

En 1970, pendant la Saint Patrick, l'office du tourisme irlandais à New York afficha en vitrine un collage représentant des portes colorées de Dublin. Les passants, conquis, achetèrent tous une copie, et ce collage, « Doors of Dublin », devint tellement célèbre qu'il est désormais un des symboles de l'Irlande.
Pour comprendre pourquoi ces portes sont aussi colorées, il faut s'intéresser au Dublin géorgien et à son histoire. L'architecture géorgienne fait référence au style architectural des pays anglophones entre 1720 et 1840. Or, au 18ème siècle, Dublin n'était qu'une ville provinciale de l'empire britannique. Mais la haute société protestante réclamait à Londres plus d'autonomie, et de meilleurs conditions pour les catholiques. Cet esprit réformiste n'eut pas beaucoup d'effets politiques, mais il eut un fort impact économique. Dublin connut une croissance fulgurante, pour devenir la deuxième plus grande ville de l'empire après Londres. Les protestants dublinois, enrichis par la croissance, voulurent alors se construire de grandes maisons de style géorgien, au-delà des murs de la cité médiévale.
Le projet immobilier, géré par l'entreprise Fitzwilliam, consistait en une immense rue géorgienne, Merrion Street. La richesse de ces familles protestantes s'exprimait par des intérieurs richement décorés, mais elle était en quelque sorte masquée par un extérieur uniforme. Dans un souci de conformité, toutes les maisons se ressemblaient, et à l'époque, toutes les portes étaient de la même couleur !
Selon une légende dublinoise, l'origine de cette mode des portes colorées viendrait de deux écrivains, George Moore et Olivier St John Gogarty, voisins. Ces deux écrivains célèbres étaient connus pour être excentriques, et George Moore aurait peint sa porte en vert pour que M. Gogarty, qui rentrait chez lui ivre, ne confonde pas cette porte avec la sienne. Et inversement, M. Gogarty aurait peint sa porte en rouge pour éviter la même erreur lorsque George Moore était ivre. Ils auraient ainsi lancé une mode.

Mais cet héritage original a failli disparaître. Dans les années 1950, le Dublin géorgien fut en parti détruit pour faire place à des bureaux gouvernementaux. En effet, la politique de développement du gouvernement irlandais prévoyait d'effacer toute trace de la colonisation anglaise en Irlande. C'est seulement grâce au travail de pression de passionnés que le gouvernement a petit à petit pris conscience du potentiel touristique du Dublin géorgien, qui est désormais considéré comme partie intégrante du patrimoine irlandais.

Audrey Lalli (lepetitjournal.com/dublin) jeudi 13 août 2015 (rediffusion)
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