Vendredi 3 juillet 2020

Le "Dicorona" d’Olivier Auroy, un peu d’humour au temps du corona

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 03/05/2020 à 19:25 | Mis à jour le 04/05/2020 à 18:35
olivier Auroy

Entrez avec nous dans le monde fantaisiste, unique et surprenant d’Olivier Auroy, venez vous perdre dans les définitions de son « Dicorona », une sorte de galaxie pataphysique irrésistiblement divertissante et qui d’un tour de magie linguistique nous pousse à réfléchir en jonglant avec nos zygomatiques et nos neurones… Olivier est donc l’auteur - entre autre - du Dictionnaire du Corona, ou Dicorona, ce dictionnaire imaginatif de mots fabriqués par ses soins, inventant au fil des jours un vocabulaire qui n’existait pas, pour décrire ce qui n’était encore jamais arrivé. Si vous trouvez que vos voisins deviennent « jardingo » et que vous « procrastiquez » sans vergogne, le Dicorona est fait pour vous… et si cela vous semble du charabia, suivez-nous donc pour en savoir plus, et préparez-vous à rire franchement et être mordu par le virus (bien inoffensif celui-ci) du jeu de mots.

 

dicorona

 

 

Lepetitjournal.com/dubai : Vous êtes un ancien de Dubaï n’est-ce pas? Beaucoup ici vous connaissent de nom pour cet article « Derrière les apparences superficielles » paru dans le Huffington Post et qui s’efforçait - avec beaucoup de justesse - de transmettre un regard objectif, à la fois réaliste et humain sur les Émirats, et les expatriés qui y vivent.

 

Olivier Auroy : Oui j’y ai vécu presque 10 ans, entre 2005 et 2014, avec beaucoup de plaisir. Dubaï m’a beaucoup apporté. À mon retour en France je suis rapidement étiquetté, l’impatriation n’est pas évidente - comme le savent tous ceux qui sont passés par là. Il est très ardu, voire impossible de décoller les français métropolitains de leurs clichés. C’est un des points de départ de l’article mais avant tout de mon roman, Les meilleures intentions du monde (publié en 2011 aux éditions Intervalles, sous le pseudonyme de Gabriel Malika, ndlr)

 

Encore aujourd’hui le seul roman français se situant à Dubaï?

 

Oui tout à fait, encore aujourd’hui il a toujours ce titre (rires). Disons que j’ai vécu mon expatriation un peu comme vous - en tout cas comme ce que j’imagine de votre métier - en étant en contact avec le plus possible de personnes, en allant à la rencontre de tous et toutes avec beaucoup de curiosité et d’enthousiasme.  De retour en France donc j’ai la très nette impression que personne ne fait preuve de curiosité justement : ce que l’on veut, c’est faire coïncider - si besoin, de force - mon récit avec les clichés à l’emporte-pièce et les légendes éculées sur Dubaï : tigres blancs en laisse, hôtels de marbre, Ferrari en or massif, démesure folle et exploitation sans vergogne des ouvriers et des richesses naturelles. Encore faut-il avoir envie, ou à tout le moins un minimum de curiosité intelligente pour s’intéresser à la réalité derrière ces clichés, et le moins qu’on puisse dire c’est que peu en font preuve (rires). Reste que j’ai beaucoup d’affection pour ce roman, j’en ai écris d’autres depuis, mais celui-ci j’y suis très attaché : une part de moi, beaucoup de ma vie et de mes expériences ici s’y retrouvent. C’est un lien indéfectible avec Dubaï, et j’en suis heureux.

 

Vous êtes donc romancier mais surtout “onomaturge”, un petit cours d’étymologie pour nos lecteurs? Que signifie ce titre?

 

L'onomaturge est celui qui trouve les mots. Les mots pour raconter des histoires : créer des noms de marque, élaborer des stratégies de marque. Les mots pour donner des conférences, pour trouver des idées, écrire du contenu. C’est mon premier métier, que je pratique depuis la fin de mes études : après Sciences Po et le Celsa je ne sais pas trop ou me tourner, et je tombe sur une petite annonce énigmatique d’une agence de « création de mots » qui cherchait un stagiaire, j’y trouve une 20aine de candidats à qui, comme à moi, on donne la tâche de revenir avec un nom pour une marque de chaussettes d’enfants : j’ai pris mon carnet de notes et je suis allé écouter le babil des mamans et des petits à la sortie des maternelles… Mon travail a plu, j’ai eu le poste et je n’ai jamais plus quitté le métier.

 

D’où vous est venue cette passion pour la langue, le jeu de mots, l’anagramme, et le mot-valise ?

Il y a, c’est difficile à nier, un certain atavisme : Joseph mon grand père paternel était un champion de scrabble incroyable, il s’en servait d’ailleurs comme indicateur de santé, s’il faisait un score inferieur à 300 points c’est que « ça n’allait pas » (rires). Quant à Hermann, mon autre grand père, c’était un champion de mots croisés. J’ai passé beaucoup d’heures en leur compagnie à jouer avec les mots et j'en ai tiré une agilité mentale, presque une seconde nature : c’est vrai que je lis les anagrammes plus vite que mon ombre (rires).

 

dicorona olivier auroy

 

Au delà de votre métier, c’est cette passion qui vous pousse au néologisme permanent, vous inventez des mots comme vous respirez (enfin presque) ?

J’ai toujours aimé ça, définitivement, et j’ai largement autant de plaisir à trouver le mot, qu’à forger sa définition. L’arrivée du Corona a ouvert un champ infini des possibles : un phénomène totalement neuf et pléthore d’occasions d’exercer son ironie - les obsessions et les excès sont toujours un terreau fertile - son sens critique mais aussi d’insuffler un peu de poésie et de légèreté, quelque chose d’inoffensif et qui aide à sourire et à prendre un peu de recul face à un quotidien franchement sombre. C’est un phénomène qui agit vraiment comme un prisme au travers duquel toutes nos activités quotidiennes qui nous semblaient aller de soi et appartenir au monde de la banalité sont réécrites et transformées : manger, sortir, travailler, voyager… Je ne sais pas quelle autre occurrence pourrait avoir le même effet : une guerre ? Un bouleversement de l’univers ? Je ne sais pas. Et puis je me suis pris au jeu…

 

Quels sont vos mots préférés ? Que nos lecteurs qui n’auraient pas encore vu passer sur les réseaux une de vos publications se fassent une idée de votre travail :

Oui bien sûr, alors voici mes 5 favoris du moment… mais ça peut varier :

  • Alibido n.m. - 2020 : Absence de désir imputée au confinement. (Syn. Sexcuse)
  • Claustronomie n.f.-2020 : Cuisine de grand chef en petit appartement.
  • Moisif adj. - 2020 : Si désoeuvré qu’on finit par le sentir.
  • Se promiscuiter v. - 2020 : Se saouler en petit comité, dans un espace réduit.
  • Psychopâte n.m. - 2020 : Serial stockeur

 

dicorona

 

Quel est votre processus de création, avez vous une routine ?


C’est très variable : soit ils m’arrivent tout seul « boum », et j’ai l’image et le mot dans la tête, parfois pendant que je cours - très souvent d’ailleurs. Quelque fois c’est aussi en réponse à un cahier des charges : je lis un article, une actualité et je me dis qu’il y a matière à un nouveau mot, alors je fais des colonnes et je cherche, je fais des listes, ça vient en général très vite ceci-dit.

 

Avez-vous une limite dans le temps, est-ce que le Dicorona peut survivre au Corona ?

Je continue le même rythme quotidien jusqu’au 11 mai, puis sans doute je passerai à une publication hebdomadaire. J’aimerais bien entendu à terme publier ce dictionnaire, mais continuer à jouer : pourquoi pas une vignette quotidienne dans un journal pour commenter l’actualité à ma façon, un peu comme un dessin humoristique et satyrique, mais en jouant avec les mots…

 

Est-ce que vos lecteurs peuvent participer ? Comment faire ? 

Oui bien entendu ! Je reçois les propositions des lecteurs avec joie : il suffit de me contacter sur l’un ou l’autre des réseaux sociaux sur lesquels je suis présent (voir en fin d’article ndlr),  mais attention : pour la cohérence du projet je ne prends pas n’importe quel néologisme ou mot fabriqué, il me faut un vrai mot-valise, donc deux mots existant déjà, et qui s’accrochent l’un à l’autre par respectivement leur dernière et première syllabe.

 

Pour suivre Olivier et recevoir chaque jour votre dose vitale de Dicorona, voici ses pages sur les réseaux sociaux :

 

Instagram, Linkedin et Twitter (@olivierauroy)

 

Pour vous procurer son roman Les meilleures intentions du monde

 

Et pour lire l’article de fond sur Dubai dans le Huffington Post 

 

Enfin, quelques rappels pour ceux qui auraient un peu oublié leurs leçons sur les figures de style :

 

Une anagramme (le mot est féminin) — du grec ανά, « en arrière », et γράμμα, « lettre », anagramma : « renversement de lettres » — est une construction fondée sur une figure de style qui inverse ou permute les lettres d'un mot ou d'un groupe de mots pour en extraire un sens ou un mot nouveau. Par exemple avec « ironique » on peut écrire « onirique », avec un « cintre » on a aussi un « crétin », etc.

Mot-valise : Un mot-valise est un mot formé par la fusion d'au moins deux mots existant dans la langue de telle sorte qu'un de ces mots au moins y apparaisse tronqué, voire méconnaissable... Le mot-valise se distingue du mot composé et du mot dérivé par la troncation (abrègement de mots par la suppression d'au moins une syllabe).  Il se distingue également de l’amalgame sémantique  des éléments des mots d'origine, et par le fait que ceux-ci ne sont plus, par conséquent, immédiatement identifiables. Il peut également se distinguer par une lettre ou (de préférence) une séquence de lettres ou une syllabe commune aux deux éléments : la charnière de la valise. Le but du mot-valise est de faire un jeu de mots d'enrichir la langue. C'est un phénomène proche de l’orthographe fantaisiste.

Si ceux d’Olivier sont poétiques et pleins d’humour, il est probale que - comme Le Bourgeois Gentilhomme, vous pratiquiez le mot-valise sans le savoir : nous sommes nombreux ici par exemple à parler le « franglais », ou à avoir dans notre hiérarchie un « dircom »…

 

 

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