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FRANCINE LUTHI, Skills for Kids, au service des enfants autistes

Par Marie-Jeanne Acquaviva | Publié le 13/04/2019 à 16:30 | Mis à jour le 27/06/2019 à 09:20
Francine Luthi Skills for Kids

Les Jeux Olympiques Spéciaux viennent de se terminer et ils ont apporté un coup de projecteur sur toute cette population d’invisibles, justement appelés People of Determination, « les Résolus », et non plus réduits à leurs handicaps respectifs, nous montrant sur grand écran de quoi ils sont capables, et quels incroyables athlètes ils peuvent devenir.

Mais pour en arriver là quel parcours ? Comment faire ? Où s’adresser lorsque son enfant n’est « pas comme les autres » ? Bien sûr elle n’a pas de baguette magique et ne peut recevoir tous les enfants en situation d’handicap des Émirats, mais Francine, à la tête d’une école qui se veut presque comme n’importe quelle autre, faite pour ces enfants-là justement, fait des merveilles : c’est une professionnelle pleine d’empathie qui sait les prendre par la main et leur ouvrir le monde, au mieux de leurs capacités et en veillant toujours en absolue priorité à leur propre confort, leur sérénité, leur avenir. Rencontre passionnante et touchante avec une femme de tête, brillante, diplômée en psychologie, surdiplômée autant qu’elle est surinvestie dans sa cause, mais surtout avec une immense femme de cœur.

 

Lepetitjournal.com/dubaï : Qu’est-ce qui vous a amenée vers Dubaï et pourquoi la psychologie de l’enfant?

 

Francine Luthi : Je suis arrivée comme tant d’entre nous en tant que “femme d’expat” il y a 11 ans maintenant, enceinte et avec un enfant en bas âge. Je suis de par ma formation psychologue spécialisée dans le développement - les adultes ne m’ont jamais vraiment intéressée (rires). J’ai toujours pensé que l’impact que l’on peut avoir sur un enfant en souffrance est immense, que cela donne une chance de corriger ce qui peut l’être avant qu’il ne soit trop tard, que tout se soit rigidifié avec l’âge… que les portes se soient définitivement fermées, et une chance de se développer mieux, au mieux de ses capacités, ça n’a pas de prix.

 

Il y a dix ans est-ce qu’il existe déjà des structures d’accueil aux Émirats, un centre auprès de qui vous allez commencer à travailler?

 

Il y a dix ans donc, il n’y a rien, absolument aucune structure consacrée aux enfants handicapés, c’est un désert dans le désert (rires), mais on finit par me parler d’un endroit, un centre appelé “Stepping Stones” tenu par une femme, Vivian, qui deviendra une amie, qui accueille les autistes. Au début je suis réticente, c’est un spectre d’handicap et une population que je connais peu, je suis un peu effrayée par leur mauvaise réputation : c’est un handicap qui peut être lourd, difficile à appréhender etc. Je rencontre donc Vivian qui gère en parallèle un centre jumeau aux USA, et nous travaillons en binôme, c’est le seul centre de toute la région MENA, donc notre travail consiste à poser énormément de diagnostics, ce sont mes débuts et mon apprentissage de l’autisme et aussi de la région, de sa culture, de la façon dont la population locale envisage l’handicap, au sein des familles, de la tribu, de la société.

 

Qu’est-ce que vous découvrez donc ? Est-ce que la gestion du handicap diffère de ce qui est pratiqué en Europe?

 

Les mères sont partout les mêmes : lorsque naît un enfant qui semble “pas comme les autres” les réactions sont universelles, la peur, la panique parfois, l’incompréhension, parfois jusqu’au déni, et ensuite, lentement, graduellement, l’acceptation. Mais pour en arriver à l’acceptation, condition sine qua non qui permettra au parent de prendre les bonnes décisions, d’aimer et de faire grandir leur enfant au mieux, il faut aussi un environnement propice : dénué de jugement, bienveillant et capable d’apporter des réponses claires. Il faut une marche, une rampe sur laquelle s’appuyer. Si l’entourage familial - et ici en particulier un entourage souvent matriarcal, qui peut se montrer prompte à la critique et à la comparaison - ne soutient pas la jeune mère dans ce chemin, c’est extrêmement dur. Sans une écoute professionnelle, la douleur des parents peut être vraiment immense : à l’incompréhension s’ajoute la honte, la tristesse, la solitude, et parfois jusqu’au refus, ou à l’abandon : des cas extrêmes qui ne doivent pas provoquer de jugement scandalisé justement, et au contraire simplement faire comprendre la difficulté immense qu’il y a à affronter l’autisme de son enfant, tout seul.

 

Comment faire alors ? Où s’adresser ?

 

Ce que je viens de décrire n’est pas du tout un chemin obligé, bien au contraire. Chacun trouve son chemin pour arriver à l’acceptation : ce peut être la foi, la religion ou l’amour maternel pur et dur, et ici j’ai rencontré énormément de parents qui une fois qu’il ont franchi ce seuil symbolique du diagnostic et de l’acceptation sont prêts à tout pour aider leur enfant à se développer au mieux de ses capacités. Je dirais qu’à la différence de l’Europe où parfois les parents font preuve d’une grande méfiance vis-à-vis du corps médical, ici, si vous arrivez à gagner la confiance des parents, et en particulier de la mère - car dans la petite enfance et jusqu’à 12 ans, ce sont elles qui prennent toutes les décisions concernant leurs petits - toutes les portes s’ouvrent, dans tous les sens du terme. Ce qui est extraordinaire, car cela crée une ambiance de confiance absolue que l’enfant va ressentir : de la fluidité dans les rapports, de la sérénité, moins d’appréhension, un confort de vie et d’apprentissage accrus. Les bénéfices sont immédiats.

Et puis les parents ici sont avides d’apprendre, ils se forment sans hésiter, et feront si besoin aussi former leur personnel de maison, pour accompagner leur enfant au mieux.

 

Quelles sont vos méthodes, qu’est-ce que vous pouvez apporter ?

 

Comme presque tout le monde le sait aujourd’hui, l’autisme est un « spectre » c’est-à-dire qu’il regroupe un nombre important de troubles causant une série de handicaps et retards, voire d’impossibilités d’apprentissage très variés dans leur gravité. Aujourd’hui il existe toute une série de thérapies qui ont fait leurs preuves, qui ont un effet très concret sur l’enfant et son entourage, elles se fondent sur le trio gagnant Behavioral / Occupational / Speech and Language (thérapie du comportement, ergothérapie, et logopédie, ndlr).  Mais justement, c’est un univers de « thérapie » pure, c’est-à-dire qui demande un effort intense à l’enfant qui travaille en tête à tête avec le thérapeute, où le jeu gratuit (le jeu pour le plaisir du jeu, sans enjeux justement) et la socialisation, n’ont pas leur place.

Moi je voulais une structure non pas pour se substituer à ces thérapies qui sont essentielles, répétons-le, mais pour les compléter avec un espace où apprendre à vivre ensemble, à jouer ensemble, une structure de jour au fond copiée sur les écoles « normales » avec des maîtresses, des classes, un préau, des toilettes, une cantine, une salle de sport, etc.… Un endroit où ils puissent apprendre selon des jeux de rôles, en imitant des modèles et se former à un apprentissage social et pratique indispensable.

 

Combien d’enfants recevez-vous ?


En moyenne nous avons un groupe entre 10 et 14 enfants par jour. Certains cas sont plus graves mais d’autres (4 récemment) au bout d’un certain temps sont capables de retourner dans un circuit scolaire classique. Cela ne veut pas dire qu’ils ne reviendront pas chez nous régulièrement, ou qu’ils sont « guéris », attention : on ne guérit pas de l’autisme, mais on peut apprendre à vivre mieux, de façon plus douce, à vivre avec. Et puis il faut aussi dire que de vouloir à tout pris intégrer ces enfants dans une école classique est souvent un souhait des parents, un souhait tout à fait compréhensible : il rêvent d’un peu de normalité, de faire un peu comme tout le monde le school run du matin, que leur petit ait un uniforme comme les autres… moi je suis partisan en absolu et avant tout du bien-être de l’enfant. Pour certains c’est bien, c’est même souhaitable, ils vont prendre un peu de plaisir, profiter, se développer, apprendre en étant entourés et à leur rythme, pour d’autres, non : c’est une source de stress immense qui va à l’inverse bloquer leurs apprentissages ou même les faire régresser, et une fois une porte d’apprentissage ou de développement fermée à double tour il est très difficile de revenir en arrière. Il seront trop anxieux, et ne réussiront ni à gérer, ni à surpasser leurs blocages. Encore une fois, ce ne sont pas des enfants déprimés ou stressés, ce sont des enfants atteints d’une maladie du développement, non « ça ne va pas passer », et non « il ne suffit pas de les pousser ». C’est un équilibre délicat, et il faut avoir toujours le bénéfice de l’enfant, de cet enfant-ci et pas un d’un autre, à cœur.

 

C’est ainsi qu’est né Skills for Kids, en 2014 ?

 

Oui, c’est exactement ce que je voulais : un endroit agréable, accueillant, une villa avec jardin, lumineuse, et le titre dit tout : ce sont des enfants, ils ont besoin de soins, de thérapies certes, mais aussi de jeux, et d’apprendre des outils, des capacités qui leur seront utiles toute leur vie, comme les autres. Nous avons vraiment l’humain à cœur, rien ne remplace l’humain. Et puis nous travaillons aussi beaucoup pour nous faire connaître auprès des écoles, auprès des crèches, nous y envoyons aussi des logopédistes, des professionnels qui vont effectuer des évaluations, nous mettons en place des ateliers, des cafés entre parents… Il faut savoir que plus la détection et le diagnostique vont se faire tôt, meilleures sont les chances d’obtenir de bons résultats. Si un enfant passe « en dessous des radars » et que vers 7/8 ans il ne parle pas du tout, les chances de progrès sont minimes. Les premiers diagnostiques se posent jeune, parfois dès 18 mois, et dès le diagnostique, dès qu’on a franchi ce fameux seuil on met en place la thérapie (jusqu’à 30 heures par semaine quand c’est nécessaire) et l’apprentissage du remplacement : réduire des comportements qui sont inadaptés socialement en les remplaçant par des comportements qui le sont… Il faut savoir aussi qu’aujourd’hui, partout dans le monde, certains enfants grandissent dans des milieux familiaux où ils sont livrés à eux-mêmes, ce sont des enfants à qui littéralement personne ne parle… résultat, 20% des enfants de moins de 3 ans ne développent pas un langage adapté : c’est épouvantable, ils auront les mots peut-être, mais pas la fonctionnalité du langage, parce qu’on les parque devant une tablette avec des applications « éducatives », c’est un aberration ! Votre enfant vous demande une « tomme » au lieu d’une « pomme » vous allez le corriger en rigolant « mais non c’est une pomme mon amour, p comme papa, tiens, on va prendre celle-ci, la rouge ! », il va croquer dans sa pomme, vous aurez passé en 3’ par tout l’éventail de l’apprentissage, et sollicité son développement sensoriel, le goût, le toucher, la vision, la reformulation du mot, fait fonctionné ses muscles, sa mémoire, les associations de sons, de formes et de couleurs, vous l’avez fait rire, il a reçu de l’amour… voilà une interaction parfaite, l’enfant n’a pas besoin de plus, et certainement pas de tapoter tout seul des heures durant sur un écran où une tablette même si c’est une « app d’apprentissage des couleurs tellement cool » ! - vous l’aurez compris, les écrans pour les tout petits, c’est pas bon… (rires). Une digression pour vous dire qu’un enfant aujourd’hui qui ne parle pas à trois ans c’est tristement plus fréquent qu’on ne le pense, mais ça ne veut pas dire qu’il est autiste, d’où l’importance d’un réseau étendu de détection précoce et de personnes capables de poser un diagnostique sérieux.

 

Où vous imaginez-vous dans les prochaines années ?

 

Je ne sais pas ! (rires) J’ai énormément appris ces dernières années. Cet environnement multiculturel tellement enrichissant, un travail multidisciplinaire, des formations et des expertises multiples maîtrisées, oui j’ai énormément appris et en même temps j’ai aussi énormément appris à rester humble, à faire preuve d’encore plus de respect, devant ces famille et ces enfants.

 

Ma joie, elle, reste intacte, lorsque je vois un de ces petits qui d’un coup me regarde plein de confiance, ou qui rigole sur le toboggan, ou quand je vois comme le diagnostique et le plan de thérapie mis en place agissent comme une clef qui débloque toute une famille : oui on ne revient plus en arrière, le déni et les illusions qu’on se faisait sur « l’enfant rêvé » sont pour toujours balayés, mais la clarté fait du bien, et la clarté laisse la place aux progrès, c’est un cercle vertueux que je ne me lasse pas d’admirer.

 

Si j’avais un souhait ce serait de pouvoir faire grandir Skills for Kids, de pouvoir m’entourer encore plus, d’embaucher les meilleurs experts disponibles à la pointe des toutes nouvelles techniques et thérapies (c’est un champ d’étude en constante évolution)… En faire plus, toujours (rires)!

skills for kids

 

Pour rencontrer Francine ou plus de renseignements sur Skills for Kids cliquez-ICI 

+971 505504696

villa 81, Al Ferman Street (16B)

Jumeirah 3

 

Services proposés par Skills for Kids :

 

- Educational Day Program

- Speech and Language therapy

- Behavior modifications

- Social skills and Communications skills group

- Counseling

  • - Full Comprehensive Assessment (bilan)
  • - Teachers and parents training

1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Florence Reisch dim 14/04/2019 - 13:03

Magnifique article! Bravo Francine pour le bien que tu fais autour de toi!

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