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La loi contre les violences faites aux femmes divise le Maroc

Par Adrien Filoche | Publié le 19/02/2018 à 16:24 | Mis à jour le 26/05/2018 à 10:00
loi 103.13, violences, femmes, Maroc

Mercredi 14 février, le Parlement marocain a adopté une loi pénalisant les violences faites aux femmes. Le nouveau texte incrimine pour la première fois « certains actes considérés comme des formes de harcèlement, d’agression, d’exploitation sexuelle ou de mauvais traitement ». Pourtant, la loi 103.13 ne fait pas l’unanimité… 

 

« Enfin, ce projet de loi 103.13 a été définitivement adopté par la première Chambre en deuxième lecture », s’est félicité Basima Hakkaoui, ministre de la Famille ayant porté le projet. Pourtant, peu après sa promulgation par le Parlement marocain, la loi a immédiatement suscité l’ire de la société civile et des associations féministes marocaines. 


Un texte insuffisant ? 

Une loi « qui ne protège aucunement les femmes ». C’est le sentiment profond d’Ibtissame Betty Lachgar, porte-parole de l’association féministe marocaine M.A.L.I (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles). Si le texte apparaît comme un rempart trop fragile pour protéger les femmes marocaines, il semble aussi trop frêle pour endiguer le flot de critiques. Premier reproche, l’absence de mention du viol conjugal. « Alors que les relations sexuelles entre personnes adultes consentantes hors mariage sont interdites dans le Code pénal, cette loi ne criminalise par le viol conjugal », poursuit la militante. L’association M.A.L.I a répondu en organisant le 14 février, jour ‘’heureux’’ de la Saint-Valentin, une campagne visuelle cherchant à prévenir contre les viols conjugaux. 


Interrogée par Jeune Afrique, Nouzha Skalli, militante pour l’égalité des sexes et ex-ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité fustige aussi cette loi. « Elle ne modifie que quelques articles du Code pénal, alors que celui-ci reste fondamentalement basé sur des concepts obsolètes, comme l’atteinte à la pudeur publique ou la pénalisation des relations sexuelles hors mariage ». Selon elle, cette avancée n’en est pas une. 

 

Le Maroc et ses vieux démons

Bus. Casablanca. Rappelez-vous. En août dernier, une vidéo diffusée en ligne montrant une femme de 24 ans agressée sexuellement en pleine journée à l’arrière d’un bus à Casablanca a fait bondir la Toile. Les harceleurs, quatre jeunes hommes, agissent librement sans aucune réaction de la part du chauffeur. « Vu comment elle est habillée, elle ne peut s’en prendre qu’à elle-même », commente un internaute sur Facebook. 
Ces actes, isolés, mais pourtant répandus, sont révélateurs des lésions qui fractionnent la société marocaine. Selon une enquête de 2009 publiée par le Haut-Commissariat au plan (HCP), organisme de statistiques du Maroc, 40,6 % des femmes sont victimes au moins une fois par an d’un acte de violence dans les lieux publics. 
Le Maroc, pays ouvert de l’islam tolérant reste rattrapé par ses vieux démons. Et pour rappel, jusqu’en 2012, le mariage d’un violeur à sa victime dépénalisait le crime au Maroc. La loi sera seulement abrogée après le suicide de la jeune Amina Filali. Une abrogation qui n’empêche pas les mentalités de rester cloisonnées. Le pays n’échappe pas à un problème qui concerne de nombreuses sociétés : il existe bien souvent un fossé entre un texte législatif, son application et les mentalités…

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Adrien Filoche

Étudiant en Mastère de Journalisme spécialisation Internationale à Nice, je suis depuis janvier 2018 au sein de la rédaction de Paris du petitjournal.com
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