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Moutarou Diallo, professeur particulier de wolof à Dakar

Par Laure Solé | Publié le 03/04/2019 à 21:00 | Mis à jour le 19/07/2019 à 14:27
Photo : Moutarou Diallo, professeur indépendant de wolof à Dakar ©Laure Solé
Wolof Moutarou Diallo Cours Senegal Dakar Laure Solé

Moutarou Diallo est professeur indépendant de wolof sur Dakar. Il nous entretient des particularités de cette langue et des difficultés que l'on peut rencontrer à l'apprendre.

LPJ : Quel est votre parcours ?

Moutarou Diallo : Je suis originaire de Thiès et j’ai étudié à l’UCAD. J’ai fait deux ans en licence d’anglais malgré des gros problèmes de sureffectifs au sein de l’université. De retour à Thiès, j’ai cherché du travail dans une ONG américaine. Tostan m’a proposé un poste (“Tostan” vient du wolof : “éclore”). J’ai travaillé 2 ans pour elle puis je suis retourné à Dakar pour enseigner le wolof, le pulaar, l’anglais et le français.

J’ai également travaillé dans une institution américaine pendant huit années, puis je suis parti aux Etats-Unis dont je suis revenu en 2013. J’ai enseigné là-bas dans des universités, des écoles, au service culturel de la France à New-York… Aux Etats-Unis, les francophones perdent peu à peu leur langue au profit de l’anglais.

A Dakar, j’ai surtout enseigné le wolof dans des organisation gouvernementales et non gouvernementales, à l’Ambassade de France, à la délégation du Québec, à l’Agence Française de Développement. Je donne des cours à des nationalités très diverses : des Néo-Zélandais, des Belges, des Français, des Serbes…

Cela fait deux ans que je suis professeur indépendant. Je gagne mieux ma vie, je suis libre de mon organisation et je peux enseigner de la manière dont j’ai envie. J’aime le format des cours particuliers, car lorsqu’on enseigne à un groupe, cela peut parfois se révéler inefficace.

Quel est le déroulement d’un premier cours de wolof ?

Je commence toujours par la transcription car il y a des lettres spécifiques en wolof. Je prends trente à quarante minutes pour montrer les mots, les sons, qui n’existent pas en français ou en anglais. Le “c” se prononce “dch”, un peu comme dans “judge”. “Cossan” (culture) se prononce “tchiossan”. Il faut avoir des bases solides pour commencer à parler une langue. Cela permet aussi de dresser une première petite liste de vocabulaire. Pour faciliter l’intégration, j’essaie de trouver des ressemblances avec les langues de mes élèves. Si j’ai un japonais, un russe ou un serbe, je vais chercher un moyen mnémotechnique de sa langue pour se souvenir d’un mot ou d’une expression. En deux mois on peut apprendre le wolof si on travaille chaque jour, j’ai même un élève qui a appris en un mois… Mais il est vraiment très fort ! (rires)

Ce sont toujours des cours individuels ?

J’essaie de ne jamais donner des cours à des groupes trop importants. Certes, c’est bien pour pratiquer, mais pour apprendre c’est plus compliqué. Deux, trois personnes ça va, surtout si elles se connaissent, mais rapidement se pose le problème de la culture si les élèves ne sont pas originaires des mêmes pays. Les personnes s’agacent mutuellement assez vite. J’ai été formé à gérer ce genre de situation mais cela ralentit le processus d’apprentissage.

Quelles sont les difficultés majeures à l’apprentissage du wolof ?

La première difficulté est la prononciation, et juste après, la structure. Beaucoup d’élèves essaient de traduire littéralement la langue et se bloquent. Le japonais ressemble un peu au wolof dans la structure, le verbe est à la fin, comme en allemand aussi d’ailleurs. De plus, on ajoute des choses sur le mot pour préciser ce dont on parle, toujours comme en allemand. La plupart des langues africaines ont la même logique.

Les seules personnes qui ne progressent pas, c’est celles qui ne pratiquent pas : il faut leur donner des exercices de répétition, les pousser à aller vers les gens. D’autres vont le faire d'eux-mêmes. Cela dépend des situations, des personnalités, et de la disponibilité pour apprendre.

Les difficultés rencontrées sont vraiment individuelles et peu tributaires d’une nationalité. Cependant il est vrai que certains stéréotypes se vérifient. Les asiatiques sont souvent des bourreaux de travail par exemple, et acquièrent vite beaucoup d’aisance. Il m’est aussi arrivé qu’une guinéenne qui parlait pulaar ait plus de difficultés à apprendre le wolof qu’une américaine ou une néozélandaise. Pourtant, le pulaar et le wolof ont les mêmes structures.

Quels sont les motifs invoqués pour se lancer dans l’apprentissage du wolof ?

Cela peut être pour des raisons très variées. La curiosité, l’envie de mieux comprendre et d’intégrer le pays dans lequel on vit ou on séjourne. J’ai un élève qui est patron d’entreprise qui rencontrait de nombreux problèmes avec ses employés sénégalais. Dès le deuxième cours, j’ai vu qu’il y avait eu un déclic au travail. Apprendre une langue, c’est apprendre une culture, un système de pensée. Et pour les passionnés de la francophonie, c’est aussi l’occasion de voir ce que le français et le wolof se sont apportés mutuellement : par exemple, le wolof n’a pas de mot pour dire “une chaise”, ou “un tabouret”, le wolof a le mot pour dire “la chose qu’on utilise pour s’asseoir” mais cela peut être n’importe quoi, donc la “wolofisation” du mot chaise est “siis”, car le wolof n’a pas de “che”.

Pouvez-vous nous conseiller un ouvrage pour apprendre le wolof ?

Je n'utilise pas beaucoup de livres, mais surtout les méthodes de Peace Corps. Cependant, il existe un très bon ouvrage de Jean Léopold Diouf "J'apprends le Wolof".

Pouvez-vous nous indiquer quelques expressions utiles en wolof ?

"Noo far" veut dire : "on est ensemble", il y a aussi "Ndànk Ndànk mooy jàpp golo ci ñaay" qui signifie littéralement "c'est doucement doucement que l'on attrape le singe dans la brousse". Cela peut être comparé aux expressions françaises, "c'est en forgeant que l'on devient forgeron" ou encore "petit à petit l'oiseau fait son nid".
Il y a aussi "Lu bees ?" qui veut dire "quoi de neuf?". "Yaangi lekk sa xaalis !" signifie "Tu manges ton argent". Enfin, il y a les expressions un peu intraduisibles, telles que "Bégee waay" qui veut à peu près dire "Que le bonheur soit sur toi", "Ñoo ko bokk" qu'on utilise pour dire "de rien" mais qui signifie mot à mot "on le partage". "Nekkal ci jàmm" signifie "sois en paix".

Contact : Moutarou Diallo +221 78 161 27 03

lexique expressions mots courant wolof français

 

Pour aller plus loin, Nathalie Guironnet sur son blog Une vie en Afrique propose un petit lexique des phrases sénégalaises.

 

1 Commentaire (s)Réagir
Commentaire avatar

Dimo ven 31/05/2019 - 11:15

Monsieur Diallo a une bonne méthodologie d'apprentissage de la langue. La meilleure façon d'enseigner ou d'apprendre une langue est de miser sur la phonétique et la syntaxe. C'est plus efficace linguistiquement parlant. Malheureusement on a tendance à privelegier parfois l'approche grammaticale.

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