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Les Tribulations du Toubab - N°2

Par Erwan Le Bihan | Publié le 01/07/2018 à 12:27 | Mis à jour le 01/07/2018 à 12:27
Autoroute

La route des ténèbres

« La valise va jusqu’à Madrid ? » me demande l’agent de la compagnie aérienne, alors que je la dépose sur le tapis roulant. « Jusqu’à Dakar » répond-je. Son visage affiche un large rictus : « oui enfin ça, c’est la théorie ». La couleur est donnée. Fort heureusement, je finis par retrouver mes bagages à la descente de l’avion.

on ne badine pas avec la réglementation

Parcourant de longs couloirs, dévalant les marches quatre par quatre, me voilà finalement agglutiné aux autres passagers dans les files qui s’étendent depuis les guichets des services de l’immigration. Des officiers, casquettes vissées sur la tête, font signe d’avancer. L’un des guichetier claque des doigts en me désignant : d’un ton lapidaire, il exige des explications quant à un tampon manquant. Sitôt, je me confonds en excuse, sous le regard intransigeant de mon premier interlocuteur. Finalement, l’argus, sentinelle zélée, consent à me laisser continuer mon chemin. Une fois passés les contrôles, je retrouve mon contact qui attend de l’autre coté d’un ruban-barrière. Habitué de la petite flibuste, je passe sous le ruban pour le saluer.

Je suis immédiatement repris par un agent : « hey mon ami, ça va ? ». Surpris, je bégaye un « oui et vous ? ». Mais ce n’est pas la question qui l’intéresse. « Pourquoi tu es passé sous la barrière ?». Mon contact me devance : « il était pressé de me retrouver » répond-il d’un ton doux et souriant. Grâce à son intervention, le fieffé coquin se décide finalement à abandonner les poursuites. Mon contact me confie par la suite : « tu sais ici c’est comme ça, c’est souvent le bordel mais le peu de règles ils les prennent au sérieux. Il faut toujours le dire gentiment, sinon ça monte très vite ». Somme toute, il s’agissait de deux leçons en une : ici la coutume veut que l’on s’informe de comment se porte son interlocuteur, même avec un parfait étranger. D’autre part, on ne badine pas avec la réglementation. Rapidement, nous sortîmes de l’aéroport, nous dirigeant vers son véhicule – il est 21h30 et la nuit est tombée.

7 milliard le kilomètre !

Dès les premières minutes, c’est la bousculade : l’un force le passage, nous dépassant, l’autre stagne, bloquant le passage. Finalement dégagé de la cohue, le véhicule s’avance sur la large route qui relie le nouvel aéroport à Dakar. Passant un péage, puis un autre, je me laisse conter l’Histoire de cette autoroute. « 7 milliard le kilomètre ! » m’affirme le conducteur. L’entreprise en charge des travaux, Eiffage, s’était rendue responsable de dysfonctionnements – notamment à l’endroit de son financement - qui eurent pour conséquence d’engendrer une vive polémique. Grisé par la fatigue, je laisse mon regard dériver sur le fil lumineux formé par la succession des lampadaires latéraux. Aux façades des bâtiments, jaunâtres et grises, se succède des sites en construction, des ruines, dans un ballet ininterrompu. La torpeur me gagnant, les formes se confondent et se mélangent, formant un ensemble onirique.

Tu sais, il y a peu, un chanteur connu est mort en percutant une vache

Alors que j’écoute son récit, soudain nous nous retrouvons dans l’obscurité. Une fois passé un énième péage, les lampadaires s’étaient raréfiés, jusqu’à disparaître. Sur la route, les limitations de vitesses sont allègrement violées par des cohortes de 4x4 rutilants. C’est un torrent de tôles et d’acier brûlant qui défile à pleine vitesse dans la nuit. Or, l’autoroute flambant neuve traverse de façon sauvage la périphérie : la ville semble pourfendue par la voie, sans considération pour les quartiers préexistants. Sectionnées de façon arbitraire, les artères de ces quartiers laissent entrevoir les entrailles de la banlieue, dont les ruelles semblent amputées à hauteur de l’autoroute.

Dans le noir quasi-total, aveuglé par les pleins phares de l’autre côté de la voie, on peine à distinguer les silhouettes spectrales, mais aussi de petits troupeaux, qui traversent la route au péril de leur vies. Le conducteur est alerte, guettant le moindre signe d’un obstacle dans le noir. « Tu sais, il y a peu, un chanteur connu est mort en percutant une vache » évoque-t-il. Mais selon lui, l’incident n’a pas suffi à entraîner une réaction réelle des pouvoirs publics. Quelle drôle de route, me dis-je, quel drôle de pays.

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