Édition internationale

CARNET DE VOYAGES - Le couchsurfing, c'est chic 1/3

Écrit par Lepetitjournal Dublin
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

Le couchsurfing est un moyen original de voyager, de découvrir la vie des autochtones et de s'immerger dans leur culture. Une fois inscrit sur ce réseau social, vous pouvez vous mettre en relation avec d'autres couchsurfeurs pour ensuite aller dormir chez eux gratuitement. Lepetitjournal.com a testé pour vous le couchsurfing en Irlande afin de cerner un peu mieux la vie des habitants, irlandais ou non, et essayer de comprendre plus profondément la culture de ce pays. Premier épisode cette semaine chez Trevor, un anglais qui vit d'amour et d'eau fraîche dans le comté de Galway

Ce qui est bien avec le couchsurfing, c'est qu'on ne sait jamais sur quoi on va tomber. Un peu comme la boîte de chocolat de Forrest Gump. Trevor Stoddart, 63 ans, anglais originaire de Bath, m'attend à l'arrêt de bus de Loughrea, comté de Galway. Petit, chauve et bronzé, des lunettes de vue ronde à la Lennon, l'incisive droite qui lui manque laisse un trou béant dans sa mâchoire. Ce qui ne l'empêche pas d'afficher un large sourire. Il me fait monter dans son van, direction son humble demeure juchée au beau milieu de la forêt. Pas une habitation à des centaines de mètres alentours. ''Voilà le petit bout de terre que j'ai acheté une bouchée de pain il y a maintenant 17 ans'', m'annonce-t-il, impassible. ''Quelques amis et moi avons commencé à bâtir ma maison il y a trois ans sur des ruines, continue-t-il. Avant cela, je vivais dans un abri de trois mètres sur quatre avec mes 3 chiens... c'est le grand luxe maintenant!''.

couchsurfing
Aucune facture à payer
Cette baraque à deux étages n'est pas complètement terminée et il ne sait pas réellement quand elle le sera : ''Tout dépendra de mon temps et de l'argent pour me procurer les matériaux dont j'ai besoin''. Trevor travaille trois jours par semaine auprès d'handicapés et, en bon végétarien qu'il est depuis 27 ans, passe le plus clair de son temps libre à cultiver ses deux hectares de terrain : choux, carottes, pommes de terre, oignons, pommes etc.. ''J'aimerais pouvoir faire pousser plus et travailler moins, devenir auto-suffisant, se plaint-il. Mais j'ai besoin d'argent pour des dépenses courantes''. Il ne paie pourtant aucune facture. L'eau de pluie est récupérée puis chauffée à l'aide d'un poêle à bois et il utilise des toilettes sèches. Sa petite éolienne et ses deux panneaux solaires l'alimente en électricité. Aucune ligne téléphonique, simplement un portable à carte, et il se connecte sur Internet via un réseau communal gratuit grâce à une petite antenne sur le toit. Ses seules dépenses sont consacrées au fuel pour le van, les aliments qui lui manquent selon la saison et les matériaux de construction. Père de deux enfants, Trevor a fait toutes sortes de boulot en Angleterre avant d'être rattrapé par la récession britannique du début des années 90 et de perdre son emploi. C'est alors qu'il décide d'émigrer pour l'île voisine. Ce fan de cricket, dont il suit les matchs sur la BBC, ne doit rien à personne. Il mène sa vie comme il l'entend et surtout comme il l'a voulue. ''Je n'aurais jamais jamais pu faire tout ça en Angleterre. Les autorités m'aurait embêté, note-t-il. Ici la vie est plus simple, plus tranquille et les gens plutôt sympathiques''.

Un dauphin comme ami
Un mode de vie plutôt ascétique, on le reconnaîtra, mais pas monotone pour autant. Trevor a longtemps fait partie d'une chorale, joue toutes les semaines au badminton. Il reçoit de nombreux couchsurfeurs ou autres woofers - des voyageurs qui échange leur main d'?uvre agricole contre l'hébergement et le couvert - et prend soin de Maka, sa chienne qu'il affectionne particulièrement. Mais c'est une toute autre passion qui l'anime tous les samedis, et il la pratique en masque et tuba. Voilà maintenant huit ans qu'il s'est lié d'amitié avec Dusty, une jeune femelle dauphin, qui nage dans la baie de Galway, côté Burren. Ces instants n'ont pas de prix pour lui. ''Mes amis me demande souvent  si c'est une obsession ou une drogue... Je leur répond que c'est sûrement un peu des deux !'', rigole-t-il. Après une nuit paisible, Trevor m'emmène dans son petit coin de paradis qu'il tient à garder secret. ''Je ne peux pas te garantir qu'elle soit là'', m'avertit-il. Nous voilà devant l'océan, nos combinaisons nous donnent l'allure de pingouins. Personne. Puis au bout d'une quinzaine de minutes, un aileron sort de l'eau... Dusty est bel et bien là ! Il fait gris et l'eau n'est pas turquoise, mais je peux quand même l'apercevoir nager à quelques centimètres de moi telle une sensuelle torpille. Un moment inoubliable que j'ai eu le privilège de partager avec cet amoureux des animaux. Trevor est quelqu'un qui ne laisse pas indifférent. Attentionné, responsable, il inspire le respect dans une société qui consomme à outrance et qui ne se satisfait souvent plus des choses les plus simples. Je ne regrette pas d'avoir choisi ce chocolat parmi les milliers que la ''boîte couchsurfing'' renfermait. Surprenant, mais enrobé d'une douce humanité... et qu'est-ce qu'il était bon !

Clément Chassot (lepetitjournal.com/dublin) mercredi 16 juin 2010

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Publié le 16 juin 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
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