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Les Tribulations du Toubab - N°1

Par Erwan Le Bihan | Publié le 18/06/2018 à 16:00 | Mis à jour le 26/06/2018 à 18:17
Photo : Stéphane Tourné
Chronique-tribulation-toubab-Erwan-Le-Bihan

Prologue : Le poids de la légende

Une pluie battante s’abat sur la fenêtre de mon appartement, dont les ruissellements dessinent des arcs et des courbes, se croisant, se mêlant, formant une colonne qui s’abat bruyamment sur le sol de la cour intérieur. Les yeux fixés sur l’écran, je fais tourner frénétiquement la molette de la souris, faisant défiler les colonnes d’un tableau interminable. Celui-ci est rempli des contacts, auprès desquels je mène depuis plusieurs semaines une lutte acharnée pour décrocher un stage. Quand soudain, inespérés, les mots tombent : « votre candidature m’intéresse ».

En Afrique, sérieux ?  Ah bah t'as pas peur ! 

« Dakar… » me dis-je. C’était tout à fait inattendu. De mes dernières semaines de démarches, je gardais la saveur amère de longues journées passées à écumer les offres de stages, à solliciter des employeurs lassés par la procession annuelle des quémandeurs. Aussi, c’est de façon tout à fait providentielle que m’apparut cette réponse. Toutefois, mon enthousiasme, mes camarades ne le partageaient guère – « en Afrique, sérieux ? », « ah bah t'as pas peur ! ». Les fringants freluquets, qui s’étaient auprès de moi enorgueillis de leurs opportunités – dans les institutions en particulier – regardaient mon projet, au mieux avec une esquisse de sourire, au pire avec un franc dédain.

j’avais été depuis l’enfance baigné dans l’idée que la découverte du « vaste monde » était une condition si ne qua non de l’épanouissement

Je trouvais du réconfort auprès de quelques autres qui, tenant plus du troubadour que de l’agent ministériel, avaient entrepris à mon égard une éloge débridée de « la découverte », « de supers expériences ». Comme eux, il faut dire que j’avais été depuis l’enfance baigné dans l’idée que la découverte du « vaste monde » était une condition si ne qua non de l’épanouissement. Or, il s’avère que ces mêmes ménestrels, bien souvent, passaient les frontières sans jamais changer de milieu. Volant d’un aéroport à l’autre, passant d’un îlot à l’autre au sein de « l’archipel mégapolitain mondial », ils participaient d’un entre-soi bien urbain.

La légende noire, évidement [...] Mais aussi, à l’inverse, la légende rose...

Dès lors, je ne pouvais que constater le poids qu’exerçait sur mon projet la légende qui entoure le Sénégal – et plus vastement l’Afrique. La légende noire, évidement, qui accrédite l’idée de régions ensauvagées, de peuplades hostiles et d’une altérité irréductible. Mais aussi, à l’inverse, la légende rose, qui sanctifie l’idée d’un continent immaculé, pur de toutes les influences néfastes de la modernité occidentale. Alors que l’on sacrifie trop souvent la complexité du monde social sur l’autel de la facilité, votre serviteur se propose ici de vous livrer un récit de son expérience à Dakar, un témoignage, avec pour ambition de se départir des jugements de valeurs qui – trop souvent – occultent la réalité des sociétés.

Aussi, cette Histoire est d’abord le produit d’anecdotes, d’impressions, d’odeurs, de détails, parfois crus et triviaux. C’est sous la plume de Chateaubriand que l’on trouve ces quelques mots : « Un voyageur est une espèce d’historien ; son devoir est de raconter fidèlement ce qu'il a vu ou ce qu'il a entendu dire ; il ne doit rien inventer, mais aussi il ne doit rien omettre ». C’est précisément à cet exercice que je compte me plier, sans rien inventer, sans rien omettre.

 

2 Commentaire (s)Réagir
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MHN mar 19/06/2018 - 11:01

Bonjour, Quelle belle publication. Ne seriez-vous pas le fils caché de Olivier SEROT ALMERAS, Consul de France à Dakar ? Bonne journée

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ELB mar 19/06/2018 - 15:17

Hahaha ! Merci pour votre commentaire, toutefois je n’ai pas cet honneur ;) Amitiés

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