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Viviane Paturel, le bonheur dans la ferme...aux dromadaires

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 14/03/2020 à 19:11 | Mis à jour le 14/03/2020 à 22:08
viviane Paturel

Des histoires d’expat, c’est notre métier, on en écoute des dizaines, des centaines même, et elles ont toutes quelque chose de spécial, cet esprit d’aventure, cette ouverture au monde, une curiosité de l’autre et une envie de réussir en terre inconnue…Mais l’histoire de Viviane est unique, car non seulement elle est allée à la rencontre de ses rêves d’enfance, elle a fait preuve de ténacité pour sortir d’un chemin tout tracé et imposer une idée neuve en laquelle elle croyait dur comme fer, et aujourd’hui la voilà heureuse comme un poisson dans l’eau, ou plutôt comme un chameau dans le sable... Que fait Viviane? Eh bien Viviane murmure à l’oreille des dromadaires. Venez donc avec nous à la découverte de sa camel farm en plein désert.

 

 

Vous n’avez pas débarquée d’Europe pour atterrir directement dans une ferme de dromadaires, quel est votre parcours, qu’est ce qui vous a amenée à Dubaï ?

 

Je suis arrivée ici il y a près de 12 ans, en suivant classiquement ma carrière : je travaillais en Europe pour des parcs d’attractions et j’ai été débauchée ici pour devenir le directeur de projet du parc d’attractions « Six Flags Dubailand » qui n’a jamais vu le jour, comme cela arrive parfois : la société ferme boutique, on est en 2009 et c’est la crise

 

Mais vous décidez de rester ?

 

Oui contrairement à la grande majorité des personnes qui avaient été recrutées et se retrouvent du jour au lendemain avec leur valise à la main et beaucoup de rancœur, je décide que je ne vais pas laisser tomber et je vais rester, faire tout ce que je peux pour trouver une autre opportunité.

 

Dubaï vous avait convaincue, malgré ces débuts difficiles ?

 

Oui, c’est un endroit qui donne envie d’avoir envie (sourire), et que j’aime dans tous ses contrastes, aussi bien le cote mégapole du futur que le cote désert et vie bédouine…. A l’époque je trouve un poste super à Abu Dhabi ou pendant 4 ans je travaille sur les développements de Saadiyat Island, puis de retour à Dubaï d’autres projets encore, finalement Global Village ou je suis COO, et enfin une autre proposition liée à l’Expo 2020, qui semble super, sur le papier.

 

Mais un nouveau revirement ?

 

Disons qu’au départ il ne s’agit que de retard dans l’ouverture du poste, un mois, puis trois mois…Je n’aime pas l’inaction donc je m’attelle à des cours d’arabe intensif, c’est super parce que je n’aurais jamais eu le temps de m’y consacrer avant avec sérieux. Mais au bout d’un moment j’en ai assez de cette valse d’indécision… et je décide de passer au plan B.

 

Un plan B qui finalement devient le plan de votre vie ?

 

Oui on peut dire ça ! Disons que pour la première fois je me pose et je me demande ce qui profondément me plait, ce que j’ai vraiment envie de faire, moi. La première chose qui me vient à l’esprit ce sont les animaux.

 

Vous étiez une petite fille qui se rêvait vétérinaire ?

 

Hahaha oui je voulais être vétérinaire comme dans Daktari, j’ai d’ailleurs fait 2 ans de classes prépa Veto sans réussir le concours d’entrée à l’école vétérinaire. J’ai toujours été entourée d’animaux, j’adorais ça, j’ai vraiment un lien avec eux, et ce qui me plait ce n’est pas l’élevage, le dressage ou le côté médical mais vraiment cette intimité, ce lien, cette proximité. Par exemple enfant j’ai eu un tas d’animaux apprivoisés, un mouton et même un renard ! Un de mes plus beaux souvenirs reste une randonnée de deux jours en Camargue pour mes 18 ans… ou encore - vous allez rire - dans les années 90 lorsque ce film « City Slickers » est sorti (La Vie, l'Amour, les Vaches, un film américain de Ron Under Wood sorti en 1991 avec Billy Crystal) j’ai halluciné et je n’avais qu’une envie, faire la même chose !

 

Et ?...vous êtes devenue cowgirl ?!

 

Et bien oui ! En tout cas pendant une semaine en été : je suis partie avec une copine et on a convoyé à cheval 200 têtes de bétail ! J’ai adoré ça !.... Et puis bon, la vie, le travail, on oublie parfois ses passions de jeunesse, et là je sens que c’est le bon moment pour moi. Surtout que je suis depuis mon arrivée ici sous le charme du dromadaire, je trouve que c’est un animal fantastique, on le croirait issu de la préhistoire, et ils peuvent être d’une tendresse incroyable. Mais ici je me rends compte qu’il est malheureusement impossible à approcher…

 

C’est à dire ? Pas de zoo, de ferme ouverte pour aller à la rencontre de ces bêtes ?

 

Oui c’est ça. En réalité il existe 4 types de dromadaires aux Émirats : les animaux de course, les animaux de concours de beauté (comme ceux présentés au Al Dhafra festival), les animaux destinés aux fermes laitières, et les animaux d’agrément ou plutôt d’apparat social - la majorité des grandes familles locales ont une ferme, et dans cette ferme ils ont quelques dromadaires dont ils ne font rien : ils ne les montent pas, ne les font ni courir ni concourir, ils ont juste des dromadaires « parce que ça se fait ».

 

Mais en même temps ils n’ont pas ou rarement ce lien émotionnel auquel nous sommes habitués en Europe, que l’on peut avoir avec ses chevaux par exemple ?

 

En général … absolument pas : ils ne leur donnent pas de nom, ils sont juste des animaux anonymes, le moyen de dire à son voisin «moi j’ai 30 dromadaires ». Sauf bien sûr les exceptions - je ne connais pas tous les propriétaires de dromadaires des Emirats ! (rires), et bien entendu les superstars des concours, ou des courses de vitesse.

 

C’est alors que commence une longue campagne que vous allez entreprendre auprès de propriétaires fermiers pour leur faire comprendre votre point de vue : difficile de défendre un projet virtuel sur quelque chose de totalement nouveau dans la région?

 

Oui, j’ai un peu « prêché dans le désert » pendant un certain temps (rires) mais j’ai eu aussi la chance de tomber sur des personnes formidables, curieuses, ouvertes, enthousiastes… On me dit de commencer par le Sheikh Hamdan Heritage Center, et comme je n’arrive pas à les joindre au téléphone, je me rends sur place, et par chance la personne avec qui je parle adore mon projet et me fait rencontrer tout de suite leur CEO, qui a cette réaction géniale de me dire «  je ne sais pas encore comment, mais on va trouver le moyen de faire aboutir votre projet, car ça n’existe pas, c’est nouveau et ça me plait »

 

Une porte s’ouvre mais ce n’est que le début ?

 

Eh bien oui le chemin est long, d’autant que j’ai tout imaginé dans ma tête, je sais exactement ou je veux arriver mais concrètement je n’ai absolument aucune idée de comment vit, fonctionne et pense un dromadaire, ou encore moins une ferme de dromadaires !!! Par chance là encore je me retrouve en contact avec le propriétaire d’une ferme qui a en pension les dromadaires justement de l’Heritage Center, ceux qui participent au trek de 700 kilomètres entre Liwa et Global Village…Que je décide de faire.

 

Est ce que votre expérience de cowgirl vous a servi ?

 

Haha (rires) pas vraiment, le cheval et le dromadaires sont vraiment très différents…je fais un stage pour me former pendant 6 mois, on apprend tout : bâter, debâter, monter, descendre, soigner, savoir guider, courir etc.… on est sur la bête tous les après-midis, c’est difficile, les chutes sont spectaculaires et il y a beaucoup d’abandons, il faut aller jusqu’au bout et passer les sélections.

 

Donc quand finalement vous ouvrez « votre » ferme vous savez tout sur les dromadaires ?

 

Tout non, mais pas mal oui, je commence à bien les connaitre. Nous sommes ouverts depuis 14 mois et c’est vraiment ce que j’avais rêvé. Un endroit super respectueux des animaux, de leurs espaces et de leur rythmes : on ne reçoit qu’une famille ou un seul groupe scolaire à la fois, ce n’est jamais « l’usine ». En tout il y a une 50aine de bêtes, toutes de la région, des cailles, des daims, des chèvres, des ânes, des brebis etc.… Tous nos animaux ont un petit nom, on suit les naissances, on les soigne, on vit avec eux. Et ce que les gens viennent chercher c’est ça, cette expérience vivante, vraie…et les câlins ! J’ai remarqué que contrairement à leur réputation les dromadaires peuvent être très tendres, mais comme les humains ils ont leur caractère, certains le sont plus que d’autres. Ce sont ceux que je sélectionne pour les séances de camel hugging therapy, (la thérapie par le câlin camélidé, ndlr) un gros succès….mais j’avoue que c’est irrésistible, l’essayer c’est l’adopter ! (rires).

 

Vous avez donc réussi à offrir cette expérience, cette proximité, le contact direct avec des animaux heureux, cette intimité qui vous touche tant ?

 

Oui, je crois vraiment que nous y sommes : les visiteurs suivent leur guide pendant le tour, ils peuvent caresser, nourrir les animaux, on essaye de leur transmettre aussi un peu d’histoire, la place du dromadaire dans la culture bédouine, ce qui en fait un animal aussi extraordinaire. On ne vend rien, ni lait, ni sous-produits, ni gadgets, ce qu’on vend c’est de l’émerveillement et l’interaction avec l’animal, de la tendresse, la beauté…

 

Un  moment cocasse ou une aventure un peu folle qui vous est arrivé dans ces quelques mois d’existence ?

 

Alors il y en a eu plein…mais je crois que le plus beau de tout c’est ce Monsieur qui un jour débarque à pieds, en smoking, à la porte de la ferme... J’ai pensé avoir une hallucination, on est quand même au milieu de rien….je me suis dit qu’il avait du perdre son hélicoptère !!!! (rires) En fait il vient me demander tout gêné s’il peut réaliser le rêve de sa femme, qui adorerait se faire prendre en photo avec un dromadaire, et si possible avec un petit !…Passé le premier ahurissement je lui dit « pourquoi pas, prenons rendez-vous », et là il me répond : « mais non pas du tout, elle est déjà là on peut faire ça tout de suite ! » Et je vois sortir d’une voiture au loin une femme en ….robe de mariée !!! avec kilos de taffetas, voile et traine, et ainsi la photo fut faite : c’est un souvenir qui me fait sourire bien sûr, mais aussi que j’aime beaucoup, car les photos montrent vraiment que cette jeune femme est absolument ravie ! Et d’avoir pu lui faire partager ce petit moment, ça fait ma joie. J’ai découvert entre temps que nous avons un énorme succès auprès des instagrammeurs et des photographes qui viennent organiser des prises de vue à la ferme - privées (mariages ou autre) ou pour des magazines - coucher de soleil sur les dunes et dromadaires sont apparemment des ingrédients qui plaisent énormément (rires)!

 

Qu’est-ce que vous souhaiteriez de plus, quel est votre rêve pour votre ferme ?

 

Eh bien j’aimerais … ne pas trop grandir : rester à taille humaine, que les personnes qui travaillent à la ferme aient le temps et l’opportunité de construire ce lien sincère avec les animaux dont ils prennent soin, que je puisse préserver les animaux et leur bien-être tout en touchant un maximum de personnes. J’aimerais aussi développer les sorties : nous proposons de petits tours à dos de dromadaire pour les enfants, ou des sorties pour les adultes entre 30 et 60’, mais je suis en train de mettre en place des mini-safaris d’une demi-journée avec un pic-nic à l’ombre des arbres ghaf, une merveille ! Nous avons la chance de donner à l’arrière de la ferme sur une portion de désert magnifique - c’est vraiment une expérience incroyable : on est loin de la surconsommation de loisirs, ici c’est la lenteur, le calme, l’intimité, la contemplation, un rythme à l’opposé de celui de la métropole, ou même des sorties en quad ou en 4x4 …l’occasion de vraiment se vider la tête et se connecter à autre chose, quelque chose d’un peu magique.

 

J’aimerais aussi bien sûr de nouveau avoir un bébé à la ferme, un petit dromadaire, les naissances sont rares (13 à 14 mois de gestation) et puis je ne suis pas la propriétaire des bêtes, donc il faut aussi trouver un intérêt commun avec le propriétaire de la ferme, certains petits sont destinés à d’autres lieux ou « carrières ». Mais avoir un petit à la ferme c’est magique, bien évidement c’est irrésistible et c’est extraordinaire de voir les enfants interagir avec lui, oui, avoir un nouveau bébé ce serait un de mes souhaits les plus chers…

 

Pendant que nous parlons, Viviane reçoit le message qu’elle attendait : une petite chamelon toute neuve vient d’arriver à la ferme, les photos bipent sur son téléphone portable et son émotion est palpable, voilà une naissance fort attendue et à laquelle Le Petit Journal est très fier d’avoir assisté (même à distance) !

 

camel farm

 

 

Comment visiter la ferme de Viviane ?

 

Elle se trouve le long de la E77, entre Al Qudra et AL Ain, donc c’est une sortie de weekend très facile à organiser.

 

Attention : toujours prendre contact par téléphone avant pour fixer un rendez-vous, car Viviane organise des visites guidées en petit groupe et cherche à limiter le flux de visiteurs afin de préserver ses animaux, si vous arrivez sans rendez-vous vous risquez de vous voir refuser l’entrée si d’autres groupes ou familles sont arrivées juste avant.

Un point important donc à souligner dans les circonstances actuelles, jusqu'à modification des régulations, la ferme reste ouverte car une visite succède à l'autre, jamais simultanément, ce qui permet d'eviter la foule et la promiscuité.

 

Contact

Viviane 050 485 76 76

vivane@thecamelfarm.ae

Instagram #thecamelfarmdubai

Pour plus d'information 

 

 

 

 

 

 

3 Commentaire (s)Réagir
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Multicibles mer 13/05/2020 - 12:27

Merci à Marie-Jeanne Acquaviva de nous permettre de découvrir une formidable femme battante. Véritable symbole de la femme française.

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Viviane Paturel-Mazot mar 17/03/2020 - 11:32

Un tout grand merci a Marie-Jeanne qui a formidablement bien su decrire ma belle aventure pour arriver a ouvrir The Camel Farm a Dubai !

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Multicibles mer 13/05/2020 - 12:24

Merci à Marie-Jeanne de nous permettre de découvrir une formidable femme battante , véritable symbole de la femme française..

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