payent le plus de coups, le videur dublinois aura plus tendance à refouler sans raison toute personne dont le génome possède un chromosome Y.

Par conséquent, il y a souvent plus de filles que de gars dans les clubs. Il y a des gonzesses partout : au bar, sur la piste, aux toilettes des femmes donc et aux toilettes des hommes aussi, bien sûr. Forcément. Vu la queue qu'il y a aux latrines de ces dames, il est bien plus rapide de venir dans celles de ces messieurs. Les Dublinoises sont donc partout mais pas pour très longtemps. Il arrive toujours un moment dans la soirée où toutes les femmes disparaissent et il ne reste que des mecs. Comme si chaque pub avait un quai 9 ¾ d'où partirait un train magique, amenant avec lui toutes les représentantes de la gent féminine. Les emportant vers un pays merveilleux d'où elles ne reviendront que 7 jours plus tard. Abandonnant, pauvres fous, les hommes malchanceux.

Cet événement mystérieux semble toujours se produire quand vous vous absentez. Vous allez vous faire une clope dehors cinq minutes et quand vous revenez toutes les femmes sont parties. Il ne reste plus que les hommes. Attention, le paragraphe suivant va être très lyrique, sortez les mouchoirs.

Les hommes qui restent là donc, seuls. Bredouilles et malheureux. Avec leur échec. Leur fiasco. Leur bide et leur couteau. Avalant leur fierté et le fond de leur verre, ils quittent le troquet et oublient leur misère. Ils titubent, ils chancellent comme des âmes en peine, ils se frayent un chemin dans cette jungle urbaine. Lampadaires et poubelles deviennent leur copain. Et la moindre ruelle, leur salle de bain. L'est pas frais l'Irlandais à cette heure de la nuit mais tant bien que mal il retourne chez lui.

Et c'est là le dernier mystère de Dublin. Comment fait-on pour toujours se réveiller dans son lit?

Parce qu'il faut bien l'avouer, une virée nocturne dans Dublin se finit souvent dans le flou le plus total. On ne se rappelle pas toujours de tout. Une soirée dublinoise commence souvent par une pinte et se finit dans un verre à shot. Et plus la taille du verre diminue, plus les choses deviennent vagues.

Mais peu importe combien on peut boire, et combien de fois on peut dire bonjour au grand téléphone en porcelaine, on se réveille toujours dans son lit le lendemain. On peut passer une soirée au milieu de nulle part, dans un pub que l'on ne connaît pas, entourés d'inconnus qui vous payent des coups sans raison, et quand même parvenir à se réveiller chez soi quand vient le matin.

On n'aura aucune idée du pourquoi ou du comment, aucun souvenir du trajet. A-t-on marché ? Pris un taxi ? Peut-être est-ce Hagrid qui nous ramena sur son petit side-car ? On ne sait pas. Tout ce que l'on sait c'est que l'on se réveille toujours chez soi, l'?il vitreux et la gorge sèche, avec beaucoup de questions et très peu d'argent.

On dit souvent que les meilleures soirées sont celles dont on ne se rappelle pas ; dans le cas de Dublin, les soirées doivent être grandioses. Preuve, s'il en fallait encore une, que la ville est belle et bien magique.

                                                            *           *           *

Dans le prochain article je vous expliquerai pourquoi il est tout à fait normal que la lessive se trouve entre les nouilles et les biscuits dans les rayons des supermarchés irlandais.

Xavier Cambon (www.lepetitjournal.com/dublin) mercredi 22 juillet 2015

 

Retrouvez toutes les chroniques : http://www.lepetitjournal.com/dublin/communaute/humeurs

 

Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !
Suivez nous sur Facebook et sur Twitter

logofbdublin
Publié le 26 juillet 2015, mis à jour le 12 août 2016
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.

Flash infos