Édition internationale

SERIE, la télévision argentine - Les émissions à scandale, exhibitionnisme bon marché

Écrit par Lepetitjournal Buenos Aires
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 9 janvier 2018
Elles sont légion sur les écrans argentins. Ces émissions réutilisent des extraits diffusés sur des chaînes concurrentes, en créant des polémiques sur les déclarations et les relations du petit monde de la télévision. Degré 0 de l'information, elles ont pourtant beaucoup de succès

(Intrusos en el espectaculo / DR)
Jeudi, 22 heures sur la chaîne Canal 13 : c'est la finale de Bailando por un sueño (Danser pour un rêve), l'émission conduite par l'animateur argentin le plus populaire, Marcelo Tinelli. La couple composé du danseur Nicolás Armengol et de la mannequin Carolina Ardohain, mieux connue sous le surnom de Pampita, l'emporte. Mais après le spectacle, le spectacle continue ! Cette finale alimente, dès le lendemain matin, les émissions dites « de scandale » qui répétent en boucle les images du mannequin. Toutes sortes de personnages de l'univers du spectacle sont invités à donner leur avis sur cette victoire. La place accordée par ces émissions à ce show est impressionnante : il est considéré comme l'évènement le plus important de l'année !

Des miroirs à bas budget
Les « émissions à scandale » sont proposées par presque toutes les chaînes de la télévision argentine en matinée ou dans l'après-midi. Elles fonctionnent sur le même principe : leur domaine d'action est celui de la télévision. Elles se nourrissent exclusivement des images et des actualités produites par d'autres chaînes de télé, complétant l'évènement relaté par des propos polémiques d'invités et de commentateurs spécialistes du scandale. Ainsi chaque bagarre entre vedettes ou malentendu entre présentateurs font l'objet d'après-midis complets de réflexion et de débat. Cette année, le phénomène des « botineras » -petites amies éphémères des joueurs de football (d'où leur nom : « botín » signifie chaussure de football en espagnol)- a constitué un des sujets les plus juteux pour ces émissions qui ont, tour à tour, invité ces jeunes femmes à raconter leur expérience.  

Des coûts de production très bas
Les émissions à scandale sont-elles le point culminant de la dégradation du petit écran argentin? Y a-t-il une demande des téléspectateurs appréciant ce spectacle ? Pour le spécialiste en médias, Carlos Ulanovsky : « ce genre d'émission s'est développé grâce au cadre de régulations permissives et aux chaînes de télé qui tolèrent la reprise de leurs images ». Ainsi, contrairement à la France par exemple, les chaînes de télévision peuvent reprendre librement les images et le contenu d'émissions produites par les chaînes concurrentes. Leur production est donc très économique, ce qui entraîne producteurs et diffuseurs vers une inflation de ce type de format.
Parmi les émissions les plus représentatives de cet univers, celle animée par Jorge Rial, Intrusos en el espectaculo, diffusée l'après-midi sur la chaîne America. Au même moment, sur la chaîne concurrente canal 9, son ennemie jurée, Viviana Canosa, présente Los professionales de siempre. Viviana Canosa a d'abord travaillé dans l'émission de Rial. Après une dispute, tous deux se livrent désormais une course à l'audience et en se disputant les invités.  
« Televisión registrada » (TVR) fonctionne sur le même principe que les autres émissions à scandale en parvenant toutefois à se démarquer. D'abord parce que l'émission est hebdomadaire, le samedi soir, et fait un résumé des informations des autres antennes pendant la semaine sur des thématiques. Des invités, parfois des intellectuels, commentent des sujets. Ainsi, cette émission s'est couverte d'une allure respectabilité mais tout en exploitant, elle aussi, l'exhibitionnisme régnant à la télévision sous l'?il complice des téléspectateurs.

Martin Fossati (www.lepetitjournal.com - Buenos Aires) le 18 décembre 2008

lepetitjournal.com Buenos Aires
Publié le 18 décembre 2008, mis à jour le 9 janvier 2018
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