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Nathalie Guironnet, photographe et blogueuse, à Dakar depuis 2011

Par Gaëlle Picut | Publié le 22/01/2019 à 18:00 | Mis à jour le 23/01/2019 à 10:28
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Rencontre avec Nathalie Guironnet, photographe et blogueuse, à Dakar depuis 2011

Lepetitjournal.com : Quand es-tu arrivée à Dakar ?

Nathalie Guironnet : Nous sommes arrivés d’Ethiopie à Dakar en 2011.

Je viens d’une famille d’expatriés. J’ai vécu toute mon enfance en Côte d’Ivoire. Après mon bac, je suis partie faire 5 ans d’études en France, dans le sud-ouest, avant de repartir en 1997 à Abidjan. J’y ai rencontré mon futur mari qui y faisait son service militaire dans le service civil. Puis nous sommes partis au Sénégal 10 mois avant de retourner 18 mois en France, puis de repartir pour Mayotte (2002-2007), le Congo (2007-2008) et l’Ethiopie (2008-2011). A 44 ans, je n’ai vécu que 6 ans en France !

Quel est ton parcours ?

Je travaillais avant d’avoir les enfants (j’en ai 4). Puis je me suis occupée d’eux tout en continuant dans le secrétariat. En 2008, au Congo, j’ai ouvert le blog L’aventure congolaise, qui est devenu Une vie en Afrique en Ethiopie. Je me suis également mis à la photo. Mais c’est au Sénégal que mon activité de photographe s’est concrétisée.

Au départ, mon blog était destiné à la famille et aux amis. J’aimais bien écrire des articles sur notre quotidien. J’ai également beaucoup participé aux forums de voyage sur le site du Routard, je donnais des conseils sur le Congo puis l’Ethiopie. A l’époque il n’y avait pas grand-chose ! Mes articles sur mon blog et sur les forums étaient donc très lus et commentés. J’ai commencé en Ethiopie à faire un répertoire de bonnes adresses et de bons plans car les expatriés étaient perdus en arrivant. Nous étions alors très peu de Français (moins de 1 000, contre plus de 100 000 Chinois !). Je garde un très bon souvenir de cette période. Puis j’ai poursuivi le blog au Sénégal.

Quand on est arrivé à Dakar, cela avait beaucoup changé par rapport à mon premier séjour en 2000. Je n’avais pas beaucoup aimé à l’époque. On en parle beaucoup aujourd’hui mais en 2000 la mendicité des enfants était aussi ultra-présente, et j’en étais très choquée.

A mon arrivée je me suis tout de suite lancée dans la photo. J’ai pris mon appareil et je suis sortie. J’ai commencé sur le terrain, les photos de rue, les reportages documentaires (pour en savoir plus, voir son site). J’ai participé à des concours photos, fait partie d’un groupe de randonneurs photos (Sunu Nataal), travaillé pour quelques magazines ou ONG mais les places sont chères. Je me considère comme une "photodidacte" (c’est l’expression d’un photographe sénégalais dont j’apprécie beaucoup le travail), qui apprend au fur et à mesure des années.

Je m’intéresse tout particulièrement aux sujets sociaux. J’utilise la photographie comme un outil-mémoire et j’essaie de documenter la société sénégalaise. En essayant de rester le plus objective possible. Mon travail s’articule autour de l’Homme, mais aussi de la femme ; l’architecture, la mémoire urbaine et la religion sont aussi des sujets qui m’inspirent. J’ai ainsi réalisé des séries sur les pêcheurs, les éco-villages, les taxis de Dakar, le petit train bleu, les layennes et les lébous …

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© Nathalie Guironnet

Malheureusement au Sénégal, la photo est le parent pauvre de la culture. Les organes de presse ne s’y intéressent pas. Pourtant la photo est importante pour la mémoire, elle est une trace de ce qui a existé, de ce qui s’est fait….

Je participe également régulièrement à des expositions photos depuis 2013. J’ai commencé au Musée Boribana, mais j’ai aussi eu l’occasion d’exposer au Village des Arts, à la galerie Nationale, à la galerie Kemboury, à Gorée (dans le cadre de Regards sur cours), et de participer aux OFF lors des Biennales d’Art de Dakar, etc. J’ai été membre du groupe « Regards sur la ville », initié par Touré Mandémory, avant de rejoindre le laboratoire Agit’Art avec qui j’expose régulièrement.

Depuis 2017, je réalise également des lampes et des sets de table à partir de mes photos, ce qui me permet de financer les expos photos. On peut les trouver à la vente à Dakar à l’Atelier 6 et chez Ambre, mais aussi à L’Arty Show à Ngaparou .

En revanche, j’ai un peu ralenti le blog mais tous les articles et informations pratiques sont toujours en ligne. Il continue à recevoir entre 8 000 et 10 000 visites par mois. D’ailleurs, je recherche quelqu’un pour prendre le relais pour la section Sénégal car je vais probablement quitter l’Afrique de l’ouest l’été prochain vers de nouveaux horizons.

Quels sont tes coins préférés de Dakar ?

En tant que photographe j’adore Yoff Tonghor et Kayar pour le milieu rude de la pêche.

J’aime également beaucoup Gorée pour son patrimoine, La Médina et le Plateau pour leurs côtés artistique et architectural. Il existe de très jolies maisons anciennes. J’aime également flâner dans le village de Ngor.

Globalement, Dakar est une ville facile, avec un confort de vie. Mais c’est davantage une ville internationale qu’africaine, je trouve, à l’inverse d’Abidjan par exemple.

Et au Sénégal ?

J’adore Podor, et Saint-Louis (nous n’y allons plus que par la plage). J’ai aussi aimé le Sénégal oriental, la région de Kédougou notamment est très dépaysante.

J’aime aussi beaucoup faire des raids ou des courses d’orientation en 4x4, soit à la journée, soit en bivouaquant sur la plage. Nous sommes allés jusqu’en Mauritanie. Nous partons généralement avec le groupe « La Piste ensemble », lancée par Thierry Beraz, un bon ami. C’est une très belle manière de découvrir le Sénégal intérieur.

Qu’est-ce que tu apprécies le plus au Sénégal ?

Ce que j’apprécie le plus au Sénégal ? Sans doute la liberté qu’on a ici de pouvoir partir assez facilement où l’on veut, sans être bridé par un problème de sécurité, de langue, de confort… J’en ai souvent profité avec mes amies Mireille et Odile, on faisait des « petits voyages » dans l’intérieur du pays.

Egalement cette possibilité qu’on a de pourvoir créer sans préjugés. Et de pouvoir fédérer autour d’un projet des énergies multiples, artistiques, financières, morales. Avec mon amie Laetitia Kozlova nous avons présenté en mai 2018 dans le cadre du OFF de la biennale un concept d’exposition mélangeant ses créations sonores à mes photos imprimées et montées en suspensions lumineuses !

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© Nathalie Guironnet

Sinon, de façon plus générale, la culture, la société, l’art m’attirent davantage que les plages ou les paysages. Ce mélange de religion et d’animisme m’inspire également.

J’ai bien sûr noué ici quelques belles amitiés sénégalaises, autant dans le milieu artistique, que dans la société civile !  J’espère vraiment les conserver ! Je laisserai aussi de très bonnes amies françaises …

L’un de mes souvenirs les plus forts du Sénégal sera sans doute la nuit passée sur une jetée à pêcher avec un pêcheur (et à prendre des photos bien sûr !). A marée haute, une impression d’isolement totale, une expérience de dingue !

Site de Nathalie Guironnet et son blog Une vie en Afrique

 

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