

Laurent Girard-Claudon, co-directeur d'Approach People
(photo Approach People)
LPJ : Quelle est la situation du marché du travail en Irlande ?
Laurent Girard-Claudon : Depuis 2006, l'Irlande a perdu peu à peu de sa compétitivité au profit des pays de l'Est et du Maghreb. Les salaires de base ont été de plus en plus élevés. L'Irlande était le 2ème pays le plus riche en terme de revenu par habitant en Europe, après le Luxembourg. Le marché était en faveur des salariés car même sans les compétences requises, les gens étaient formés sur place. Mais le pays a perdu peu à peu ses avantages comparatifs. Le marché de l'emploi a changé radicalement en octobre 2008 avec la crise. En un an, le chômage a triplé.
John Murat : De nombreuses entreprises comptaient embaucher des centaines de personnes en 2009. Elles se sont rendu compte que l'activité ne serait pas là cette année. Le marché de l'emploi s'est réduit, notamment pour les Français. Les entreprises préfèrent désormais recruter des personnes qui sont déjà en Irlande plutôt que de recruter des personnes venant de France. Il y a une réduction des attentes en terme de développement commercial, donc en terme d'embauche. Les Français qui arrivent en Irlande ont aujourd'hui moins de chances de trouver quelque chose.
LPJ : Quels sont les profils des candidats ?
L.G-C. : Les candidatures de Français souhaitant s'installer en Irlande sont moindres. Nous recevons surtout des candidatures de personnes vivant déjà ici, bien que les gens aient plus peur de bouger. Il y a deux ans, une personne passait d'une société à une autre et gagnait 5000 euros de plus. Ce n'est plus le cas. Il y a quand même des créations de postes car les entreprises ont toujours des objectifs commerciaux de développement. Il existe aussi des demandes très spécifiques dont les compétences ne sont pas toujours disponibles ici pour le salaire proposé. On doit alors recruter en France.
J.M. : Auparavant, on recrutait selon un seul critère requis, souvent la langue maternelle. Aujourd'hui, il ne suffit plus de parler français pour trouver un travail. On ne peut travailler dans l'assurance ou le support technique si on n'a pas d'expérience. Les sociétés sont nettement moins flexibles et attendent le bon candidat. Les postes pour des personnes motivées et un peu expérimentées existent. Certaines sociétés continuent à embaucher, les sociétés de jeux vidéo par exemple, mais on en parle moins.
L.G-C. : Deux catégories de Français venaient en Irlande. Ceux qui débarquaient avec un anglais moyen, sans expérience. Grâce au système irlandais, ils ont pu se former, monter dans la hiérarchie et gagner de bons salaires. Les sociétés n'avaient pas besoin de nous pour recruter ces personnes. Notre agence a choisi de proposer plutôt des postes plus qualifiés, qui demandaient un peu d'expérience et un assez bon niveau d'anglais.
J.M. : Nous recrutons par domaine d'activité alors que les autres agences recrutent plutôt selon la langue parlée. Les clients viennent nous voir pour trouver un candidat spécialisé dans un domaine : commercial, service technique, comptable, ingénieur en informatique. Quelqu'un qui veut devenir expert dans un domaine doit passer chez un constructeur. Ensuite, il peut revendre ses compétences n'importe où. C'est une valeur ajoutée pour les candidats qui avaient peu ou pas d'expérience.
(photo Approach People)
LPJ: Qui sont les recruteurs ?
L.G-C. : Il y a deux Irlande et deux économies. Le marché domestique, celui des pubs, des restaurants, de l'immobilier, dépend de la consommation intérieure et va très mal. Les gens se sont arrêtés de consommer. Beaucoup de Français travaillaient dans ces secteurs. L'autre Irlande dépend du marché international et est le paradis des multinationales. L'activité européenne va jouer sur ces multinationales. Si la France repart, les services clientèles en Irlande vont repartir. Pour ceux qui sont en Irlande, il est possible de changer de poste mais en restant dans le même secteur, en support technique par exemple, et c'est recherché. On change de société mais plus de type de poste.
J.M. : Les sociétés vont prendre le temps d'embaucher et de former les personnes. Apple a des besoins en ce moment mais ils ne sont plus dans l'urgence, ils prennent leur temps pour chercher la bonne personne. Ils connaissent mieux les candidats aussi, l'équivalence des diplômes et les sociétés étrangères locales. Le marché européen va repartir, donc on est confiant. Les avantages fiscaux sont toujours intéressants pour les entreprises. La production part mais les services, notamment l'Internet, restent.
LPJ : Quels conseils donneriez-vous aux Français ?
J.M. : Quand on postule pour un emploi, il faut désormais bien travailler sa candidature et son entretien. Il est important de bien connaître l'entreprise, de préparer sa motivation et améliorer son anglais, en s'intégrant au maximum à la population irlandaise par exemple et ne pas rester au sein de la communauté française ! Mais il est clair qu'on ne peut plus changer de poste comme ça ! Une expérience similaire est un plus. Pour les Français qui ont déjà gagné une bonne expérience en Irlande, c'est le bon moment de rentrer en France ou en Europe pour saisir de bonnes opportunités. Par contre, ceux qui arrivent vont avoir du mal.
L.G.-C. : Il est conseillé de rester au moins deux ans en Irlande pour apprendre le maximum de choses sur un poste, bénéficier de formations et parfaire son anglais. Les entreprises préfèrent de toute façon embaucher pour du long terme. Pour ceux qui souhaitent rentrer en France, il y a vraiment des opportunités en or. Le fait de travailler dans des sociétés mondialement connues, de parler un anglais professionnel et d'avoir vécu à l'étranger est un gage d'expérience et d'ouverture d'esprit. Si on applique nos méthodes françaises aux méthodes anglo-saxonnes, on retient le meilleur des deux !
Catherine Legras (www.lepetitjournal.com/dublin) mercredi 3 juin 2009.
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