Une salle de danse incendiée dans le Leitrim en 1932. Presque un siècle plus tard, son esprit revient sur scène avec The Devil’s in the Dance Hall, une création immersive où le public est invité à danser, écouter et revivre une page méconnue de l’histoire sociale irlandaise.


Une salle de danse, quelques airs de jazz, et une Irlande rurale qui découvre que bouger ensemble peut devenir politique. Avec The Devil’s in the Dance Hall, la danseuse, chorégraphe et folkloriste Edwina Guckian fait revivre l’univers des dancehalls irlandais des années 1930 dans une création immersive, musicale et franchement contagieuse.
En tournée dans toute l'Irlande, le spectacle ne se regarde pas seulement depuis un siège. Il se vit sur la piste. Le public est invité à entrer dans l’ambiance des bals d’autrefois, parfois même en tenue inspirée des années 1930, pendant que The Gralton Big Band remet en circulation swing, jazz, musique traditionnelle et danses sociales.
Le souvenir brûlant du hall de Jimmy Gralton
Pour comprendre le projet, il faut retourner dans le comté de Leitrim, à Kiltoghert, au début des années 1930. Un petit hall au toit de tôle, appartenant à James Gralton, militant communiste et syndicaliste, devient alors un lieu de musique, de danse, d’apprentissage et de débats. On y joue des airs traditionnels irlandais, mais aussi des rythmes venus d’Amérique, avec saxophones, jazz, foxtrots et quicksteps.

Dans l’Irlande de l’époque, ce mélange ne plaît pas à tout le monde. Pour une partie du clergé local, ces danses et ces influences extérieures représentent une menace pour l’ordre social. Le hall est attaqué à plusieurs reprises, avant d’être incendié le soir de Noël 1932. Gralton est arrêté, puis expulsé d’Irlande vers les États-Unis sans jugement puisqu'il a la nationalité américaine. Il demeure le seul Irlandais expulsé de son pays depuis l’indépendance.
L’histoire de Jimmy Gralton a d’ailleurs été portée au cinéma par Ken Loach dans Jimmy’s Hall, sorti en 2014 et présenté en compétition au Festival de Cannes.
Ce passé, Edwina Guckian ne le traite pas comme une simple carte postale nostalgique. Son spectacle cherche plutôt à retrouver ce que ces lieux représentaient pour les communautés rurales : un espace de liberté, de rencontre et de joie, à une époque où la vie sociale passait beaucoup par la danse.
Un spectacle où le public entre dans la danse
Dans The Devil’s in the Dance Hall, la frontière entre scène et salle s’efface vite. Edwina Guckian guide les participants, les musiciens lancent le bal, et les spectateurs deviennent peu à peu danseurs. L’idée est simple : ne pas seulement raconter les dancehalls, mais les faire revivre.

La démarche a aussi quelque chose de gentiment rebelle. Ces halls, souvent devenus au fil du temps des salles de bingo ou des espaces communautaires moins animés, retrouvent ici leur fonction première : faire se rencontrer les générations, faire se rencontrer les couples, faire rire les timides et rappeler qu’une piste de danse peut parfois dire beaucoup d’une société.
Pour Guckian, la danse n'est pas un détail folklorique. C’est aussi une manière de sortir de l’isolement, de rencontrer des voisins, de créer du lien. À l’heure où l’on parle beaucoup de solitude, y compris en Irlande, le message a un petit côté rétro, mais il tombe assez juste.
Trad, jazz et swing : une bande-son faite pour bouger
La musique est portée par The Gralton Big Band, un ensemble de neuf musiciens inspiré par les sons qui auraient pu résonner dans le hall de Gralton. Accordéon, flûte, violons, banjo, piano, percussions et cuivres se croisent dans une ambiance qui navigue entre musique traditionnelle irlandaise, jazz américain et swing des années 1920 et 1930.
Ce mélange donne au spectacle son énergie particulière. On reconnaît l’Irlande, mais une Irlande ouverte, curieuse, traversée par les sons venus d’ailleurs. Pas une Irlande figée dans le formol, donc. Plutôt une Irlande qui tape du pied.

Une date gratuite à Cork en Septembre 2026
The Devil’s in the Dance Hall est programmé gratuitement 18 Septembre 2026 au Cork City Hall. Vous devez néanmoins réserver vos places : https://www.edwinaguckian.com/the-devils-in-the-dance-hall/
Crédit Photos : Cían Flynn
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