Édition internationale

JEF AEROSOL - Pionnier de l'art urbain en France

Écrit par Lepetitjournal Buenos Aires
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 8 février 2018

Les habitants de Barracas et autres curieux en transit sur l'Avenida Suarez passeront désormais sous le regard un brin impertinent que leur jette par-dessus ses lunettes le rockeur Luis Alberto Spinetta. Jef Aérosol, artiste français depuis plus de 30 ans, a rendu hommage au musicien mythique à travers l'un de ses pochoirs qui ont fait sa célébrité. L'occasion de connaître l'artiste de passage en Argentine.

Au-delà de la carte postale

Invité par l'Ambassade de France à venir jouer de la bombe sur les murs porteños et de Patagonie, Jef Aérosol s'est produit auparavant au centre de Recoleta où il a fait au pochoir un gaucho et un couple dansant le tango. Il explique son choix : "Le tango, le gaucho ce sont des images que je souhaitais faire, par exemple le tango c'est bien plus que la carte postale. Justement ce qui est touristique, cliché, c'est qu'il y a une raison, cela signifie qu'au départ c'est populaire". Jef s'est penché sur l'histoire du tango qui a connu le mépris avant d'être réhabilité récemment. Il  reconnaît  une certaine attirance pour le jeu des attitudes, les subtilités qui font l'essence de la danse langoureuse. Cela correspond également à une démarche propre à l'artiste : il rend hommage à Woody Allen sur les murs de New York, peint une geisha et un sumotori au Japon. "Pour moi, lorsque je peins sur un mur d'une ville que je ne connais pas, dans un quartier de gens qui ne me connaissent pas, si je viens leur imposer une ?uvre qui est sans aucun rapport avec leur centre d'intérêt, je trouve cela un peu violent".

Pour le mur de Barracas, le choix de Spinetta s'est fait selon ce principe. Le rockeur argentin décédé l'année dernière fait l'unanimité auprès des Argentins. Surnommé El Flaco, le chanteur, compositeur, poète, considéré comme l'un des fondateurs du rock argentin a interpellé le pochoiriste français. "J'ai réalisé qu'il y avait des éléments dans ce personnage, dans ce qu'il a fait, dans sa façon de s'exprimer qui m'interpellaient, et déjà il avait une tronche et une allure", explique-t-il.

L'institutionnalisation du street art balayé d'un revers de main

Etiqueté comme artiste de street art, Jef Aérosol n'est pas forcément à l'aise avec  ce genre de dénominations. Depuis son premier pochoir en 1982, il ne se considère pas forcément comme membre dudit mouvement, au contraire, il prend ses distances. "Je faisais des pochoirs dans les années 90, nous étions assimilés au graffiti et au tag, nous n'avions plus de places dans la rue et de plus nous étions associés au vandalisme parce que nous avions le même outil, le même support". Selon lui, le critère d'illégalité qui consacrerait le street art comme mouvement rebelle est un non-événement. "Ce n'est pas parce que je vais passer dans la rue et que je vais savoir que la peinture a été faite sans autorisation que je vais la trouver plus intéressante qu'une image faite avec autorisation", affirme-t-il. "Qu'elle soit dans la rue, qu'elle soit sur une toile, qu'elle soit faite à la bombe, faite au pinceau, etc , l'important d'une image c'est qu'elle m'émeuve, qu'elle me touche".

L'émotion comme fil directeur

Ici se trouve l'idée au c?ur de la démarche de Jef Aérosol : l'art a pour but de donner à ressentir. En clair, l'art au-delà des étiquettes que l'on peut lui apposer, a pour principal moteur l'émotion ressentie "pour un passage de trois notes, une image qui marque à vie". S'engageant sur les pistes d'une réflexion sur les arts, Jef Aérosol voit dans l'acte de création le partage d'un sentiment difficilement transmissible par les mots. "Je ne refuse pas de parler de ce que je fais, on peut vite tomber dans un mépris ou un élitisme", commente-t-il. Les mots font toutefois souvent défaut. L'interprétation est libre mais idéalement ne devrait pas laisser de marbre, là réside l'essence de l'art : émouvoir. Et de terminer sur une pointe de lyrisme. "Quand tu sors d'un film, tu n'as qu'une envie, c'est de ne parler à personne; de même pour la dernière page d'un livre", poursuit-il, "tu n'essayes même pas de redescendre pour aller dîner avec ta famille, parce que tu viens de vivre une expérience qui te ne laisse pas indemne, ce n'est pas les mots dont tu as besoin, tu n'as surtout pas envie de paraphraser ou de trouver des mots pour exprimer l'émotion que tu as ressenti, tu la gardes en toi, tu as envie de la partager avec des gens qui ont vécu des choses similaires mais souvent il n'y a même pas besoin de mots pour le dire"? En définitif, l'art comme expérience intime et propre à chacun.

Texte de Antoine Duriez et photos de Christophe Apatie (www.lepetitjournal.com de Buenos Aires) Mercredi 6 Mars 2013

Cliquez pour consulter plus de photos de Jef Aérosol à Buenos Aires 

lepetitjournal.com Buenos Aires
Publié le 6 mars 2013, mis à jour le 8 février 2018
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.