

Dans 6 jours, le monde entier se couvrira de vert pour célébrer l'Irlande et surtout sa bière ! Les touristes vont affluer à Dublin pour ne rien manquer des 5 jours de festivals mémorables, et Temple Bar se prépare à subir un véritable raz-de-marée. Mais alors quel est le rapport avec Saint-Patrick, l'évangélisateur de l'Irlande, qu'on est censé fêter ce fameux 17 mars ?
De Maun Succat à Saint-Patrick, la christianisation de l'Irlande
St Patrick, de son vrai nom Maun ou Maywen Succa, est né sur l'île britto-romaine (ancienne Grande-Bretagne). A 16 ans, il est enlevé par des pirates irlandais, qui le réduisent à l'esclavage. Captif pendant des dizaines d'années, il est berger pour un clan irlandais. C'est alors qu'il rencontre Dieu et trouve la foi. C'est d'ailleurs Dieu qui lui révèle dans un rêve comment s'échapper. Retourné en Grande-Bretagne, il devient prêtre et part se former en Gaulle (futur France) : l'Armorique (futur Bretagne), le monastère de St Honorat sur les Iles de Lérins, puis Auxerre. Là, il devient évêque et abandonne son nom de naissance pour le nom latin Patricius (un patricien est un noble romain). En 432, le pape Célestin demande à Patrick d'évangéliser l'Irlande. D'abord rejeté par les rois, celui appelé Padraig en gaélique parvient à convertir quelques princes, puis à établir le diocèse d'Armagh en Irlande du Nord, qui rayonnera dans toute l'île. L'évangélisateur meurt en Irlande le 17 mars 461.

Selon la légende, St Patrick, lors de son sermon sur le roc de Cashel, aurait expliqué aux Irlandais le concept de la Sainte Trinité, en se servant d'un trèfle : trois feuilles distinctes qui font partie d'un seul ensemble. Ce sermon aurait eu pour effet de chasser tous les serpents de l'île, comprenez que les croyances polythéistes celtiques, représentées par des serpents car sataniques, ont laissé place au christianisme. Plus concrètement, à la mort de St Patrick, plusieurs monastères très actifs sur l'île travaillaient à immortaliser les mythes, la généalogie et l'histoire orale de l'Irlande en la figeant sur papier. Et surtout, l'Irlande aura été christianisée en douceur, sans martyr.
Le 17 mars, une célébration religieuse
Par tradition, les Irlandais se sont alors mis à porter un trèfle à leur boutonnière tous les 17 mars, en l'honneur de St Patrick et de son fameux sermon. Finalement, au 17ème siècle, la fête de la St Patrick entre officiellement dans le calendrier liturgique catholique, et devient une célébration obligatoire. Elle est aujourd'hui célébrée à la fois par l'Eglise catholique, l'Eglise orthodoxe, l'Eglise luthérienne, et l'Eglise d'Irlande (anglicane). Cette journée est tellement importante pour les catholiques qu'ils sont autorisés à rompre leur jeûne de Carême le 17 mars. Depuis 1903, le 17 mars est férié en Irlande.

A l'origine, la St Patrick n'était pas jour de fête mais de piété. Au début du 20e siècle, une loi oblige même les pubs à fermer ce jour saint, car la consommation d'alcool devenait incontrôlable (cette loi est abrogée en 1970, à la plus grande joie des touristes et des Irlandais).C'est dans les années 90 qu'à lieu le grand tournant : le gouvernement irlandais décide de lancer une campagne pour associer la St Patrick à un festival. Le but : profiter de la popularité de cette fête dans le monde catholique pour promouvoir la culture irlandaise. C'est la naissance du St Patrick Festival : le premier à lieu le 17 mars 1996. Le but du gouvernement : donner à ce festival une renommée mondiale, pour créer une énergie productive et fructueuse à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, dans la communauté expatriée. Pari réussi : à l'origine sur une seule journée, il s'allonge progressivement pour atteindre 5 jours en 2006. En 2009, 675.000 personnes assistent à la parade dans Dublin.

Un succès fulgurant à l'étranger

Célébration nationale ou religieuse ?

Finalement, le 17 mars est une journée à double facette : la fête religieuse d'un côté, qui perd du terrain médiatique face à la fête gouvernementale, qui est un formidable coup marketing pour l'Irlande. Alors, quelle St Patrick allez-vous choisir ?
Audrey Lalli (www.lepetitjournal.com/dublin), Rediffusion
Crédit photo: mdid / Foter / CC BY







