Édition internationale

TRAVAIL – Un ouvrier portugais décrit ses conditions de travail déplorables en Irlande

Écrit par Lepetitjournal Dublin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 3 mai 2016

Si les mérites de l'Irlande sont vantés partout en Europe pour ses performances économiques, on ne peut pas dire que les conditions de travail suivent toujours. Un ouvrier portugais venu travailler sur l'île d'émeraude dans un projet de construction de route en témoigne, décrivant la « prison » dans laquelle, avec ses collègues, il a vécu pendant près de deux ans.

1,5 millions d'euros d'indemnités

Felipe Figueiredo, âgé de 32 ans, est l'un des 27 travailleurs étrangers qui ont poursuivi en justice trois entreprises portugaises qui les avaient embauchés pour travailler sur la construction de la N7, route à quatre voies reliant Nenagh à Limerick. Le juge de la High Court David Keane a statué en donnant à Felipe Figueiredo et ses compatriotes le droit de toucher 1,5 millions d'euros d'indemnités, en plus de la déduction mensuelle de 520 euros que leur employeur, RAC Éire Partnership, a dû leur verser pour compenser leur hébergement sur place jugé « déplorable, voire dangereux ». Felipe Figueiredo a décrit à l'Irish Times comment ses collègues et lui-même logeaient dans de minuscules chambres de quatre places, avec des douches froides et sans avoir le droit de quitter ces locaux « glaciaux » durant leurs pauses.

Des journées de travail d'entre 12 et 13 heures

L'ouvrier explique les conditions dans lesquelles il est arrivé en Irlande : « Ils m'ont offert un travail ici, ils m'ont dit "On va te payer beaucoup mieux qu'au Portugal", alors j'ai accepté. Le jour de mon voyage pour l'Irlande ils m'ont donné un contrat que j'ai signé sur un siège de l'aéroport avant de monter dans l'avion ». On lui avait dit, comme aux autres travailleurs dans sa situation, que la nourriture, le linge, les transports et le logement seraient « pris en charge », mais ils ont vite compris que le coût de ces services seraient déduits de leur rémunération. Les ouvriers portugais, d'après Felipe Figueiredo, travaillaient entre 12 et 13 heures par jour, dont des journées de travail de 7 heures à 17 heures le samedi, à l'exception de deux semaines durant lesquelles le site avait été inspecté par une agence gouvernementale.

« Si tu meurs on t'amènera directement au Portugal »

Il témoigne de l'inquiétante indifférence de ses supérieurs : « Nous n'avions pas le droit de nous plaindre de quoi que ce soit. Je me souviens qu'un jour j'étais malade et je suis allé au bureau demander que quelqu'un m'emmène à l'hôpital car je me sentais vraiment mal. Ils m'ont dit "Aujourd'hui on ne peut pas, mais demain" » Il ajoute : « J'ai dit que j'allais peut-être mourir le lendemain, et ils m'ont répondu "Si tu meurs on t'amènera directement au Portugal, ne t'inquiète pas" ».

À leur embauche, les travailleurs portugais avaient le droit de se rendre en ville à Nenagh pour se sociabiliser et faire les boutiques quelques heures le samedi, mais ce droit leur a ensuite été retiré quand leurs employeurs ont découvert que certains de ses collègues avaient utilisé le minibus du chantier pour se rendre à une discussion sur le thème des droits des travailleurs, à Galway, début 2008.

« Je vivais dans une prison »

Felipe Figueiredo est rentré au Portugal début 2009, avec peu d'argent en poche mais un sentiment de liberté retrouvée. « Je vivais dans une prison. J'aime toujours ce pays, j'aime le temps qu'il y fait et ses fêtes, mais je vivais dans une prison », affirme-t-il. L'ouvrier portugais est content d'avoir touché cette indemnité, partagée avec les autres ouvriers qui ont porté plainte, mais qui ne représentent qu'une partie des 180 ouvriers employés sur le site. Cependant, selon lui, pour que la justice soit réellement rendue, ses anciens employeurs devraient être forcés à vivre un temps dans les mêmes conditions.

 

Timothée de Rauglaudre (lepetitjournal.com/dublin) Vendredi 1er avril

Crédit photo : daily sunny/Flickr

logofbdublin
Publié le 31 mars 2016, mis à jour le 3 mai 2016
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