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POLLUTION À DAKAR

Par Béatrice Bernier-Barbé | Publié le 16/02/2018 à 16:36 | Mis à jour le 22/02/2018 à 01:35
Photo : Stéphane Tourné
Pollution dakar

"Je pollue, tu tousses, elle suffoque !"

 

Où en sommes nous?

Aujourd'hui, toutes les grandes villes du monde sont touchées par la pollution, qu'elle soit dans l'air, dans l'eau ou dans la terre. Seul 12% de la population mondiale respire un air dit "sain", et malheureusement, à Dakar, nous ne sommes pas épargnés par ce phénomène mondial (en 2013, 2ème ville la plus polluée d'Afrique et 28ème au classement mondial). En 40 ans, la population dakaroise a sextuplé. Nous croyons, depuis tout petit, au grand nettoyage des Alizés en période fraiche, et à l'utopie d'une ville restée à jamais épargnée par la pollution. Aujourd'hui, nous avons grandi et sommes conscients de vivre dans une capitale où l'air sent les pots d'échappement, où les deux-roues ont appris à porter des masques, les automobilistes à utiliser la climatisation même en période fraîche, et où les pédiatres prescrivent à nos enfants dès leur plus jeune âge des anti allergiques et de la cortisone.

 

Des études américaines ont révélé en 2016 la présence de minuscules particules, liées à la pollution industrielle, dans le cerveau humain qui pourraient être responsables du développement de la maladie d'Alzheimer chez certains individus.

Une autre étude, effectuée en Inde, dénonce le risque élevé d'infertilité chez les hommes, suite à une exposition aux particules fines PM 2,5 (métaux lourds et hydrocarbures aromatiques polycycliques).

En Afrique Centrale et en Afrique de l'Ouest, ce sont 240 Millions d'enfants qui respirent un air 6 fois plus pollué que les limites fixées par l'OMS (contre 120 Millions en Europe et 620 Millions en Asie du Sud). Au Sénégal, entre 2 et 5% des naissances sont prématurées à cause de la concentration de ces particules fines dans l'air. De plus, beaucoup d'enfants viennent au monde asthmatiques.

 

Connaissez-vous le centre de gestion de la qualité de l'Air (CGQA) à Dakar?

Cet organisme assure la veille sur la pollution de l'air ambiant et fournit des rapports à l'État dans le cadre de la prise de décisions. Il évalue également les rejets de polluants à la source et favorise un observatoire de la qualité de l'air. L'échelle établie comprend 4 indices: "Bon", "Moyen", "Mauvais", Très Mauvais". Cinq zones de la presqu'île y sont répertoriées: Yoff, HLM, Bel Air, Médina, Cathédrale. L'objectif est d'informer quotidiennement les populations sur les niveaux de pollution à Dakar et permet également au corps médical d'établir ou non des corrélations entre la pollution et les maladies développées.

En 2016, le Ministère de l'Environnement et du Développement Durable Sénégalais émet un rapport sur le suivi de la qualité de l'air à Dakar qui met en avant la période de janvier à mars comme la plus polluée et celle entre juillet et octobre comme la plus saine. La pollution dakaroise est essentiellement due aux particules dont les origines sont naturelles et humaines. Sur l'ensemble de l'année 2016, 49% des PM10*** ont dépassé l'ancienne valeur limite recommandée par l'OMS, soit 21% au dessus du seuil fixé par la norme sénégalaise. Globalement, la qualité de l'air est bonne pour 58% du temps, elle est considérée comme moyenne pour 28%, mauvaise pour 11%, et très mauvaise pour 3% du temps annuel.

 

Pollution-Embouteillages-Voitures

 

Le transport routier et la qualité de l'air

C'est environs 350.000 nouveaux véhicules qui sont immatriculés au Sénégal chaque année. Autant dire que l'industrie automobile se porte bien. Le problème c'est qu'en 2009* déjà, 60% du parc avait plus de 10 ans et c'est plus de 10 Millions de déplacements journaliers qui rythment la capitale et ses habitants au quotidien. La même année, à Dakar, les émissions de monoxyde de carbone (responsable de nausées, vertiges, maux de tête, troubles cardiaques) étaient de 328kg par véhicule et par an (contre 52kg en Amérique et 135kg en Europe). De nouvelles directives ont ainsi été prises comme la recherche de l'amélioration de la fluidité du trafic avec la construction de nouveaux axes routiers ou encore la mise en place de nouvelles planifications urbaines. Diminuer les déplacements quotidiens de la population, c'est réduire le taux de pollution au Sénégal.

Le docteur Mamadou Fall travaille à l'Université Cheick Anta Diop, au laboratoire de toxicologie et d'hydrologie. En 2011, il émet un rapport concentré sur l'état de santé des commerçants du Marché Sandaga, au centre ville. Cette étude pilote vise à démontrer l'impact de la pollution automobile sur la santé de la population. Sur un échantillon de 76 marchands (majoritairement âgés de 20 à 30 ans, pour une fréquentation hebdomadaire de 6 jours sur 7 pour un temps de travail de 10 à 12 heures) 95% de ces commerçants développeraient régulièrement des maladies broncho pulmonaires (rhumes et bronchites) principalement dues aux émissions de moteurs.

 

Et côté mer ?

Nous sommes allés à la rencontre des riverains de la capitale pour qu'ils nous confient leurs impressions sur la qualité de l'eau. En hivernage (saison des pluies), ils se plaignent de  ressentir des gènes respiratoires comme des éternuements à répétition, des problèmes gastriques notamment après une baignade prolongée, et des allergies cutanées (plaques, démangeaisons, infections après des micro coupures, difficultés à cicatriser). Selon certaines sources les résultats d'études environnementales effectuées il y a deux ans par certaines ONG seraient alarmants. On trouverait aujourd'hui dans la mer une concentration importante de souches Escherichia Coli, Salmonelle et Choléra. Les trois sites les plus touchés seraient ceux de Cambérène, de Hann-Bel Air et de Soumbédioune où l'eau serait devenue impropre et dangereuse pour l'homme à cause d'une très forte anthropisation**. En ce qui concerne les Almadies, Ngor, la plage du Virage et celle de Yoff, elles oscilleraient, selon les périodes, entre une qualité acceptable et une qualité insalubre. Cet état serait accentué par les nombreuses évacuations sauvages des eaux usées directement en mer.

Un autre élément inquiétant est celui du taux de concentration de particules de plastique contenu en mer qui s'élève à plus de 5.000 Milliards de particules plastiques flottantes dans les océans, ce qui représente en poids à plus de 1.000 baleines bleues.

 

Pollution

 

Et côté terre ?

Connaissez-vous la décharge de Mbeubeuss ? Vous pouvez la contempler, vue du ciel, sur la photo que nous avons choisi pour illustrer cet article. Cette décharge sauvage et non balisée de 175 ha, ouverte en 1968, accueille exclusivement des déchets produits par la région de Dakar, soit 500.000 tonnes de déchets par an. Elle se situe dans la Commune de Pikine, soit 80 km2, avec 800.000 habitants dont 67% de moins de 25 ans et un niveau d'équipement considéré comme médiocre concernant la voirie, l'alimentation en eau potable, l' évacuation des eaux usées et pluviales.

Cette dernière affecte négativement l'environnement et le cadre de vie des populations de Diamalaye et de Darou Salam. 3.500 personnes travaillent tous les jours autour des activités de cette décharge : récupérateurs, acheteurs, revendeurs de matières récupérées. L'ensemble des puits utilisés pour l'eau de boisson à Diamalaye et dans la décharge est impropre à la consommation humaine car les sols sont contaminés par des métaux lourds et des microorganismes pathogènes. Pourtant, 2/3 des ménages de Diamalaye n'a d'autre solution que de consommer de l'eau des puits, contaminée au Mercure.

En 2008, à Thiaroye Sur Mer, c'est le quartier de Ngagne Diaw qui fait parler de lui dans la Presse : des dizaines de familles tombent malades et 30 enfants décèdent de manière surprenantes. Il s'avère qu'ils ont tous une forte concentration de plomb dans le sang. Après enquête, on découvre que la responsable de ces décès est une société non déclarée de recyclage de pilles et de batteries qui agissait dans l'ombre depuis deux décennies, et qui, de par son activité, a contaminé tout l'environnement de la Commune.

 

Qu'est-ce qu'on peut faire ?

Heureusement, des citoyens qui estiment que la protection de l'environnement est l'affaire de tous, refusent de voir ces phénomènes comme des fatalités et cherchent à sensibiliser la population à une conduite éco-citoyenne.

Nous parlerons aujourd'hui de l'initiative #Save Dakar qui, depuis un an et demi, dénonce, via les réseaux sociaux, les incivilités de la population dakaroise et les dysfonctionnements flagrants qui vont à l'encontre de la protection de l'environnement à Dakar. Grâce à une application mise en place depuis quelques jours et aux images postées sur Facebook, le collectif citoyen cherche à faire prendre conscience aux populations les impacts de la dégradation de l'environnement, "causés par un manque de citoyenneté et de civisme". L'objectif de Mandione, photographe et fondateur de Save Dakar, est d'éradiquer les maux de Dakar ; et pour lui "la solution sera humaine".

Nous citerons également le Collectif Dakar Éco-Citoyenneté, qui dans le cadre du Groupe des Femmes de Dakar (Dakar Women's Group), récompense les enfants et les jeunes pour leur créativité et leur engagement à garder un quartier propre et respecté de façon durable. L'objectif est "de développer la conscience environnementale et de préserver le quartier des déchets solides".

Nous parlerons de la société de transport Subito Taxi Dakar qui propose un service de taxis partagés interurbains, dans tout le Sénégal, depuis votre domicile; soit moins de véhicules sur les routes, moins d'émissions de gaz à effet de serre, et moins de pollution.

 

Rappelons que le 05 juin est la Journée Mondiale de l'Environnent et le 08 juin, celle des océans. A cette occasion, le Centre d'Information des Nations Unies et le Ministère de l'Environnement Sénégalais organisent une grande opération "Nettoyage / Set Setal" des plages du littoral, ouverte à toutes et à tous. L'année dernière, c'est 1 tonne de déchets qui ont été extraits des fonds marin, sans parler de tout ce qui a été ramassé sur la plage.

 

Cette liste reste exhaustive, mais si vous vous sentez concerné par ce sujet et que vous avez envie de vous engagez dans le processus de la protection de l'environnement et de ses habitants, nous vous invitons à faire quelques recherches sur le net afin de trouver les actions qui vous correspondront au mieux.

 

"Gardons sain notre environnement! Et protégeons-le!"

Donatien De Dieu Citundu Mayombo, enseignant et conseiller pour la RDC (1979).

 

Sources, définitions et références

 

Organisme CENTRE DE GESTION DE LA QUALITE DE L'AIR sous la Direction de l'Environnement et des établissements classés: www.air-dakar.org, contact: qualiteairdakar@gmail.com / 00.221.33.821.33.27 / 106, Rue Carnot- Dakar.

 

*Rapport du CGQA de 2009 sur le transport routier et la pollution de l'air.

**Anthropisation: la transformation d'espaces, de paysages, d'écosystèmes ou de milieux semi-naturels sous l'action de l'homme. Rapport IRD Dakar sur la Baie de Hann.

***PM10: particules en suspension dans l'air, souvent issues de combustions qui ne sont pas totales. Elles sont d'origines humaines (chauffage, véhicules, centrales thermiques, procédés industriels...) et naturelles. Elles pénètrent en profondeur dans les poumons et peuvent être à l'origine d'inflammations et de l'aggravation de l'état de santé des personnes atteintes de maladies cardiaques et pulmonaires. Elles peuvent également transportées des composés cancérigènes absorbés sur leur surface.

 

https://www.courrierinternational.com/article/sante-la-pollution-de-lair-sintroduit-jusque-dans-notre-cerveau

http://www.ipreunion.com/actualites-reunion/reportage/2016/10/31/pollution-300-millions-d-enfants-respirent-de-l-air-toxique,52147.html

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/grossesse/prematures-1-naissance-sur-5-liee-a-la-pollution_110685

 

Rapport Décharge de Mbeubeuss: analyse des impacts et amélioration des conditions de vie des populations de Diamalaye à Malika dans la banlieue de Dakar. 2011.

 

 

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